

Notre société est basée sur le secret

Comme les différents hasards qui nous mettent en présence de certaines personnes ne coïncident pas avec le temps où nous les aimons, mais, le dépassant, peuvent se produire avant qu’il commence et se répéter après qu’il a fini, les premières apparitions que fait dans notre vie un être destiné plus tard à nous plaire, prennent rétrospectivement à nos yeux une valeur d’avertissement, de présage. C’est de cette façon que Swann s’était souvent reporté à l’image d’Odette rencontrée au théâtre, ce premier soir où il ne songeait pas à la revoir jamais – et qu’il se rappelait maintenant la soirée de Mme de Saint-Euverte où il avait présenté le général de Froberville à Mme de Cambremer. Les intérêts de notre vie sont si multiples qu’il n’est pas rare que dans une même circonstance les jalons d’un bonheur qui n’existe pas encore soient posés à côté de l’aggravation d’un chagrin dont nous souffrons. Et sans doute cela aurait pu arriver à Swann ailleurs que chez Mme de Saint-Euverte. Qui sait même, dans le cas où, ce soir-là, il se fût trouvé ailleurs, si d’autres bonheurs, d’autres chagrins ne lui seraient pas arrivés, et qui ensuite lui eussent paru avoir été inévitables ? Mais ce qui lui semblait l’avoir été, c’était ce qui avait eu lieu, et il n’était pas loin de voir quelque chose de providentiel dans ce fait qu’il se fût décidé à aller à la soirée de Mme de Saint-Euverte, parce que son esprit désireux d’admirer la richesse d’invention de la vie et incapable de se poser longtemps une question difficile, comme de savoir ce qui eût été le plus à souhaiter, considérait dans les souffrances qu’il avait éprouvées ce soir-là et les plaisirs encore insoupçonnés qui germaient déjà – et entre lesquels la balance était trop difficile à établir – une sorte d’enchaînement nécessaire.
Mais tandis que, une heure après son réveil, il donnait des indications au coiffeur pour que sa brosse ne se dérangeât pas en wagon, il repensa à son rêve ; il revit, comme il les avait sentis tout près de lui, le teint pâle d’Odette, les joues trop maigres, les traits tirés, les yeux battus, tout ce que – au cours des tendresses successives qui avaient fait de son durable amour pour Odette un long oubli de l’image première qu’il avait reçue d’elle – il avait cessé de remarquer depuis les premiers temps de leur liaison, dans lesquels sans doute, pendant qu’il dormait, sa mémoire en avait été chercher la sensation exacte. Et avec cette muflerie intermittente qui reparaissait chez lui dès qu’il n’était plus malheureux et qui baissait du même coup le niveau de sa moralité, il s’écria en lui-même :
« Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! »
Du côté de chez Swann, P 374-375, édition Gallimard, collection Folio, 1988
Gravure sur papier de Chine, Adrien Moreau, in La Peau de chagrin, Balzac
Pour Lisa, avec attention et tendresse.

J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens-t’en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends
©Guillaume Hoogveld pour la photographie
©Apollinaire/ Gallimard pour le texte, 1920

» Il est vrai que vous mentez et que vous mentirez désormais, jusqu’à la fin des temps ! Oui ! J’ai bien compris votre système. Vous leur avez donné la douleur de la faim et des séparations pour les distraire de leur révolte. Vous les épuisez, vous dévorez leur temps et leurs forces pour qu’ils n’aient ni le loisir ni l’élan de la fureur ! Ils piétinent, soyez contents ! Ils sont seuls malgré leur masse, comme je suis seul aussi. Chacun de nous est seul à cause de la lâcheté des autres. Mais moi qui suis asservi comme eux, humilié avec eux, je vous annonce pourtant que vous n’êtes rien et que cette puissance déployée à perte de vue, jusqu’à en obscurcir le ciel, n’est qu’une ombre jetée sur la terre, et qu’en une seconde un vent furieux va dissiper. Vous avez cru que tout pouvait se mettre en chiffres et en formules ! Mais dans votre belle nomenclature, vous avez oublié la rose sauvage, les signes dans le ciel, les visages de l’été, la grande voix de la mer, les instants du déchirement et la colère des hommes ! Ne riez pas. Ne riez pas imbécile. Vous êtes perdus, je vous le dis. Au sein de vos apparentes victoires, vous voilà déjà vaincus, parce qu’il y a dans l’homme-regardez moi-une force que vous ne réduirez pas, une folie claire, mêlée de peur et de courage, ignorante et victorieuse à tout jamais. C’est cette force qui va se lever et vous saurez alors que votre gloire était fumée . »
#GuillaumeHoogveld 1997. Droits réservés.©
#Julien Mérieau pour la photo, 2022©

APHORISMES 030319
Le réel est une religion au même titre que l’imaginaire sans sa portée tragique.
Le Désespoir et la Critique sont les deux feux qui savent nuire au spectacle.
Tout à été dit pour le reste.
Fréquenter un marxiste de première classe est un lapsus mais l »inertie de cette nuisance en terme de révélation se distinguent par sa familiarité avec la Critique et le Désespoir.
On pourra également rire, mais à la manière d’un Cynique grec défroqué de tout, déjà de la propre idée qu’il se fait du soleil et des premiers fonctionnaires qui avaient déjà tous les bagages de la nuisance.
Guillaume Hoogveld 270720
La lutte des classes est contrairement à la fétichisation des objets une infirmité intellectuelle de Marx.
Un pauvre est un raté qui n’ a eu de cesse de vouloir être riche sans y parvenir et qui a besoin d’aller au piquet de grève en bon idiot utile pour le bonheur de la sûreté de l’état, bourgeois toujours bourgeois, quelque soit le type de régime qui prévaut et sa géographie.
Le lumpenprolétaire a un gros problème il n’a pas de conscience politique et de stratégie ; il est grégaire, s’abrutissant a l’alcool pour supporter sa condition dont il reste encore plus tributaire avec l’obtention dune cyrrose partagée
Approximativement j’ai raison sur toute la ligne
Les deux faces d’une pièce sont des jumelles. Elles ne sont qu’usure par tous les temps. Elles ne sont acceptées et utilisées par la violence d’un boomerang bien aiguisé.
À Jean Genet
Après le bricolage de la femme, l’acte II de la genèse fut l’invention du grand banditisme.
Il s’agissait de donner aux improductifs caractérisés, poètes ou moins lettrés les moyens d’avoir une place dans ce bas-monde, même sous l’égide de moyens critiquables au regard de la société bourgeoise.
Ma situation inspire une envie furieuse de vivre et expire une empreinte écologique toxique. Du Co2 condensé en boite à sardine.
Il.n y a rien à faire refaire sa vie c’est la répéter mille et une fois
Si il ne s’est rien passé c’est qu’il n’ avait plus de lieux ni dispositions pour que cela se produise, ni de poètes sur la place publique pour y procéder.
Il n’ y a avait que des fossoyeurs de l’administration qui autofécondaient leurs monstres et leurs trop plein d’enveloppes de cash.
L’administration est spécialisée dans la transformation du rien en place il fallut donc lui trouver une hôtellerie de poids pour lui donner du cœur a l’ouvrage.
Je cherche le poison qui soit le plus soluble dans l’eau le plus près de mes habitudes.
On trouve ça au Pakistan ou en haute altitude.
Désolé je suis plus occupé à comparaître qu’à apparaitre
On a le droit de perdre une bataille, point de se laisser surprendre, autant de choses de loin sans voir ce qui m’entoure, ce qui est source de déstabilisation
Je n’ai pas besoin de regarder dans le miroir pour avoir honte de l’autre
Je n’accepte pas de céder au temps qui passe le temps passé
Je paie la fin des temps comptant mais avec Ponzi. Le reste n’est que liquidités sommaires dans le vent.
Je ne vis que les effets secondaires de la vie
Un pixel mort qui fait tâche sur un écran de mobilier urbain et me voilà proche d’une phobie contemporaine
Je suis sujet d’avant-garde et non objet de fin du monde.
Je voudrais avoir la vie devant moi pour parler à celui qui a la vie derrière…
C’est a se demander sur qui s’appuyer quand on ne peut plus tenir sur sa propre foi sur son propre soi. Je me sens envahi par une Loi qui jamais ne me proroge et fait de moi un coupable idéal rêvée par toutes les formes de générations de fonctionnaires a la Tchekhov ou même « le spécialiste administratif » Eichmann. Je suis formellement désigné comme un patient sous haute sensibilité….
.La loi c’est déjà sur quoi on ne peut ironiser. Seuls ceux qui la produise la comprenne du bout de leur longs couloirs aux long et minces chefs de cabinets dans des dédales où l’on fabrique de la démocratie et de la neuropathie ne sachant plus convoquer les idéaux du peuple et les adopter comme il se devrait.
Sous le forme d’une étoile j’aimerais voir venir une loi fraternelle pour un homme qui n’a cessé d’encourager le langage, de l’inviter a la table des formes les plus généreuses qu’il m’a été possible de faire
‘Un salaud c’est quelqu’un qui agit comme si toutes ses actions étaient justifiables’ disait Dagerman.
La Poésie est une insurrection. Elle se prolonge bien au-delà du verbe et rend l’espace présent habitable.
Vertige chaos jusque dans ton cœur. Je m’en vais millionnaire parmi les poètes trouver les causes perdues pour les rendre à leurs origines.
C’est la fin du cinquième règne
Je m’appelle quelque part et j’habite personne en voulant tout sauf par hasard retrouver la vie qui chantonne
« La marge c’est ce qui tient la page »
Godard
Une goutte d’émotion dans de l’eau distillée et tu obtiens…De la mort aux rats.
Extinction du poème de la lutte.
Le jour est arrivé où la littérature poétique va être placée sous contrôle judiciaire, ses intervenants n’ayant plus la force de résister au mépris continuel exposé au langage. Un peuple qui perd sa force poétique par l’indifférence n’est plus digne d’avoir ni destin ni avenir. Aragon et Reverdy resterons affaire privée.
La Poésie était l’affaire de peu pour le plus grand monde. C’est désormais le plus grand monde qui a décliné le don de ce peu.
La poésie tisse des ponts avec le désert.
Le désespoir c’est ce qui est mis en cause par le sujet
Le bonheur c’est l’objet demis de ses fonctions
Devenir adulte est un délit de sale gueule.
Do you walk the talk ?
J’ai perdu l’age de raison
Et celui d’avoir raison
Et que valent les lettres
Dans un temps qui vaque à son vacuum
Autant en emporte les mots
Autant dire que les mots ne sauveront pas l’auteur de sa peur
La PEUR, insondable et polymorphe…
La peur panique
Le son de la panique
Celui du krach de 1929
Ou celui du premier Nuremberg
Le jour où Dieu a quitté la salle
Et nous a offert un petit caporal
Comme tête païenne
Je traverse tous les jours la peur
Vous croyez que ça me fait plaisir
Vous appelez ça désir
L’idée même d’être resté seul sur le quai m’est passé par la tête
Je suis replié comme un embryon comme Robert Smith dans Pornography
Le regard vers le bas
Je fais ce que je peux
Comme le corps peut entendre l’âme
Et ajuster son poids dans la balance
Quand tous les indicateurs sont au fer rouge
Et que la réalité brûle sans objection
Sans même un contrat de mariage entre nos mains calleuses nous autres d’avoir été poètes ou rêveurs sans adhérer au ministère de la culture
La culture c’est une science sans conscience dont tout le monde se réclame sans en payer le prix
Paul Celan
Cesare Pavese
Ernest Hemingway
Stefan Zweig et Romain Gary
Le savaient
Il n’ont pas attendu le premier Golgotha pour se laisser dérober la tête mais point le cœur
Tout ce que j’ai réussi de mieux les autres ne l’ont pas compris
J’ai parlé une langue imagée et fantasque pour donner du relief à mon battement d’aile
Moi qui croyait à 20 ans faire fortune par l’erreur
Qui croyait que le talent avait un coût mais également un prix
Que jamais je n’ai pu lire de mes yeux
Le sang de l’homme c’est la sève de l’animal
Ravagé par le réel
Halluciné par la réalité
Voilà mon tableau des faits.
La terreur qui fracasse le poète c’est d’avoir décidé avec ou sans contrainte -débat éternel-, que le monde étant trop imparfait à ses yeux, il prend la décision seul, de le reconsidérer, de le transformer avec son langage, avec son lexique et ses codes. Une folie qui fait prendre des coups sans en donner…
©Guillaume HOOGVELD, texte et photo argentique, tri X 400, Tuileries 1997

à Léon-Paul Fargue
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Les pleurs peuvent inonder toute la vision. La souffrance
peut enfoncer ses griffes dans ma gorge. Le regret,
l’amertume, peuvent élever leurs murailles de cendre,
la lâcheté, la haine, peuvent étendre leur nuit,
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Nulle défaite ne m’a été épargnée. J’ai connu
le goût amer de la séparation. Et l’oubli de l’ami
et les veilles auprès du mourant. Et le retour
vide, du cimetière. Et le terrible regard de l’épouse
abandonnée. Et l’âme enténébrée de l’étranger,
mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Ah ! On voulait me mettre à l’épreuve, détourner
mes yeux d’ici-bas. On se demandait : « Résistera-t-il ? »
Ce qui m’était cher m’était arraché. Et des voiles
sombres, recouvraient les jardins à mon approche
la femme aimée tournait de loin sa face aveugle
mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Je savais qu’en dessous il y avait des contours tendres,
la charrue dans le champ comme un soleil levant,
félicité, rivière glacée, qui au printemps
s’éveille et les voix chantent dans le marbre
en haut des promontoires flotte le pavillon du vent
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Allons ! Il faut tenir bon. Car on veut nous tromper,
si l’on se donne au désarroi on est perdu.
Chaque tristesse est là pour couvrir un miracle.
Un rideau que l’on baisse sur le jour éclatant,
rappelle-toi les douces rencontres, les serments,
car rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Il faudra jeter bas le masque de la douleur,
et annoncer le temps de l’homme, la bonté,
et les contrées du rire et la quiétude.
Joyeux, nous marcherons vers la dernière épreuve
le front dans la clarté, libation de l’espoir,
rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Crédits photo ©ALFRED HOOGVELD #1997 POUR ©POÈTES ANONYMES ASSOCIÉS
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