Guillaume Hoogveld / Bonnes surprises en 2025

 

Je cherche une boîte aux lettres

Boîte aux lettres de toutes les couleurs une boîte aux lettres de toutes les fantaisies je cherche une boîte aux lettres je cherche un bureau de poste j’ai des colis à envoyer il y a du bonheur plein les colis les colis même ravagés sont porteurs d’espérance retrouvée

Dos au mur contre la musique suspendue j’accueille les variations de Bach comme une suite de finalité familière sans but ni gloire ni descendance ni fragmentation ni familiarité avec le monde qui me ressemble je cherche une boîte aux lettres il arrive que les courriers arrivent aux destinataires ils sont parfois poinçonnés mais ce n’est qu’une idée en réalité c’est un simple coup porté à l’emballage qui porte  seul le contenu le message tant attendu une révélation un poème une capacité à s’émanciper une capacité à s’accroître à divaguer à se laisser tomber terre pour mieux se retrouver avec une boîte aux lettres qui n’existe que pour faire cesser le vertige des orphelins

Tout homme est une capacité d’émotion plurielle indisciplinée sauvage éclatante imminente ressourçante chaleureuse familière inouïe dans tous les sens tout se met à vibrer tout se met à renaître à se ressembler à s’unir à se fédérer même quand le temps devient trop long quand la trotteuse n’avance plus quand  les cieux semblent sous terre aux mines de plomb aux hypothèques de l’inné aux dettes sans contrefaçon quand la terre est en jachère quand la mère ne donne plus le sein  malgré cela soyez bien en vie en 2025

Je me réunis donc pour vous souhaiter une bonne année millésimée avec une boîte aux lettres pleine de santé et le cachet de la poste faisant Foi.

Guillaume Hoogveld Jour de l’an 2025©
Poètes Anonymes Associés©
www.guillaumehoogveld.net

Photographie d’Alfred Hoogveld©, Amsterdam, Décembre 2024, sans retouche.

 

 

Nantes hyper-centre périurbain à la recherche d’une boîte aux lettres dans un women’s land…

Sonia Branglidor / La nuit en vrac

 

Et il y a la dimension prodigieuse de la vie,cette douleur brûlante de ne pas être à la hauteur des choses les plus laides, les plus médiocres, les plus crasseuses, les plus répétitives et les plus monotones,et ce ciel de merde qui se lève la nuit et qui chante pour les pétés, pour les taches, pour les Verlaine aussi, qui n’avaient pas de bistrot spécial poète, et qui se traînaient l’âme avec des vautrés de service, avec la mort, avec la leur de mort, aux poètes, qui se pendent aux lanternes du vide, comme des soleils écrasés de pourriture, comme des plumes légères, vides de tout, n’y croyant plus, comme Van Gogh dans son soleil, comme Nerval dans sa ruelle, et comme l’inconnue qui ne veut plus sourire, là, très loin de la vie,comme ils dansent. Très vide, tout ça, comme une souffrance, très fort, le vide, très prenant. Mourir de rien, c’est toujours — et de quelque chose, c’est parfois, aliquando, maybe. On verra.

 

Un jour, on me dira
Va te faire taper sur la gueule
Puisque t’aimes ça
Puisque t’es pas foutu de sortir de ta merde
Et ce jour-là, je partirai
A l’intérieur de moi, comme un Indien
Et comme un fou de solitude refusée
Je ne sais où j’irai
Et sûrement que nulle part c’est bien
Il a raison le poète
Personne ne peut rien pour personne
Un jour, on me dira
Fais pas porter ta peine à ton voisin
Et moi qui suis le porte-peine
Je partirai pour ça, qu’on m’aura dit
C’est tout

 
A ceux qui ne partent jamais
A ceux qui ne peuvent plus partir A ceux qui, blafards de fatigue et de dettes
Creusent leurs jours comme sillons
De mort ou de moisson
A ceux-là qui ne veulent plus partir
A ceux-là qui ne veulent plus rien
Et qui, de leur silhouette,
ardentent la solitude
Des arbres de l’hiver
A ceux qui ne rêvent plus
A ceux-là, simplement,
Je donne le bonsoir
Des grandes capitales
blessées, furtives, et violentes

 

© Sonia Branglidor, extraits d’ « Une nuit en vrac », publié aux Éditions Librairie-Galerie Racine, 2001

© Photographie d’Alfred Hoogveld, Août 2022, île de Nantes, Palais de Justice Jean Nouvel

Ilarie Voronca / Beauté de ce monde

 

à Léon-Paul Fargue

Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Les pleurs peuvent inonder toute la vision. La souffrance
peut enfoncer ses griffes dans ma gorge. Le regret,
l’amertume, peuvent élever leurs murailles de cendre,
la lâcheté, la haine, peuvent étendre leur nuit,
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Nulle défaite ne m’a été épargnée. J’ai connu
le goût amer de la séparation. Et l’oubli de l’ami
et les veilles auprès du mourant. Et le retour
vide, du cimetière. Et le terrible regard de l’épouse
abandonnée. Et l’âme enténébrée de l’étranger,
mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Ah ! On voulait me mettre à l’épreuve, détourner
mes yeux d’ici-bas. On se demandait : « Résistera-t-il ? »
Ce qui m’était cher m’était arraché. Et des voiles
sombres, recouvraient les jardins à mon approche
la femme aimée tournait de loin sa face aveugle
mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Je savais qu’en dessous il y avait des contours tendres,
la charrue dans le champ comme un soleil levant,
félicité, rivière glacée, qui au printemps
s’éveille et les voix chantent dans le marbre
en haut des promontoires flotte le pavillon du vent
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Allons ! Il faut tenir bon. Car on veut nous tromper,
si l’on se donne au désarroi on est perdu.
Chaque tristesse est là pour couvrir un miracle.

Un rideau que l’on baisse sur le jour éclatant,
rappelle-toi les douces rencontres, les serments,
car rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Il faudra jeter bas le masque de la douleur,
et annoncer le temps de l’homme, la bonté,
et les contrées du rire et la quiétude.
Joyeux, nous marcherons vers la dernière épreuve
le front dans la clarté, libation de l’espoir,
rien n’obscurcira la beauté de ce monde.


Crédits photo ©ALFRED HOOGVELD #1997 POUR ©POÈTES ANONYMES ASSOCIÉS

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