Fragment du cyberespace
» Selon des estimations prudentes, plus de 4 000 000 000 de gens autour du monde téléchargent de la musique, des films, des émissions télé, des jeux vidéo. La musique, à elle seule, comptabilise plus de 3 milliard de téléchargements par semaine, pourtant la plupart des gens qui s’échangent les fichiers n’ont aucune idée de leur provenance. Ils ignorent qu’il existe un monde, une infrastructure massive et globale dont la raison d’être est d’acquérir et de disséminer de nouveaux contenus. Au sommet de cette machine, il existe un endroit où tous ces fichiers qui se propagent à travers le monde trouvent leur origine. C’est un endroit où des accords sont conclus, où les identités et les accès sont jalousement gardés et où une élite de technocrates exerce le contrôle en silence. La population se contente de petits jobs et de minimas sociaux hasardeux avec lesquelles elle tente de survivre. »
Tracé idiomatique sur le cyberespace, anonyme, inspiré de William Gibson, traduction de Bill Ashtray
Un quart d’heure pour la vie
Fabienne VERDIER Droits réservés©
Dans le trait de la durée
dans la ligne de fuite
dans un bonheur d’heure d’été
dans la silencieuse et opaque mêlée du risque
dans la verte et immature section d’assaut
du sentiment de grâce,
se justifie le quart d’heure
d’une vie totale
et totalement accomplie
dans un face à face avec la tentation
Face à face inégal
avec la glace sans teint
sans être touché
affecté ou même
atteint
C’est cela
le quart d’heure qui promulgue la vie en Destin.
Guillaume HOOGVELD @2013 Droits réservés©
George HERBERT (1593-1633) / Le poème qui éveilla la foi de Simone Weil

LOVE
Love bade me welcome ; yet my soul drew back,
Guiltie of dust and sin.
But quick-ey’d Love, observing me grow slack
From m’y first entrance in,
Drew nearer to me, sweetly questioning
If I lack’d anything.
A guest, I answer’d, worthy to be here.
Love said, You shall be he.
I, the unkinde, ungrateful ? Ah, my deare,
I cannot look on thee.
Love took my hand and smiling did reply :
Who made the eyes, but I ?
Truth, Lord ; but I have marr’d them : let my shame
Go where it doth deserve.
And know you not, says Love ; who bore the blame ?
My deare, then I will serve.
You must sit down, says Love, and taste my meat.
So I did sit and eat.
Traduction de Jean Mambrino :
Amour
Amour m’a dit d’entrer, mon âme a reculé,
Pleine de poussière et de péché.
Mais amour aux yeux vifs en me voyant faiblir
De plus en plus, le seuil passé,
Se rapprocha de moi et doucement s’enquit
Si quelque chose me manquait.
Un hôte, répondis-je, digne d’être ici.
Or, dit Amour, ce sera toi.
Moi, le sans-coeur, le très ingrat ? Oh mon aimé,
Je ne puis pas te regarder.
Amour en souriant prit ma main et me dit :
Qui donc fit les yeux sinon moi ?
Oui, mais j’ai souillé les miens, Seigneur. Que ma honte
S’en aille où elle a mérité.
Ne sais-tu pas, dit Amour, qui a porté la faute ?
Lors, mon aimé, je veux servir.
Assieds-toi, dit Amour, goûte ma nourriture.
Ainsi j’ai pris place et mangé. »
Poème cité par Simone WEIL dans une lettre à Joë BOUSQUET.
