Libera me

Libera me                                                                                       Pour Papa,

Charlotte HAMEL 2010©

Rends-moi ma propre respiration

Et tous les mots qui lui sont associés

Pessõa Hölderlin et Paul Celan mériteraient-ils

un beignet aux pommes quand j’ai six ans

une discordance de temps

sans  aucun verbe dans la soute

Je me suis créé de toutes pièces un pesant de douceur

pour clouer à pic la peur que je portais

sans pouvoir me délier de ses mains effilées aiguës aiguisées

Je voudrais juste revenir à la maison

avoir le temps

avec mes propres pas

d’arriver à la première des aubes

avec un contrat plié

mille fois je veux bien

mille fois juif errant

que ça te plaise ou que tu me dises non

que tu sois mon père ou un mauvais garçon

que tu aies eu besoin de te mettre toi aussi

à de nouveaux diapasons

Trouver ta paix

trouver le rythme à ta chanson

donner du sens à une diaspora de printemps

Une tentation de Venise

qui aurait fracassé l’azur de l’horizon

Guillaume

Automne 2011

D’un Céline l’Autre : Pastiche de Destouches, archives personnelles

SEUL AU PARADIS
Cette fois je vais me lever du pied gauche, c’est une nouvelle aventure, j’espère. J’allume une autre cigarette parce que j’en ai envie, seulement parce que j’en ai envie. Et puis je ferme les rideaux et je me prépare à vivre.

une entrée dans la salle de bain où les carreaux de faïence, déracinés du sol, marquent un crépitement à chaque pression de mes pieds nus et froids.

Vient alors le rasage, devant la glace lorsque la lame vient faucher au plus près mes poils et inciser, par maladresse, ma peau innocente, quelques gouttes de sang qui coulent et contrastent avec ma peau blême. Envie de dormir dans la chaleur de l’eau, me voilà fin prêt pour sortir affronter la rue. Je ferme la chambre et prête les clefs à Ernest, mon voisin de palier qui nourrit ma girafe en mon absence. Ernest est un gentil garçon, toujours prêt à rendre service. C’est lui qui s’occupe le plus souvent de nettoyer les toilettes communes et même après mon passage.

Je sors et, c’est vrai, la rue chaque matin a une nouvelle senteur. Un autre regard. Plus ferme ou plus indulgent. Je cours après le bus qui m’emmène place Fendart où m’attend Désirée. Ça fait sept mois que je l’avais pas revue. J’1’avais rencontré place du tartre, ou elle vendait des chi-chi et des barbes à papa aux allemands en short. Elle m’a pris tout de suite pour un étranger, moi, le vieux parisien-mégot! J’en ai ri jusqu’à la rate et j’ai embrayé en l’invitant à dîner chez José, à la Fourche. Et maintenant, j’sais pas trop ce qu’elle devenue, si j’aurais toujours envie de son petit cul ballonné et de ses seins à l’air, poignants. Rue châssis, école orthopédique…place fendart, c’est pour moi! Attends…on avait dit près de la statue Georges Chimère. Y a personne, midi quinze, c’est pourtant l’heure et pourtant ça sent différent, plus exactement, ça sent les doigts, les doigts à l’oignon.

Je ne comprends pas ce que je ressens. La tristesse que je ressens, cela n’existe pas. C’est vide à la fois. Y a personne à la place, Désirée c’est du manque, maintenant On m’a injecté du manque dans mes veines, et les lampadaires tournent avec la nuit.

Je vais coucher ici.

Seul au paradis.

À chaque procuration poétique, une gifle attend le poète m’a dit Luc Dellisse. À quoi je lui ai répondu stoïquement que je tends toujours l’autre pour pallier au déséquilibre de la terreur démocratique invisible.

Guillaume HOOGVELD 1997@2013 Droits réservés©

Délit de tristesse

Pour le Pr Michel Hamon
Qui sait faire sourire l’encéphale…

État de chose
État de fait
Ton nom est comme la rose
En moi tu te défais
États de fait
les lieux gravitent
je m’appelle tristesse                     adieux tristesse
si j’osais !
à la mémoire zébrée
En moi tu te défais
Les natures mortes se greffent aux portes
Échangerl’ivraie pour de l’ivresse
Et se passer d’un sou-pire d’une larme
Activité timide dans le système nerveux central
Je pensais encor prendre le vent me saouler au mistral
Quel chimie incongrue me retient sur place
quelle molécule de liesse pourrait encore
ce vieux rêve de nos alors me redonner un permanent

Encor
Un petit rebond
Un supplément d’âme ou même un de ses miroirs cachés ?

Amnésie

 

le bonaparte

Charlotte HAMEL  Droits réservés©

 

Je ne te suis plus ! En vain, je tente même de ne plus te chercher. Tu m’as laissé venir, la trappe grande ouverte, et je me suis entrebâillé, sur ce. Sur cette étendue d’inconnu, de failles, de bouches féminines partout.

Tous les jours nous avons perdu la mémoire. Les signaux  du petit Poucet ou du petit Prince sont perdus. Après le désastre de la nuit, je ne sais plus si respirer est plus naturel que penser. Je ne sais plus si cette rencontre a eu lieu, si j’écris avec de l’eau comme je pense avec l’alcool,

quand j’aurai donné assez : assez : quand j’aurai liquidé la faille incestueuse, alors, quand nous serons les deux êtres les plus lointains, les plus étrangers, les plus absents, alors, j’ose penser :

Guillaume HOOGVELD 1996 ©

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