Hasard et Beauté par Guillaume Hoogveld / Lu par ChaM

 

 

Marc-Aurèle. Musée du Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines.

Texte et motif musical piano de Guillaume Hoogveld In J’ai été nu dans le feu, Librairie-Galerie Racine, Paris, © 2008.
Interprété par ChaM© en 2025 dans les studios de Bill Ashtray et produit par Mark Belveder.

 

 

 

 

Charlotte HAMEL / Scande mon présent

 

C’est long quand tu n’est pas là à scander mon présent à poser ta voix sur mes silences à rire à gorge déployée je répare mes peines dans cette jouvencelle rencontre et réécris l’été qui se décline depuis l’automne en douceurs
létales
je déclare la guerre ouverte aux bâillements et j’étire mes membres sédentarisés en fredonnant une rengaine des années 40 je délivre un message joyeux aux passantes et passants que je croise juste en esquissant mon plus joli sourire car sourire est sain n’est pas vain est divin je vous croise parfois hagards et indifférents engoncés dans le noir de vos vestes et blousons et décèle par le pas qui vous êtes alors je questionne votre démarche de loin je remarque les souffrances d’un boitement ou la peine d’une vieillesse avancée que puis je y répondre sauf à sourire à la vie qui coule encore dans nos veines et nos déveines.

 

©Texte et photo de Charlotte HAMEL @2022

 

 

© »Erreur sur la brise », Éditions Librairie-Galerie Racine, Paris 2005

Couverture BLANK©

Lithographies rehaussées à l’aquarelle d’Anton Larbie©

Illustration originale du Serpent de la Brise de ©Charlotte HAMEL, @2022.

 

CQFD#4

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Je perds la vue en double aveugle

je me machine aux ciseaux

sculpté comme un Klimt

un Schiele paranoïaque

perdant patraque

pour finir dans le noir

pour luire dans un dortoir

toujours que revienne l’Enfance

À Charlotte H
Guillaume HOOGVELD @2013 Droits réservés©

Scriabine

Pour William, mon ange noir

Scriabine. Comment à ce mot ne pas ressentir un mystère, une onde, un frémissement, une couleur pourpre, automnale et jaune. Scriabine était un compositeur de la fin du 19ème siècle. Né à Moscou en 1872 et mort en 1915, il choisit vite la musique comment élément définitif capable de transformer le monde et le rapport qu’il y a.

Pour lui, la musique est « une force théurgique d’une puissance incommensurable appelée à transformer l’homme et le cosmos tout entier ».En cela, il est un symboliste extrême qui va même jusqu’à définir des projections colorées établies sur la base d’une table de correspondances du spectre des hauteurs sonores et du spectre des couleurs. Le mot est lâché. Chez Scriabine, c’est la couleur qui domine, dans des synesthésies on ne peut plus expressives.

A la première écoute on est frappé par ces correspondances voluptueuses (Do : rouge ; sol : orange ; ré : jaune brillant ; la : vert ; mi : blanc bleuâtre, etc.).

Scriabine voulait l’Art total. Reprochant à Wagner de n’être pas assez loin dans l’unification des mondes artistiques à cause de l’autonomie du texte et de la musique, il se joue des tonalités et des dissonances tout en évitant le piège de l’attraction tonale. Cependant, il lui accorde la valeur mystique d’être un « principe unificateur » et un moyen de refléter « l’harmonie des mondes ». Pour lui, tout est vibration, et une œuvre d’art doit être la plus totale possible, faire appel autant à l’ouie qu’à la vision, au toucher, à l’odorat.

Pour « Prométhée », il prévoit la présence d’un clavier à couleurs dont les dégradés accompagneraient les sons selon des correspondances mystiques destinées à transcender les auditeurs.

Scriabine fait éclater le cadre classique de la sonate par une fougue et une violence inspirée par son approche de Nietzsche, et des chefs de file du mouvement Futuriste comme Marinetti.

Aujourd’hui mal compris parce que considéré comme obscur ou primaire, je pense que Scriabine est allé plus loin que Chopin dans l’exploration musicale et dans la recherche émotionnelle. En effet, Alors que Chopin (auquel il doit certes beaucoup de ses premières œuvres ) visitait des lignes mélodiques rassurantes et assurées, languissantes sans surprises, Scriabine fait place au Chaos, mais à un chaos organisé dans une métrique implacable.
Comme éléments discographiques, permettant de s’initier à ce démiurge, je citerai ses sonates, études, préludes et nocturnes par Horowitz ou Richter, et son Prométhée. Attention la falaise est proche.

Echappée
course de moments projetés là, ici,
projectiles
sueur froide
falaise toute proche
défense de troubler toute personne
censée se dévoiler
résistance
permission de flotter comme un ventricule

sucre glissant du pavot
gant de fer et main d’écrin
caramel à point
pause inter-polaire
micro-climat assis à la droite du jaune et du bleu
bleu si intense qui ne sait pas naviguer
bleu si intense dont la matrice est proche
et se voit dans une flaque d’araignée
comme un prisme non abouti
Poème d’extase
Je t’ai cherché
Sur les dunes paresseuses
Je t’ai eu dans la violence du sang
Tout cela c’était contamination
J’écrivais pour te disséminer ô Extase !
J’allais te chercher dans la misère où il n’y avait
Que surprise et hasard
Violence et objection

Le jour peut ne pas se lever
J’ai Scriabine
J’ai ses silences je ne les possède pas
J’ai ses précipités de fluor
Qui drainent des positionnements méticuleux

Falaise toute proche.

Texte de ©Guillaume HOOGVELD @2005 avec la participation de ©Charlotte HAMEL @2022 pour l’illustration

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