Vous y êtes.

On mesure la durée de vie d’une étoile à l’instant où elle nous parvient

C’est à dire : son dernier souffle.

Nous sommes tous des étoiles

en quête de satellites

Et nous sommes satellites des mains

qui se tendent

Et des bras que nous offrons

Nous sommes la lumière fendue par un voile assassin que jette

Discontinue       la pesanteur qui nous mène à nos dernières fenêtres

À ce temps en nous qui  guette

Au savant goutte à goutte

Nous sommes le cri de la foi

Nous sommes cette unité, ce 1+1 qui sera toujours un

Nous opinons savamment et penaud entre l’enclume et le mot

Les rails et le lit

Le fer et le bronze

Le sexe et l’affection

La mort qui raille

Le chant qui s’aiguise comme un lierre asphyxié

Nous sommes enfin

De toute éternité

Causes et conséquences

Hasard et Beauté.

 

©Guillaume HOOGVELD @2010 pour le texte et la photographie

ULTIMATUM / Texte à horloge digitale

NANTES BY NIGHT 12/11/17
©Guillaume HOOGVELD

 

Vous y êtes
Vous accédez à une page
une page gravée à la mine de plomb puis bloquée dans un data center de misère froide
Comme toutes les pages du globe
elle est inachevée
mais restez ici
nous n’avons que si peu de temps pour miser sur l’Horizon
Espérance j’entends ta résonance
frapper contre nos consciences
le temps des mots est une avenue
le temps de la fièvre et de l’intensité est un temps qui se résout par un clash avec les éléments solides
et nous sommes forts vous êtes forts et déterminés si vous avez la bonne idée de lire ces mots
qui n’ont de causes que les rêves
et une ambition sans trêve
qui sont écrits pour pallier à l’absence de fleurs dans le paysage des bitumes
plus de papaver somniferum dans l’oxygène du désert ambiant

Attendez j’entends à ma fenêtre
quelqu’un qui rit
qui se fait sa fête
le cri d’Edvard Munch
à la bonne heure par tous les moyens
les moyens du sort
je retrouve ma suspicion

Fatwa parmi les fatwas je suis visé
ciblé par un hologramme
sous les formes aigue d’un programme

Attentat à la laideur

Mais je suis aussi protégé
par les moyens du sort
car c’est avant tout pour la pensée que nous précédons l’histoire
c’est bien cela
Un souffle jusqu’à la fin du monde
nous n’avons pas combattu le terrorisme mais la terreur de la bêtise reste un domaine qui nous pose un problème
un vertige
car c’est ni le sang ni la poudre qui détruiront le globe
c’est la bêtise
Savez de facto qu’il y a des pièges à cons qui fonctionnent encore
le journal télévisé ou la Pravda en TNT qui émet encore ses acouphènes de mort

Pour vous recenser
pour vous flatter
pour vous séduire sans vous convaincre
pour vous dire que vous êtes la prochaine star
que vous aurez votre gloire de l’heure
vous l’aurez
et c’est la condition qu’on vous met sur vos attributs de conscience

Validez les lois qui vous rabaissent
il n’a plus que de la fausse monnaie en espèces
qu’il est temps de mettre en pièces.

Vous y êtes
et si nous y sommes
c’est par un coup de téléphone dans la tempe
que nous aurons notre ultimatum.

C’est ainsi
qu’il est temps de perdre le pouvoir.

 

 

©Guillaume HOOGVELD @2018 pour le texte et la photographie

Scriabine

Pour William, mon ange noir

Scriabine. Comment à ce mot ne pas ressentir un mystère, une onde, un frémissement, une couleur pourpre, automnale et jaune. Scriabine était un compositeur de la fin du 19ème siècle. Né à Moscou en 1872 et mort en 1915, il choisit vite la musique comment élément définitif capable de transformer le monde et le rapport qu’il y a.

Pour lui, la musique est « une force théurgique d’une puissance incommensurable appelée à transformer l’homme et le cosmos tout entier ».En cela, il est un symboliste extrême qui va même jusqu’à définir des projections colorées établies sur la base d’une table de correspondances du spectre des hauteurs sonores et du spectre des couleurs. Le mot est lâché. Chez Scriabine, c’est la couleur qui domine, dans des synesthésies on ne peut plus expressives.

A la première écoute on est frappé par ces correspondances voluptueuses (Do : rouge ; sol : orange ; ré : jaune brillant ; la : vert ; mi : blanc bleuâtre, etc.).

Scriabine voulait l’Art total. Reprochant à Wagner de n’être pas assez loin dans l’unification des mondes artistiques à cause de l’autonomie du texte et de la musique, il se joue des tonalités et des dissonances tout en évitant le piège de l’attraction tonale. Cependant, il lui accorde la valeur mystique d’être un « principe unificateur » et un moyen de refléter « l’harmonie des mondes ». Pour lui, tout est vibration, et une œuvre d’art doit être la plus totale possible, faire appel autant à l’ouie qu’à la vision, au toucher, à l’odorat.

Pour « Prométhée », il prévoit la présence d’un clavier à couleurs dont les dégradés accompagneraient les sons selon des correspondances mystiques destinées à transcender les auditeurs.

Scriabine fait éclater le cadre classique de la sonate par une fougue et une violence inspirée par son approche de Nietzsche, et des chefs de file du mouvement Futuriste comme Marinetti.

Aujourd’hui mal compris parce que considéré comme obscur ou primaire, je pense que Scriabine est allé plus loin que Chopin dans l’exploration musicale et dans la recherche émotionnelle. En effet, Alors que Chopin (auquel il doit certes beaucoup de ses premières œuvres ) visitait des lignes mélodiques rassurantes et assurées, languissantes sans surprises, Scriabine fait place au Chaos, mais à un chaos organisé dans une métrique implacable.
Comme éléments discographiques, permettant de s’initier à ce démiurge, je citerai ses sonates, études, préludes et nocturnes par Horowitz ou Richter, et son Prométhée. Attention la falaise est proche.

Echappée
course de moments projetés là, ici,
projectiles
sueur froide
falaise toute proche
défense de troubler toute personne
censée se dévoiler
résistance
permission de flotter comme un ventricule

sucre glissant du pavot
gant de fer et main d’écrin
caramel à point
pause inter-polaire
micro-climat assis à la droite du jaune et du bleu
bleu si intense qui ne sait pas naviguer
bleu si intense dont la matrice est proche
et se voit dans une flaque d’araignée
comme un prisme non abouti
Poème d’extase
Je t’ai cherché
Sur les dunes paresseuses
Je t’ai eu dans la violence du sang
Tout cela c’était contamination
J’écrivais pour te disséminer ô Extase !
J’allais te chercher dans la misère où il n’y avait
Que surprise et hasard
Violence et objection

Le jour peut ne pas se lever
J’ai Scriabine
J’ai ses silences je ne les possède pas
J’ai ses précipités de fluor
Qui drainent des positionnements méticuleux

Falaise toute proche.

Texte de ©Guillaume HOOGVELD @2005 avec la participation de ©Charlotte HAMEL @2022 pour l’illustration

D’un Céline l’Autre : Pastiche de Destouches, archives personnelles

SEUL AU PARADIS
Cette fois je vais me lever du pied gauche, c’est une nouvelle aventure, j’espère. J’allume une autre cigarette parce que j’en ai envie, seulement parce que j’en ai envie. Et puis je ferme les rideaux et je me prépare à vivre.

une entrée dans la salle de bain où les carreaux de faïence, déracinés du sol, marquent un crépitement à chaque pression de mes pieds nus et froids.

Vient alors le rasage, devant la glace lorsque la lame vient faucher au plus près mes poils et inciser, par maladresse, ma peau innocente, quelques gouttes de sang qui coulent et contrastent avec ma peau blême. Envie de dormir dans la chaleur de l’eau, me voilà fin prêt pour sortir affronter la rue. Je ferme la chambre et prête les clefs à Ernest, mon voisin de palier qui nourrit ma girafe en mon absence. Ernest est un gentil garçon, toujours prêt à rendre service. C’est lui qui s’occupe le plus souvent de nettoyer les toilettes communes et même après mon passage.

Je sors et, c’est vrai, la rue chaque matin a une nouvelle senteur. Un autre regard. Plus ferme ou plus indulgent. Je cours après le bus qui m’emmène place Fendart où m’attend Désirée. Ça fait sept mois que je l’avais pas revue. J’1’avais rencontré place du tartre, ou elle vendait des chi-chi et des barbes à papa aux allemands en short. Elle m’a pris tout de suite pour un étranger, moi, le vieux parisien-mégot! J’en ai ri jusqu’à la rate et j’ai embrayé en l’invitant à dîner chez José, à la Fourche. Et maintenant, j’sais pas trop ce qu’elle devenue, si j’aurais toujours envie de son petit cul ballonné et de ses seins à l’air, poignants. Rue châssis, école orthopédique…place fendart, c’est pour moi! Attends…on avait dit près de la statue Georges Chimère. Y a personne, midi quinze, c’est pourtant l’heure et pourtant ça sent différent, plus exactement, ça sent les doigts, les doigts à l’oignon.

Je ne comprends pas ce que je ressens. La tristesse que je ressens, cela n’existe pas. C’est vide à la fois. Y a personne à la place, Désirée c’est du manque, maintenant On m’a injecté du manque dans mes veines, et les lampadaires tournent avec la nuit.

Je vais coucher ici.

Seul au paradis.

À chaque procuration poétique, une gifle attend le poète m’a dit Luc Dellisse. À quoi je lui ai répondu stoïquement que je tends toujours l’autre pour pallier au déséquilibre de la terreur démocratique invisible.

Guillaume HOOGVELD 1997@2013 Droits réservés©

Limitations d’ivresses

À Mahé

La folle aventure des pas perdus décide de mon avenir

J’ai le destin au bout de ma lyre

Crapahuté, rejeté en fond de cale j’aperçois une lame

Et son reflet me mime l’espoir des possibles

Messager des ombres j’agis comme une nuit enceinte

D’une lune maladroite et d’un soleil fiévreux

Assez d’être messager, poète du saisi et de l’instantané

Photographe du phantasme de la mort sur scène

Je suis dénudé par les maux, et encore, quels mots

Et comment les soumettre, les mettre à terre, les mettre

Plus bas qu’on peut taire le langage

Comme on programme un autodafé

Et je mets au monde

La face blonde

De Nico qui fait sa ronde

Jim Morrison à l’heure d’été

J’ai une trousse à pharmacie et une ouverture de fable

J’ai essayé toutes les situations qui étaient sous la table

Le goût de déjà vu déjà vécu qui vient ici si affable

Je m’appelle Eternité j’ai le goût d’un vrai Champagne

Semblant d’oubli dans les bulles sacrées

Je ne m’arrête plus, pas de terminus

Je ne m’arrête plus j’ai tous les âges Je suis une addition probable

Conscience qui l’est de tout je survole les péripéties neuronales

 

V1 Flash 2007 V2 Limitation d’Ivresses  ©Guillaume HOOGVELD 2010
©Julien Mérieau pour l’iconographie

Adagio

Concerto pour clavier n°23 de Mozart, Adagio en vitesse de plaisance mach 1.2 sous écouteurs intra-auriculaires

Pour celle qui a fait danser mes mélodies cristallines depuis 1993 à Jamais, my sister of night, C.R. , ce soir et tous les autres

 

CLIQUEZ CI-DESSOUS, PODCAST AUDIO DE GUILLAUME HOOGVELD le 06 Janvier 2020,  ET POST-PRODUCTION de Vincent Sask

 

Il est tard. Je t’aime. Je prends mes affaires et je prends ton dernier courrier, ta dernière lettre, tes derniers mots avec moi. Je prends aussi les billets d’avion, je les glisse dans la poche intérieure de ma veste, tout près, contre mon cœur.

Bientôt, dans quelques heures nous glisserons du côté d’une bienheureuse virtualité. Nos destins liés se noieront dans l’espace onirique du ciel.

Il y aura beaucoup de sourires, beaucoup d’éclats, beaucoup de drames, donc beaucoup de Beauté. Nous rattraperons la lumière qu’on nous avait ôtée.

Quand nous atteindrons la stratosphère, bien engourdis dans notre Mach 2, et pas avant,

Quand nous serons bien proches et que je viendrai m’asseoir près de toi et que le soleil dansera, j’actionnerai les 120 grammes d’avenir en nitroglycérine compactés que je gardais jalousement sur moi.

Nous serons inséparables.

© Guillaume HOOGVELD 2007 ©

© IMAGE DES TUILERIES TRI X 400 NB Prise de vue et tirage argentique de Guillaume HOOGVELD, 1997

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