
©Guillaume Hoogveld, © »Erreur sur la brise », @2005
Illustration de ©Charlotte Hamel, @Août 2022
Notre société est basée sur le secret

©Guillaume Hoogveld, © »Erreur sur la brise », @2005
Illustration de ©Charlotte Hamel, @Août 2022

« Les jours où tu ne voyais qu’une seule trace de pas
sur le sable, ces jours d’épreuves et de souffrances,
c’était parce que c’est moi qui te portais. »
Ademar de Barros
Pour Charlotte Hoogveld, ma sœur.
As-tu honte de moi père
As-tu honte de moi mère
Suis-je encore à vos yeux
Cette petite chose brûlante et désordonnée ce chaos
Qu’il fallait mettre de côté
Que va-t-on faire des poètes
De tous ceux qui n’ont pas d’immunité
Perdu le sens du réseau de l’air humé près des roseaux
Égaré
Ce fil qui les rendait visiblement étincelants
Qui dès lors les rend amers mordants avariés et méchants décimés de forces
Après le tsunami en série sorti de l’écran
Maintenant que le langage est ouvert
À toutes les possibilités de quolibets
Je ne sais plus qui de moi est coupable ou bourreau
Peut-être ai-je saboté moi-même le bateau
Par désaffection pour l’abîme du quotidien
Il y avait pourtant le bonheur de se sentir quelqu’un
En réunion de parler en vain
Je suis désormais plus près de l’absence que de la reconnaissance dans mon reflux ignoré par reflet
sans miroir à portée de visage
à la prétention d’un profil sans psychotropes
Comment ai-je consenti à disparaître alors que je ne souhaitais que la rencontre
Le poète donne du beau en prenant des coups auxquels il ne sait répondre
comble de la honte de toutes les hontes rassemblées
Synthèse
Ce mépris pour ceux qui de rien créent tout
Connaissez-vous le poids d’une feuille blanche dans un univers sans magnétisme ni horloge sereine
Celui qui a le sens du temps n’est pas celui qui en use
Je n’ai rien à faire de vos statistiques ou algorithmes de sondeurs ou joueurs d’orgue de barbarie vous ne valez que vos numéros soudés à vos reliquats
De vos pronostics de ménagerie
Vous vous êtes trompés sur toutes les lignes même les expertises infimes
La raison de l’histoire vous a donné tort experts en épicerie fine
La frette du violoncelle a même perdu peu à peu son rythme
mon état d’arrestation poétique m’a déjà mis sous écrou ou hors de nuire par mon sang coagulé avec lequel j’écris de ma troisième cellule
Aucun poète n’écrit à la première personne
Mais à la première personne qui bat dans son cœur
Le poète est celui qui ne croit qu’à la possibilité d’une rencontre jusqu’à toutes les fins du monde
Aucun poète n’a jamais écrit je en majuscule
En temps de chienlit c’est à eux de provoquer le déclic
Qui provoque le sourire
Ce rictus indivisible inaliénable plus fort intense et destiné à tous
Y a-t-il quelqu’un dans cette salle d’attente où le temps passé se transforme en parole ?
Ce temps passé à attendre un défenseur des droits de l’homme qui ne vient jamais ailleurs que dans les décorations sur le col tailleur
Et que les victimes peuvent admirer de loin sans le toucher
Je suis chevalier de mes propres lettres que j’envoie à toutes les amours dont je n’ai pas compris la chute
Ne suis-je pas trop moi-seul même sans ce signal de bienséance pour être aidé des yeux des autres
J’attends depuis trop longtemps au vu de mon CV la pratique qui saura dire qu’il ne faut pas avoir peur
Le médecin aux insignes experts en publications spéculatives qui ne font de la faim un jour par an à mémoriser à remémorer
Je n’ai plus qu’à ouvrir un commerce de province acidulé
Et puis attendre que ça tombe du ciel
Ce bleu fraternel et irréel
J’ai été trop tôt affecté d’un lourd secret
J’en ai trop vu voyant comme Rimbaud lui qui disait je pour les autres parlait aussi en son nom
Et pas au nom du père
N’ayez pas peur
Y a-t-il quelqu’un qui a la peur au ventre dans le public ?
Dans cette fosse aux lions
Y a-t-il quelqu’un qui soit faible ? Phobique ?
N’ayez pas peur
N’ayez pas honte
La peur est votre pieuvre
Je suis celui qui part du rien de la feuille blanche pour vous donner du sens pour vous dire merci pour les intimes
Le bouc se devait d’être émissaire pour que le contrat soit validé
Sous le secret de la famille
Scellé
Un tampon préfectoral d’une cour d’assises dès 14 ans
Un dernier signe illuminé par un roi absent.
©Guillaume HOOGVELD #2019 pour le texte
©Guillaume HOOGVELD #1997 pour la photographie

Comme quelqu’un qui prendrait ses dispositions
Qui échouerait la main mise à sac sur le damier des fous
La nef et le transept fleurissant d’affabulations saisissantes
Comme quelqu’un qui miserait tout jusqu’au cou
Je suis posé là j’ai pris mes dispositions mes phares mes balises émerveillant la violence
Refermant ses degrés la mesure des théorèmes vertueux des jours entiers à consommer ma peur de passer pour un traitre un félon béni comme Judas
L’éclat des jours totalité du teint trahissant le mercure avoir 42 ans déjà et avec souci grincement de dents décliner l’offre d’être plus jeune et plus barbare encore
Avec l’identité tierce de sa personne un avatar contre une facilité de paiement pour nous rappeler ne pas nous faire oublier la dette qu’on se doit de porter envers le ratafia des organisations bancaires
Juste avant d’agir un homme s’interroge au moment où il voit sa conscience vaciller
Où il bat le pavé ce sol ce bitume qui lui tient tête encerclé par sa propre flatterie ceux à qui il communique avec connivence
Sans-culotte la république c’est moi !
Être élu du peuple parles-tu d’une formalité ou d’ un sésame magique à moitié mur pour le désordre la discorde
Dispositifs de TNT permettant aux hommes de ne pas perdre pied de rester dans l’intensité
De ne pas revêtir le manteau d’hiver
Parce qu’il n’y a pas de confort
Pas de saison pour ça n’est-ce pas
Même en hiver
Parce que tout prête a sourire
En ce qui vous concerne
De mon côté j’ai déjà renseigné le formulaire sans majoration
Bien à l’heure Cerfa si vous me suivez
Et ainsi font font se font vêtir ceux qui n’ont point d’imaginaire
Ceux-là que sans montrer du doigt je crois terroristes
Terroristes de l’Esprit scribouillards de la syntaxe barbouilleurs de la grammaire
Ceux qui n’ont plus que le virtuel pour se mettre à table
Le jeu vidéo dégoulinant de pixels
Qui ont troqué leur imaginaire pour une disposition funeste
Je ne me crois pas plus malin qu’eux mais je suis plus solidaire avec les eaux et la terre, le ciel et le feu
Avec les points cardinaux et la boussole en laiton accroché à la masse de la terre
Avec les blasons de mes origines mes signes héraldiques teintés sur ma vitrine
Comme ce manteau d’hiver qui n’aurait plus de saison
Y a-t-il déjà eu une valse des saisons un changement de cap un krach financier ou de science chimique plus fort encore qu’aujourd’hui ?
Nous y sommes. Génération verre pilé. Verre effacé.
Une bande dessinée dans une gare affectée
Chaque jour n’en finit pas de se révéler
Nous contemplons en temps réel nos fins du monde avec le caviar des dimanches et leurs cocktails en bandoulière ignorés dans les plates exclamations qui s’expriment hors-série en écartant de nous le prix à payer pour nos jours de veille
Nous payons pour nos tempos diurnes
En sortant de sa masse apprêtée
Voila ce qui prête a confusion et donc
À révélation.
Nous voilà responsables désormais d’un monde qui nous guette.
©Guillaume HOOGVELD #2018 pour le texte
©Yoric SAILLARD #2018 pour la photographie

« Ce que dit l’homme de peine est toujours hors de propos ». ÉLUARD.
©Guillaume HOOGVELD, Autoportrait, #1992
Je dis Je pour Vous je ne suis moi-même plus que le gardien de mon propre égo
Je ne m’intéresse à qui sois-tu aux fils luisants préférant la nuit abhorrant l’ennui
Je n’ai rien compris au désespoir
je subis sa pièce trop lumineuse pour ressembler aux visages aimés défigurés déshabillés par la porte ouverte étroite
étroite sous l’infini lourdeur de mes paupières O sans limites larmes du futur
comme je vous dévisage comme je vous souhaiterais autres que moi sans faire du mal à l’étranger
Ma petite maman je ne crois pas avoir vécu depuis l’enfance
ma petite maman que je ne vois plus
Je ne crois pas avoir souri depuis l’enfance
Ma petit maman qui ne rit plus
Et je ne comprends plus les amis de cette enfance leurs abonnements à l’ennui
Leurs perfusions au quotidien présents aux métro-tamponneuses aux terrasses sans reliefs
Le dimanche s’afficher comme ils brillent sans griefs
Et je ne comprendrai jamais cela
qui se dit tout bas mais que combien pratiquent et se prolongent en allocataires collectifs
D’un rideau monochrome qui tombe aux lointaines représentations sépia
qui ont le gout de cannelle le mot « spiritualité » mal prononcé et la malice des Beautés de contrefaçon
Je m’en prends donc au monde entier
Il y a ceux qui vibrent dans leurs vies connectées domotiques aux objets cassés d’eux-mêmes vous me suivez ceux qui se croient vivre mais qui ne mâchent que le vide sans en savoir plus d’un sou
Mais qui suis-je moi tout seul ayant mal pour dire cela serais-je celui qui juge désormais ?
Je témoigne poète tout corps d état et peintre en bâtiment
assez des artistes du spectacle endimanchés j’accepte tout contrat je signe à toutes les pages je suis crapuleux mécréant de toutes les encres surmenées de nuits habitées pour trouver plus de place dans la démographie de ciment sans souffle répit
A aucun lieu des mesures de la nature
Vous croyez que nous sommes assez mûrs pour nous appeler « artistes » ?
Je témoigne sur document numérique mais c’est bien moi qui vit et qui frappe sur ce clavier qui cale ma paume contre mon seuil limite
de toutes spéculations
Je reviendrai j’ai trois jours pour me refaire
Je viens de perdre un ami que j’ai oublié sur la gare du quai que je savais oublié en réalité attendant le départ du train impossible immensément long à déguerpir
à me faire oublier ma légèreté mon quant-à-moi ma lâcheté
Ma prise de défiance entre mes mots et celui qui ‘en va tout seul
Quel poids aurais-je donc à peser sur notre horloge brisée ?
©Guillaume HOOGVELD #2010#2018 pour le texte

Je déserte tranquillement
il y a ici trois individus formellement anonymes et identifiés
dans la Baixa qui fourmillent à Lisbonne qui dépêchent leurs pas
ils sont pressés par leur comptabilité
le temps imparti leur est perdu d’avance
il s n’avaient pas la force nerveuse de leurs affectations
ils s’appelaient Alberto Ricardo Bernardo et autant d’ autres dans le miroir
avec leurs mémoires ajustées avec brio
ils réfléchissaient leurs alter-égos
mais aucune importance ils s’appelaient personne
ils étaient liés par le baptême de la différence et de l’exception
avec toujours ces pas précédant leurs silhouettes comme des obligations
comme une si une autorité les menaçaient
manifestes du génie le Poète se décime se découple se défigure
sans perdre rien qu’une seule fois l’accent tonique de la verticalité
une cohérence de l’être à plusieurs intimes
Pessoa nous a laissé en deçà des siens une malle assommante pour ses victimes consentantes
Dans toutes les capitales du Monde qu’il n’ a pas enveloppées de son ultimatum prêchant violence ordre regards d’un fado vers les hommes un à un qui partent en mer
que toutes les femmes pleurent sans être amères
Autant de coordonnées où il n’a pas risqué d’être intranquille en série
il vient nous dire qu’un seul homme était trop peu pour être spontanément en vie
pour ne pas finir cliché ou curiosité maladive
il me reste toutes les formes de situations probables le peu d’espace créé qu’il nous a laissé
Alors Je m’en vais tranquillement et heureusement il bruine une enveloppe me ruine le souvenir
un filet d’air et tout s’apaise il y aurait presque un Dieu assis sur les chaises trop longues
Ce qui me donne des raisons de ne plus rien attendre sinon l’atome du Royaume
Je m’en vais donc abstrait comme la lecture d’une équation à mille et ZÉRO inconnue
Rien ne sert de déconstruire les anciens
j’ai du contenir le mot vécu de ma disparition et de la perte successive des miens éblouis par une force de mots dont j’ai du recouvrer l’alphabet il y si peu
Je suis de retour dans la Capitale tout en moi d’ailleurs résonne en Majuscule ou lettre magistrale je n’ai rien à dire ni à écouter tout ce qui rôde été hiver en italique
Juste peur de la montée des eaux au niveau des étoiles sommeillantes
Je m’en vais tranquillement aussi volatile qu’un vol d’hirondelles traversant le présent pour mieux rejeter l’abîme
dressé en Delta V jusqu’aux trop courtes échelles
Se perpétuant pluriel des hauteurs à la cime
Je m’en vais coupé du monde préoccupé des exactions du réel sur ma surface tectonique
Je m’en vais aussi tranquille que quelqu’un qui aurait fait des aveux sur les pages retouchées, publicités des magazines – ou actes intimes formant un nouveau storytelling
quelqu’un qui aurait lâché sa source aux services de renseignements
qui aurait cédé sous polygraphe pour sauver son présent
sans se rétracter devant les figures acides de la peur
Tranché sur le visage d’un hologramme retouché aux arguments féminins livrés à l’arnaque des couverture
Ne vous laissez pas séduire !
Je m’en vais tranquillement compte en banqueroute avec une longueur de créanciers illimitée et inimitable
Je m’en vais sans avoir dit merci mais après avoir justifié mes actes sans le regret
Ne vous laissez pas réduire !
Que peut donc regretter un homme qui se débat dans l’intimité des filets noirs des derniers lecteurs Ô Littérature on t’a vendu pour une poignée de pixels sous compression arbitraire
France tu nous a donné les Lumières du phosphore blanc
Tu n’en a pas fini de nous mentir droit dans les yeux par l’aveuglement de ta mer à boire
Ta bible ce sont tes actes sans audace à la petite semaine
La transformation de la valeur d’estime en valeur d’échange
Cette manière bien à elle de nous contenir en traitre avec la famine d’être soi
à la petite saison de fusiller l’Esprit
alors que les pas retrouvés des poètes de Lisbonne marquent à jamais nos pavés intérieurs
Seul celui qui a su contenir un monde sait o combien il peut se mettre encore à trembler
quatre clous pour une croix
Un clou seul pour une seule pluralité.
AUTEUR : Guillaume HOOGVELD 2018
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