Bukowski / Le miracle

 

Travailler une forme artistique
ne signifie pas
se tortiller comme un ver solitaire
rassasié,
ça ne justifie pas non plus les grands airs
ni la cupidité, ni en aucun cas
le sérieux, mais je crois deviner
que ça occupe les meilleurs moments
des meilleurs d’entre nous,
et lorsque ceux-là meurent
et que quelque chose d’autre ne meurt pas,
nous voyons le miracle de l’immortalité :
des hommes arrivés comme des hommes,
repartis comme des dieux –
des dieux dont nous savions qu’ils étaient ici,
des dieux qui nous laissent maintenant continuer
quand tout nous presse d’arrêter.

*

The miracle

To work with an art form
does not mean to
screw off like a tape-worm
with his belly full,
nor does it justify grandeur
or greed, nor at all times
seriousness, but I would guess
that it calls upon the best men
at their best times,
and when they die
and something else does not,
we have seen the miracle of immortality:
men arrived as men,
departed as gods –
gods we knew were here,
gods that now let us go on
when all else says stop.


©Charles Bukowski (1920-1994) – Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines – Editions du Rocher, 2008, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Thierry Beauchamp – The Days Run Away Like Wild Horses Over The Hills (Black Sparrow Press, 1969)

Photographie ©Droits réservés

ARTAUD / Les recoins de la perte

Je mets le doigt sur le point précis de la faille, du glissement inavoué. Car l’esprit est plus reptilien que vous-même, Messieurs, il se dérobe comme les serpents, il se dérobe jusqu’à attenter à nos langues, je veux dire à les laisser en suspens.

Je suis celui qui a le mieux senti le désarroi stupéfiant de sa langue dans ses relations avec la pensée. Je suis celui qui a le mieux repéré la minute de ses plus intimes, de ses plus insoupçonnables glissements. Je me perds dans ma pensée en vérité comme on rêve, comme on rentre subitement dans sa pensée. Je suis celui qui connaît les recoins de la perte.

©Antonin Artaud, droits réservés.

GASPARD NOE / Best of « Seul contre tous », 1998

A la mémoire de Philippe NAHON,

 

 

 

 

 

 

 

 

Les extraits ci-dessus sont strictement dépositaires des droits d’auteur accordés à leur créateur, ©Gaspard NOÉ, 1998.

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