Libido moriendi. Exhumation des trois spectres de DADA.

rigautPour Jean-luc Bitton, qui a creusé les sillons de silex que Rigaut savait aiguiser et qui va publier LA Bio de Rigaut !

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La genèse surréaliste admet généralement trois noms, Rigaut, Cravan, Vaché, formant ce petit détachement précurseur, assimilé à Dada, qu’ici et là on désigne aujourd’hui par une formule qui se souvient d’Artaud : les trois suicidés de la société.

Annonciateurs d’un mouvement voué au « non-conformisme absolu », Jacques Rigaut, Arthur Cravan et Jacques Vaché sont allés, exemplairement, au bout de leur sincérité en instruisant contre eux un procès que sanctionne le châtiment suprême.

Comment expliquer ces suicides ? D’abord par la guerre, seul programme possible selon Clémenceau, qui râtissant parmi les amis de cœur, ébranlera une foi incertaine dans la vie. Ce sont les idiosyncrasies explosives. On observe pour chacun d’eux un tenace refus de l’ordre, de l’achevé, de tout effort carriériste et chez Cravan et Vaché une indifférence au nom propre.

Le désir de mort {libido moriendî) apparaît dans le cas de Rigaut (1899-1929) sous l’aspect d’une véritable vocation patiemment entretenue et qui éclatera dans une mise en scène si méticuleuse qu’elle place, avec lui, le suicide au rang de l’un des beaux-arts tout comme De Quincey voulait que fût l’assassinat. Rigaut mourra en se tirant un coup de revolver dans le cœur, étendu sur un lit qu’il a protégé pour ne pas le salir de sang. Dès ses premiers textes, les Propos amorphes publiés dans la revue en 1920, Rigaut affiche l’évidence de sa nullité en même temps que déjà il déclare n’avoir en lui aucune vie. Il signera « l’aventureman suicidé », multipliant les phrases définitives (« Vous êtes tous des poètes et moi je suis du côté de la mort », « Essayez si vous le pouvez d’arrêter un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière ») il imaginera la création d’une société reconnue d’utilité publique : l’Agence Générale du Suicide. Mise au service de ceux qui craignent de « se rater », l’A.G.S. propose la mort assurée grâce à des dispositifs modernes. Qu’on se rappelle le sombre gag des tarifs ; Electrocution, 200 F ; Revolver, 100 F ; Poison, 100 F ; Noyade, 50 F ; Mort Parfumée (taxe de luxe comprise), 500 F ; Pendaison, suicide pour pauvres, 5 F.

Dès lors, l’œuvre de Rigaut (textes épars et sectionnés, dialogues, pensées, brefs romans) consiste en une ritournelle obsessive de la fin que métaphorisera l’histoire de Lord Patchogue et de la traversée « facile et magique » du miroir. Une traversée qui ne conduit pas à un merveilleux paysage mais à la vie pareille à celle que l’on a quittée : « L’envers vaut l’endroit, il fallait s’y attendre ». Robert Desnos déplorera l’image que « les gens du monde voient en lui », celle d’un dandy, d’un élégant de bar. Beaucoup, en effet, feront coïncider Rigaut et son mariage avec Gladys Barber, une riche Américaine, lui offrant Rolls Royce et bijoux. Pour Desnos, ce rapprochement a valeur de cliché car la vie de Rigaut fut « un cas DADA ». Plusieurs fois immortalisé, son personnage inspira Le feu follet de Drieu La Rochelle et En joue ! de Philippe Soupault, l’écrivain qui nous regarde sur cette photographie provocante où il est armé d’un fusil et s’appelle à tirer, exerce, exercera toujours ce charme inexplicable que peuvent comprendre tous les individus sujets au vertige : l’attirance du vide.

Sa détermination à en finir, toute proche d’une érotique, spécialement dans sa quête du double, est sans comparaison avec celle de Cravan ou Vaché. Toutefois, une phrase permet d’établir un lien avec
l’étrange disparition d’Arthur Cravan : « Disparaître. Se perdre. La rue, se perdre dans la rue, un taxi, se perdre dans un taxi. Se perdre ». A travers ces mots, perce en effet le mystère du « rapt » de Fabian Avenarius Lloyd, le neveu d’Oscar Wilde, au large du Mexique.

Eternel déserteur en temps de guerre, fuyant tous les pays et toutes les attaches, Arthur Cravan né Lloyd (1881-1920) parut employer, sa courte vie durant, tous les moyens pour se dérober sans cesse. Au cours de ses échappées, il exerce divers métiers et quelquefois certaines ruses : au Canada où il vit dans une ferme, il se déguise en femme. Il est, mythiquement ou réellement, homme de chauffe sur un cargo, bûcheron, chevalier d’industrie, muletier, cueilleur d’oranges, charmeur de serpents, rat d’hôtel, cambrioleur… Doté d’une taille considérable et d’un vraisemblable talent de pugiliste, champion de France des mi-lourds, il affronte Jack Johnson, dans les arènes de Barcelone, pour le titre de champion du monde. Match perdu qui durera sept rounds.rigaut and co 1018 2

En fait, le poète boxeur donne tout son talent dans l’art de la provocation. André Salmon rapporte que Cravan regrettait que « le choléra n’ait pas emporté à trente ans les grands poètes. Mourir jeune, disait-il, leur eût épargné une vie mesquine ». Et Cendrars remarque qu’avant d’aller au bal, Cravan s’asseyait sur la palette de Delaunay. D’après Cendrars encore, le neveu de Wilde qui se disait être « le poète aux cheveux les plus courts du monde », aurait fait une conférence, le jour de la déclaration de la guerre, « annonçant à grand fracas qu’il allait se suicider en public ».

C’est dans les cinq numéros de la revue Maintenant, parus entre avril 1912 et mars 1915, que Cravan déploiera le maximum d’insolence. Unique collaborateur d’une publication qu’il vendait tantôt dans une poussette tantôt dans une voiture de quatre-saisons, il lance sous différents pseudonymes de redoutables piques contre Gide, Apollinaire et Suzanne Valadon, émaillant çà et là de traits cinglants (« Je ne comprendrai jamais comment Victor Hugo a pu, quarante ans durant, faire son métier. Toute la littérature, c’est : ta, ta, ta, ta, ta, ta ») et des positions sans équivoque ( » Je ne veux pas me civiliser »). Le refus de la civilisation, des coteries et des politesses mondaines l’incite au départ. A New York où il a débarqué en 1917, après avoir traversé sur le bateau qui transportait Trotsky, Cravan passe ses jours à déambuler, dormant la nuit dans Central Park. Il fait la connaissance de la poétesse Mina Loy, rencontre qui, selon Cendrars, « alluma une sorte de flamme surlunaire ». Sa situation de déserteur l’oblige à quitter New York. Il s’ensuit une cavale-western à travers l’Amérique pendant laquelle les lettres envoyées à Mina décrivent un être prêt « aux extrêmes et au suicide ». Le couple se reforme en 1918 — mariage contracté à Mexico — puis se sépare. Dès lors, le poète subit une période d’errance et de misère qui s’achève dans le golfe du Mexique où, d’après Breton, il « s’est engagé de nuit sur une embarcation des plus légères ». Une autre version de la mort de Cravan, moins répandue, moins funestement romantique, révélée par Jean-Pierre Begot avance que « la police mexicaine aurait fait état de deux corps d’hommes abattus près de la frontière au bord du Rio Grande del Norte ; le signalement de l’un d’eux — blond cendré et très grand — pouvait correspondre à celui du disparu ».

Des trois phénomènes avant- coureurs, celui qui obtiendra les plus grands égards est, sans doute, Jacques Vaché (1896-1919). A preuve la dédicace des Champs magnétiques, le premier livre surréaliste, et l’aveu de Breton selon lequel l’homme « aux cheveux rouges » et « aux yeux flamme morte » aurait bouleversé le cours de sa vie. Avec Vaché, rencontré à Nantes en 1916, Breton découvre l’humour « ubique » d’Alfred Jarry, Vumour sans h, cette « sensation de l’inutilité théâtrale — et sans joie — de tout ».

Avant de connaître Breton, Vaché s’était exercé à la dérision au sein d’un groupe de jeunes lycéens — Eugène Hu- blet, Pierre Bissérié, Jean Sarment — qui réalisait des revues où paradait une « vivifiante et féconde anarchie intellectuelle ». Vaché a déjà le goût des pseudonymes, le dégoût du nom propre. Il signe Monsieur Cocose, Tristan Hilar, Jacques d’O… critiques de livres et dessins. Deux romans de Jean Sarment, Ca- valcadour et Jean-Jacques de Nantes témoignent de ces facétieuses prémisses.

Toutefois, c’est dans Les lettres de guerre adressées à Breton, Fraenkel et Aragon que Vaché manifeste son style : une « totale indifférence ornée d’une paisible fumisterie ». Outre un solide mépris de l’uniforme et de « la grande lutte dressée sur un horizon de décadence », Vaché fait fuser rires et sifflets contre les écrivains, contre Apollinaire (« Il fait de bien bonnes « narrations »), Rimbaud (« Etes- vous sûr que Rimbaud ait existé ? »), Gide (« Vous ai-je dit que Gide était froid ? »). Mais cette insistante moquerie des dogmes et des caciques, Vaché ne se l’épargne pas. L’indifférence jetée au monde n’est pas un gage de supériorité. L’écrivain bardé de faux-noms s’offre un destin sinistre ou voyou : trappeur, voleur, chasseur, mineur, soudeur. Hélas cette promesse de vie aventurière sera rompue à Nantes par une « overdose » d’opium. On le découvre mort, dans une chambre de l’Hôtel de France, couché sans aucun vêtement au côté d’un comparse. L’auteur du Sanglant symbole et de blanche acétylène prend la fuite comme il l’avait prédit : « je mourrai quand je voudrai mourir…Mais je mourrai avec quelqu’un…Mourir jeune, c’est trop ennuyeux… ».

Rigaut, Vaché, Cravan appartienent désormais à la légende surréaliste où ils incarnent l’insoumission jusqu’au bout à travers l’acte de désobéissance extrême qui consiste à mourir avant l’heure et du même coup à saborder l’oeuvre et la consécration de l’oeuvre.

 

 

©Guy Darol

Eloge des frontières, l’hymne à la résistance de Debray

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REUTERS/Rafael Marchante

Le livre de Régis Debray, « Eloge des frontières » est une attaque en règle des chantres du village global planétaire. L’essayiste Jean-Paul Brighelli salue cette désacralisation de la globalisation indifférenciée, et fait à son tour l’éloge des séparations, de la contrainte et des différences, contre la standardisation des idéologues de la mondialisation.

« Une idée bête enchante l’Occident : l’humanité, qui va mal, ira mieux sans frontières. D’ailleurs, ajoute notre Dictionnaire des idées reçues (dernière édition), la démocratie y mène tout droit, à ce monde sans dehors ni dedans… »

Ainsi commence Eloge des frontières (Gallimard), un tout petit livre où Régis Debray vient de rassembler des conférences prononcées en mars 2010 à la Maison franco-japonaise de Tokyo.

Et dans ce monde de fausses valeurs, où on échange un Michel Houellebecq contre un Stéphane Hessel ou, au choix, deux barils d’Ariel, je voudrais dire tout le bien que cet opuscule mérite — les livres qui vous rendent intelligent ne sont pas si fréquents.

Dans la frénésie européano-mondialiste, dont le credo – ou l’incantation – se limite à proclamer la fin des frontières (et, tant qu’à faire, de l’Histoire), cela fait du bien de lire que les exaltés de l’ouverture, les apôtres de la World Music, tous ceux qui trouvent que « le mantra déterritorialisation » est un joli mot, et autres excités de la globalisation, nous tricotent un monde dangereusement inquiétant.

Les légendes fondatrices, explique Debray, « tracent des lignes ». Romulus délimite la Cité d’un sillon si profond que le premier qui le saute – son frère, en l’occurrence – en paie le prix fort. La civilisation, c’est la démarcation.

Dans l’espace d’abord : Dieu commence par séparer (la lumière de la ténèbre, l’eau de la terre, Eve d’Adam, etc. – en bon petit diable, souligne notre conférencier, qui arrive d’une époque où l’on étudiait encore le grec en classe). Et le sacré procède de cette séparation. Le templum (Debray arrive aussi d’un système scolaire où l’on faisait du latin…) dérive du verbe grec temnein, qui signifie découper. Le profane se tient à l’avant d’une limite qui détermine l’espace religieux proprement dit, et le rex est celui qui reget fines, qui délimite les frontières. C’est aussi le rôle des chefs, à commencer par les chefs de famille, que d’énoncer aux enfants la limite – mais voilà : le règne de l’enfant-roi (et jamais on n’a mieux senti l’oxymore de l’expression), du citoyen universel et du banquier transfrontalier ouvre l’ère du brouillage des limites, et, bientôt, de leur effacement.

On comprend le propos. Effacer les différences, c’est produire de l’indifférence. Nous avons passé quelques dizaines de millénaires à construire des bulles – grottes, maisons, murailles, cantons ou famille, tout comme la nature a fabriqué des gousses et des carapaces -, que l’on prétend éclater, en nous sommant d’être désormais membres d’un « village global ». Le Bien serait cette standardisation qui dit que je suis semblable à mon voisin, tout en prétendant respecter nos différences, dissonances autorisées d’un concert universel.

La frontière, cependant, pour être sans cesse reculée, fait de la résistance. On détruit l’enceinte de Philippe-Auguste, le Mur des Fermiers généraux, les fortifs’, mais on a le périphérique, et le Grand Paris de demain élaborera sa propre limite : les villes reconstituent sans cesse leur intra muros. Et la banlieue, indistincte, est vécue comme une menace, un espace de non-droit – un faux bourg. Encore que la Cité (ainsi les voyous appellent-ils leur citadelle) se reconstitue sans cesse, et génère ses propres lois. C’est même, explique Debray, qui a de la mémoire, une réalité politique : on commence par chanter que « l’Internationale sera le genre humain », et l’on finit par construire des rideaux de fer. Il en est de même dans la World Enterprise, qui abolit les frontières pour en édifier immédiatement d’autres – entre Etats-Uniens et Mexicains, entre Neuilly et Aubervilliers, entre Espagnols et Maghrébins. Pour ne rien dire des Israéliens et des Palestiniens. Tout déracinement engendre son ghetto. L’industrie de la serrure trois points et de la barrière de sécurité ne s’est jamais mieux portée que dans ce monde prétendument ouvert. L’Union Européenne, qui n’a jamais existé que sur le papier des illusions bruxelloises, mesure aujourd’hui ce qu’a coûté la perte de cette frontière symbolique que représentaient les diverses monnaies. À moins de supposer que l’euro est l’autre nom du Deutsche Mark – une évidence que les Grecs, les Irlandais, les Portugais et bientôt pas mal d’autres paient au prix fort.

La culture fait partie de ces clôtures. Bien entendu, nos démocrates béats la prétendent plurielle, ouverte, multipolaire. Et les illusionnistes de la pédagogie ont tenté d’imposer en classe cette vision du « tout se vaut ». Sans comprendre que l’Ecole avait été bâtie, dans les années 1880, avec des murs de papier, plus solides encore que la pierre, où étaient imprimés la Légende des siècles et le Tour de France de deux enfants, Racine et Corneille, Rabelais et Stendhal.

Mais on préfère aujourd’hui faire lire aux enfants les contes du monde entier, écrits dans une langue soigneusement lavée de toute difficulté, un globish où le présent de narration est toujours préféré au passé simple, toujours trop complexe, le mot vulgaire au mot savant, et les bons sentiments à la complexité. Sans voir que les lycées-casernes enfantaient plus de Rimbaud forts en thème que les « espaces de vie » conçus par les architectes modernes : l’enfant profite de la contrainte, de la clôture, de la règle – sans nécessairement se la prendre sur les doigts. Il erre en revanche dans l’espace mental sans délimitation que lui dessinent les pédagogies de l’apocalypse molle. Et au lieu de sublimer ses frustrations en efforts, en travail, en désir de mieux faire, il les libère au tout premier degré en violence exercée sur les autres et sur lui-même. Le cancre-roi est le cancer des cultures dissoutes. Au lieu de lui imposer des paliers, on lui laisse la porte ouverte – à 83% de réussite, le Bac est-il encore un rite de passage ?

La contrainte fabrique sans doute pas mal de conformistes. Mais l’absence de hiérarchie profite au caïdat : quand Rome s’est prétendue ville universelle, et que tous les peuples conquis ont eu droit à la citoyenneté, les barbares ont franchi le limes, et se sont installés dans la Cité – urbi et orbi, jusqu’à ce que de nouvelles frontières apparaissent.

« Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites », disait le sapeur Camember. Profondeur remarquable de la tautologie. La civilisation, la culture, l’éducation – ou l’écriture -, c’est l’expérience des limites. « Le principe de laïcité, explique Debray, portait un nom : la séparation. » De l’Eglise et de l’Etat. De la sphère privée et de la sphère publique. De l’instituteur et du curé (ou du rabbin, ou de l’imam). « La loi au forum, le privé à la maison ». La séparation donne forme, donne corps. Eduquer, c’est, sans cesse, imposer des limites. Le barbare – celui qui est venu frapper à la porte de l’Empire, comme celui qui a enlevé Ilan Halimi – n’a ni limites, ni contrainte. Et c’est ce que nous fabriquons, à grands coups d’école ouverte, de dissolution des disciplines – l’idéal des pédagogistes -, de désordre. On veut nous faire croire que le désordre est créateur, quand c’est la contrainte qui accouche d’œuvres d’art. À Malraux qui demandait comment aider les créateurs, on répondit crûment : « Mettez-les en prison » – l’ombre de Sade, dont Debray souligne tout ce qu’il doit à la Bastille, est là pour en témoigner.

Et de conclure : « En avant, les bonnets d’âne ! » (Si !), avant de définir le « sans-frontiérisme », qui est à la fois un économisme, qui « avalise le moins d’Etat en masquant son corollaire, le plus de mafia », un technicisme (un standard unicode, une hubris robotique qui se donne pour une méta-culture mondiale), un absolutisme (celui du délinquant ou celui du prophète, qui ne reconnaissent aucune limite à leurs appétits. Ajoutons-y le tyran, qu’il ait la barbichette de Napoléon III ou les talonnettes de Napoléon IV) et un impérialisme — hégémonie de Rome autrefois, des Etats-Unis hier, des banquiers aujourd’hui.

Le « rouleau compresseur », comme dit Debray, de la convergence et nos mots-fétiches, consensus, concertation et compromis, sont des concepts qui commencent mal. Et de préférer la culture, qui absorbe tout en sachant rejeter, qui trie, digère ou vomit, qui sait la différence entre Mozart et Sexion d’assaut, entre Laclos et Paulo Coelho, entre Degas et Vénilia.

Debray achève sa diatribe par une invocation à tous ceux qui refusent encore la « dilution dans l’universel », selon le mot d’Aimé Césaire – tous ceux qui ont rêvé de cartes et d’estampes et de journées de la jupe, de maisons de la culture et non de no man’s land, de centres-villes qui ne soient pas des centres commerciaux, de service public et non de logique de marché, de gastronomie et non de fast food… Eloge des frontières est un vrai hymne à la résistance, à la différenciation – et, in fine, aux Lumières, contre la tentation obscurantiste de l’uniformité.

Debray achève sa diatribe par une invocation à tous ceux qui refusent encore la « dilution dans l’universel », selon le mot d’Aimé Césaire – tous ceux qui ont rêvé de cartes et d’estampes et de journées de la jupe, de maisons de la culture et non de no man’s land, de centres-villes qui ne soient pas des centres commerciaux, de service public et non de logique de marché, de gastronomie et non de fast food… Eloge des frontières est un vrai hymne à la résistance, à la différenciation – et, in fine, aux Lumières, contre la tentation obscurantiste de l’uniformité.

Jean-Paul Brighelli – Blogueur associé

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L’Art dans la pensée de Schopenhauer

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« La réflexion sur l’art – objet du troisième livre du Monde comme volonté et comme représentation et de nombreux chapitres des suppléments – occupe une place éminente dans le déploiement de la pensée de Schopenhauer. L’art y tient sa valeur de sa relation à l’être – au monde, d’un côté comme volonté, de l’autre comme représentation… »

À quoi bon des poètes en un temps de détresse ?, par Élisabeth Bart

«[…] Et que faire dans l’attente et que dire / Je ne sais; et à quoi bon des poètes en un temps de détresse ?»

Hölderlin, Pain et vin.


En ce temps de détresse, le mot «siècle» qui disait jadis durée et mondanité dont on pouvait se retirer – telle une duchesse de Langeais brisée par le délaissement amoureux défiant le Crucifié qui ouvre les bras –, semble avoir désormais perdu tout son éclat. Mot délavé, comme tant d’autres sécularisés, auquel on ne peut plus se fier, le siècle a disparu dans sa propre sécularisation. Le siècle n’existe plus, nous ne vivons plus dans le temps, personne n’est plus «de son temps» mais du flux des choses, des marchandises, des images de marchandises, des apparences chatoyantes télescopées interchangeables, des événements réduits au simulacre médiatique qui ne font plus «événement».Si le langage est corrompu depuis la faute originelle, comme l’écrit Juan Asensio (1), la détresse est immense quand la «fausse parole» dénoncée par Armand Robin est blanchie comme l’argent sale, délavée jusqu’à la transparence à nos yeux, plus crevés que ceux d’Œdipe, qui ne la voient plus.

La nature de cette «détresse de l’absence de détresse», pour reprendre la formule heideggerienne, Günther Anders en dessine les contours marécageux au mitan des Trente Glorieuses, dans une conférence prononcée à la comédie de Berlin, le 20 novembre 1960 (2) : détresse d’un monde trop plein qui gonfle, comme la grenouille de la fable, jusqu’à l’explosion dans le néant, le «nul», comme on dit aujourd’hui, trop plein de la production de masse qui englobe désormais ce qu’on ne nomme plus des «œuvres» littéraires ou artistiques mais des «produits», des «biens culturels», à l’époque où la musique, l’édition, le cinéma sont devenus des «industries». Dès lors, selon Günther Anders, «[…] ce qui est question ici n’est pas : comment pouvons-nous ou devons-nous produire un art qui influence les masses ?» mais au contraire […] comment produire de l’art sous l’influence du fait de «l’efficience de masse ?» (3). Analysant le processus selon lequel «notre produire est déterminé à son tour par ces produits de masse» (4), Günther Anders va au cœur de ce que Hölderlin nommait déjà «temps de détresse» : l’impuissance individuelle face au déferlement de la volonté de puissance manifestée dans la surpuissance de la «pensée» scientifique, de la progression technologique, du marché, à travers leurs conséquences, entre autres, la dévaluation, la falsification, la dilution, la raréfaction du langage.

Nommer «démocratie» le règne de la production de masse offre un bel exemple de falsification du langage dans le sillage de cette transmutation du «peuple» en «masse» que déplore Bernanos dans Les grands cimetières sous la lune : «[…] notre vieux peuple, si fier, si sage, si sensible, devenait peu à peu cette masse anonyme qui s’appelle : un prolétariat» (5). En 1938, le don visionnaire de Bernanos ne va pas jusqu’à prédire le déplacement du prolétariat vers d’autres continents, mais voit fort bien l’avènement de la «classe moyenne» qui fait la masse aujourd’hui (6). En vertu du processus de reproduction analysé par Günther Anders, c’est bien cette classe qui contribue à produire la demande de masse, elle-même «produit de ses propres produits». Ainsi, les industries du spectacle, de l’édition, sont conduites à produire selon le goût indifférencié de cette classe, «moyenne», c’est-à-dire médiocre, des produits interchangeables, voués à l’obsolescence. Ce qu’on nomme fallacieusement «littérature» relève de cette production, ou plutôt, de cette «reproduction» : «le problème fondamental est donc la reproduction et non pas la masse» (7). On vous dira, anticipe Günther Anders, que tenir un tel discours est antidémocratique, on vous accusera d’aristocratisme, d’élitisme, au nom d’un prétendu «droit à la culture pour chacun» alors qu’il s’agit de vendre le même produit des milliers de fois pour satisfaire un goût «moyen», formaté, ce qui, en littérature, implique nécessairement une dévaluation, un affadissement, une raréfaction du langage, coupé du réel. Sous le fallacieux prétexte du pluralisme culturel, c’est le droit aux mêmes chances de vente qui est, de facto, défendu.

Alors que les acteurs du marché prétendent offrir «pour tous les goûts», un goût «commun», indifférencié, se généralise, au corps défendant des singularités, et au vu des best-sellers en littérature ou des grands succès cinématographiques, ce ne sont pas tant les ingrédients connus tels que le sexe, l’action, le nombrilisme qui les caractérisent, mais essentiellement la tonalité de la dérision. D’une certaine manière, la dérision généralisée a tué l’humour, celui du saltimbanque Raymond Devos qui jouait avec les mots comme un enfant joue avec des bulles de savon. «Humoriste» est devenu un métier : j’attends que l’un d’eux écrive un sketch qui tournerait en dérision l’humoriste de profession galérant pour trouver mots et gags comiques… Cette tonalité serait-elle l’héritage dévalué de l’ironie voltairienne, de ce siècle des Lumières qui n’a donné aucun grand poète, à part André Chénier qui finit sous la guillotine ? On est loin de Molière dont le rire marche comme un funambule sur un fil tendu entre comédie et tragédie, on est proche, probablement, de ce rire démoniaque, ce rire du néant qu’évoque Hermann Broch dans La Mort de Virgile, néant qui rit du sacré au lieu de faire rire le sacré. Dès lors, la voix du poète devient inaudible même si des poètes chantent encore et magnifiquement, leur voix déployée dans les grands romans autant que dans le déclinant genre poétique.

De même, la suprématie de l’image sur le langage induit l’effondrement du Verbe, autrement dit de la foi en une Vérité transcendante qui est et qui sera toujours inaccessible, qui l’était déjà et bien plus pour Virgile mort avant l’incarnation du Verbe dans le Christ, comme le disent les dernières lignes du roman de Broch (8), foi garante d’une quête perpétuelle de la Vérité dans l’humilité au lieu de l’arrogante volonté de puissance. Ainsi, nous sommes «idéologisés», le flot d’images nous sépare du réel, son trop plein nous rend impuissants à le comprendre, de sorte que, affirme Gunther Anders dans un suprême paradoxe, « L’ignorance actuelle est fabriquée à partir de l’apparente matière du savoir.» (9) Non seulement un goût commun se généralise, mais aussi, à notre insu, une idéologie, une bien pensance, une moraline, celle du Homais de Flaubert, personnage emblématique de la médiocrité (dont le Monsieur Ouine de Bernanos est peut-être le descendant, l’ultime avatar le plus corrompu), fervent fidèle de sa religion, la science, tout pétri de bonne conscience. A quoi bon les poètes pour les Homais ? Un Baudelaire, un Laforgue, albatros «ridicules et laids» aux yeux de leurs contemporains, ne se sont pas maudits eux-mêmes…

À quoi bon les poètes en un temps de détresse, comment les entendre, les reconnaître dans le flux de la production de masse qui nivelle tout, confond le bavardage creux et la parole authentique ? Le cerveau de la classe moyenne occidentale, ce troupeau d’oies gavées de tout, d’images, de spectacles, de musique transformée en un bruit de fond incessant, gavées du bavardage imposé même au voyageur rêveur dans un wagon de train, par le téléphone cellulaire, tend à devenir un seul cerveau, gras mais creux puisque cette graisse est liquide, qu’on ne cesse de «liquider», un produit après l’autre. Les oies pleurnichent facilement en ingurgitant la représentation spectaculaire d’une misère déréalisée (les «sans-abri, les palestiniens etc.) mais n’accordent aucun regard au mendiant du métro, ignorent le voisin dans la détresse – «cœur dur et tripes sensibles», dit Bernanos –, ignorantes, surtout, de leur propre détresse.

La parole poétique est solitaire, elle est cet éclat fugitif et fragile dégagé de la vase verbale en ce qu’elle dit le réel. Méditant sur la poésie de Hölderlin, Heidegger l’identifie comme « ce qui doit dire qui est l’être humain par opposition aux autres êtres de la Nature» (10). Elle est cette parole «essentielle» qui doit témoigner de l’être de l’homme, fonder l’être-là, le distinguer de l’étant. Elle procède de l’écoute de la Parole qui nous précède, celle des poètes, des prophètes, des mystiques, elle est dialogue avec cette Parole. En elle vibrent les voix des morts qui délivrent de la fausse parole. Elle n’est plus cloisonnée dans le genre poétique, avec ses règles, et si « les mètres sont le bétail des dieux» (11), selon la tradition védique rapportée par Roberto Calasso, ils sont parfois disséminés dans la prose romanesque, rythmée, scandée, par exemple dans La Route de Cormac McCarthy dont on peut apprendre certaines pages par cœur. Elle est cette parole vivante tendue vers le Verbe inaccessible, qu’elle soit ésotérique comme celle de Paul Celan, revenu des hautes usines de la mort et confronté à l’indicible, ou exotérique dans la simplicité limpide des stances anaphoriques de Charles Péguy.

En un temps de détresse, le poète est responsable du langage, répondant à l’Appel du plus Haut que lui. Il fonde «ce qui demeure contre le flux qui emporte» (12) écrit Heidegger, il joue l’éphémère contre l’obsolescent, éternise le fugitif. Il a la charge de libérer la parole des harnais sociaux ou bien pensants, ce que le Virgile de Broch comprend à la veille de sa mort. Malade, traversant les bas fonds de Brindisi sur une litière, Virgile est assailli par les quolibets des miséreux, puis témoin d’une rixe entre trois avinés qu’il perçoit comme un trio infernal. À travers cette expérience, il se découvre pareil à ces miséreux et prend conscience de l’insuffisance de son Énéide écrite à la gloire de César, donc au service de l’État et du mythe de la grandeur romaine qui ne sont rien parce que terrestres et périssables.

Entre les dieux enfuis et le dieu qui va revenir, Hölderlin se tient dans la ferveur de l’attente. Après Auschwitz, Paul Celan remonte le fleuve de la détresse, en quête de ce qui reste après la dévastation. Aujourd’hui, le poète doit s’arracher à la langue du simulacre en un élan qui semble impossible. Sa parole est tendue entre les deux pôles de la ferveur et du désespoir, tension qui est aussi étroite proximité. « Toute poésie vécue est une chute» (13).

Notes

* Sur l’illustration de cette note. Il s’agit du voile de Manoppello (Pescara), petite ville italienne dans le massif des Abbruzzes, dans la province de Chieti, à 23 kilomètres de Chieti et 190 de Rome. Cette image du visage du Christ est dite achiropoiète (c’est-à-dire peinte par une main non humaine). Sur un tissu très fin et brillant comme un bas de soie, de 17 x 24 centimètres, apparaît un visage d’homme dont on ne perçoit la beauté qu’après l’avoir observée avec patience. Sur cette toile semi-transpa­rente, l’image est imprimée comme sur une diapositive et, cas unique au monde, elle est parfaitement visible des deux côtés de la pièce de tissu. Les observations menées aux ultraviolets révèlent que sur la totalité du tissu aucun pigment naturel ou artificiel n’apparaît. On ne peut observer le visage que sous un angle particulier ou en plaçant un écran opaque derrière lui. À contre-jour, il est transparent; à l’ombre, il est de couleur ocre foncé. De par sa consistance immatérielle, on pense que la toile est constituée de byssos marin, un filament opalescent extraordinairement fin et qui ne peut être peint. Il est fabriqué par le Pinna Nobilis, un mollusque bivalve de la Méditerranée. Le mode de tis­sage de ce très précieux fil, utilisé dans l’Antiquité surtout par des rois et des prêtres pour la finesse et la splendeur de la trame, remonterait à la fille du roi Hérode. Ce visage a une coloration intense, il est contusionné, a le nez cassé, la barbe partiellement arrachée et une joue enflée. Les yeux regardent intensément de côté et vers le haut, laissant entrevoir le blanc sous l’iris. Sur le front, il a une mèche ébouriffée (NdJA).

(1) Juan Asensio, L’arche brisée de la parole in La Littérature à contre-nuit (Éditions Sulliver, 2007), p. 37 : «[…] dès le premier mot rempli d’une mauvaise sève, dès le première phrase insinuante et spécieuse, c’est le monde entier qui s’est trouvé corrompu ainsi que le cœur de l’homme.»

(2) Texte publié sous le titre L’obsolescence de la réalité dans la revue Conférence n°21 (automne 2005), pp. 343–357.

(3) Günther Anders, op. cit., p. 343.

(4) Ibid., p. 344 : «[…] notre produire est déterminé à son tour par ces produits de masse (qui, à leur tour, ont contribué à produire le caractère de masse de la masse), c’est-à-dire co-produit [mitproduziert]. Et comme, de plus, nous faisons partie de ceux qui, par leurs produits, ont contribué à produire la demande de masse réelle ou présumée, nous sommes aussi, en tant que producteurs, toujours les produits de nos propres produits».

(5) Georges Bernanos, Les grands cimetières sous la lune (Éditions Plon, collection Points, 1995), p. 53.

(6) «[…] les classes supérieures se sont peu à peu fondues en une seule à laquelle vous avez donné précisément ce nom de classe moyenne. Une classe dite moyenne n’est pas non plus une classe, encore moins une aristocratie. […] Rien n’est plus éloigné que son esprit de l’esprit aristocratique. On pourrait la définir ainsi : l’ensemble des citoyens convenablement instruits, aptes à toute besogne, interchangeables», Georges Bernanos, op. cit., p. 54.

(7) Günther Anders, op. cit., p. 344.

(8) «[…] car inconcevable et ineffable pour lui était le Verbe qui est au-delà de tout langage», Hermann Broch, La Mort de Virgile (Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 2006), p. 439.

(9) Extrait de l’analyse de ce processus : «[…] le flot d’images particulières doit nous empêcher de constituer une image du monde tout court et nous empêcher de ressentir l’absence de l’image du monde tout court. La méthode actuelle, à l’aide de laquelle on empêche systématiquement la compréhension [Verstehen], ne consiste pas dans le fait de livrer trop peu, mais dans celui de livrer trop. L’offre d’images, en partie gratuite, en partie même inévitable (publicité), suffoque la possibilité de se faire une image [sich hein Bild machen] : on nous écrase par une abondance d’arbres afin de nous empêcher de voir la forêt», Gunther Anders, op. cit., p. 351.

(10) Martin Heidegger, Hölderlin et l’essence de la poésie, in Approche de Hölderlin (Éditions Gallimard, coll. Tel, 2008), p. 45.

(11) Roberto Calasso, La littérature et les dieux (Éditions Gallimard, 2002), pp. 131–133.

(12) «La poésie est fondation par la parole et dans la parole. Et qu’est-ce qui est fondé ? Ce qui demeure. Mais ce qui demeure peut-il être fondé ? N’est-ce pas ce qui est toujours déjà là subsistant ? Non ! Il faut précisément que ce qui demeure soit amené à persister contre le flux qui emporte; le simple doit être arraché à la complication, la mesure être préférée à l’immense. Il faut que vienne à découvert ce qui supporte et régit l’étant en son ensemble. Il faut que l’être soit mis à découvert, pour que l’étant apparaisse», in Martin Heidegger, op. cit., p. 52.

(13) Dominique de Roux, L’ouverture de la chasse (à propos de Michel Bernanos, éditions du Rocher, 2005), p. 141.

Ma double vie d’Arthur R.

 

Si une vie se compose de plusieurs vies juxtaposées ou parallèles, Arthur en aura fait la démonstration ultime. Du poète absolu au trafiquant d’armes, il y a une fracture, et c’est dans ce revirement si touchant qu’Arthur s’expose à nous, dans sa nudité la plus crue.

Arthur n’aura pas cherché la reconnaissance et la célébrité longtemps. Vite, il lui faudra acquérir de nouvelles sciences, de nouveaux langages. Parmi les hommes, il se sait mort d’avance, pour ne pas voir sous le soleil la finitude de ses congénères, il choisit le ciel du désert. Son horizon est névralgique, il a des pieds fantômes, des stigmates sur ses yeux brûlés. Il avance le corps calciné dans une étendue sans ombre, sans femmes. Il lui faudrait un alcool plus fort que son désespoir de ne trouver là que misère et astreinte.

Dans cette autre vie, la vie est décidemment absente. Elle ne l’attend pas au détour d’un oasis, où dans les yeux d’une négresse d’Abyssinie. Dans le fond de ses yeux, il y a pourtant un petit espoir de mariage bourgeois, vite dilapidé par son angoisse de bagnard. Il n’enfantera pas une indigène aux yeux sombres, il ne donnera pas à son fils la plus grande instruction qui soit.

Dans sa seconde vie, Arthur quitte le sang et la chair pour rejoindre l’émulsion argentique. Ce qu’il nous laisse, ce sont des instantanés. Arthur embrasse la découverte de la chambre noire et se plonge dans son propre tombeau, au milieu de nos livres et de ses images.

Il n’aura donc pas triché. Il est parti. Il a échoué. Sans doute mauvais négociant, A Harar son sort l’embarrasse et l’ennuie à mourir. A t’il espéré en finir également avec cette seconde vie ? Alité, à l’orée de la mort à Marseille, alors qu’on l’a amputé d’une jambe, il croit encore pouvoir changer la vie et l’exprime avec un paradoxe éloquent à son directeur  : « Je suis complètement paralysé : donc je désire me trouver de bonne heure à bord. ».

Guillaume Hoogveld.

 

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