Luc DELLISSE / Inédits / Fuego

Fuego

L’idée ne me serait pas venue de mener une vie nomade. J’étais un sédentaire qui n’aimait pas rester en place trop longtemps. Qui surtout, n’avait pas envie qu’on sache exactement où le trouver. J’aimais quitter les lieux promptement, mais pour un autre lieu fixe. Pas pour errer sur les routes à plaisir. Deux ou trois jours de randonnée dans les Dolomites ou les Vosges suffisaient à mes besoins d’évasion pour une année entière. J’avais un sac à dos, de bonnes chaussures, une brosse à dents et de l’argent liquide : je ne me prenais pas pour un aventurier.

Je couchais à la modeste et non à la dure. Un petit hôtel, un restaurant de quartier ou de montagne, mes genoux pour écrire durant la pause, des rencontres incertaines, des ampoules au talon quand j’avais mal choisi la longueur du chemin. Rien de tout cela ne m’empêchait de pratiquer une sorte de confort instable. Puis je rentrais chez moi – dans un des chez moi. Durant ces brèves errances, je m’abstenais de consulter mes mails et de lire de grandes proses. J’ai tout cela sur mon téléphone, mais déconnecter quelque temps les voix du monde me faisait un bien fou.

En dehors de ces rares épisodes, je ne voyageais pas, je ne bougeais pas : je restais immobile ou tout comme, partagé entre deux ou trois domiciles de hasard. Ces résidences ne reflétaient la personnalité de leur occupant que par défaut : peu décorées, peu meublées, peu aménagées. Je pouvais m’en détacher sans douleur.

Pendant longtemps j’avais eu des livres, beaucoup de livres. Il ne m’en restait plus. Perdus. Vendus. Donnés. Abandonnés. C’était dans l’ordre. Le vide, l’oubli, le tempo. A chaque mois qui passait, mes souvenirs de lecture devenaient plus fragmentaires, plus lointains. Je connaissais encore des bribes de poèmes, détachés de l’ensemble ; des esquisses d’histoires dont j’avais oublié la plupart des détails. Je savais encore qui était madame Bovary, mais pas le nom de ses amants ni les circonstances de sa mort. Cela ne m’intéressait plus beaucoup.

Pas de doute : je m’appauvrissais. Mon esprit devenait une conscience anonyme. Je menais une vie qui allait en s’étrécissant par goût de la simplicité. J’avais la folie de m’en réjouir. J’étais mûr pour une fin sans gloire. Je me préparais le destin de ces hommes qu’on retrouve, à l’état de pourriture ou de squelette, dont on ignore comment ils sont arrivés dans cette pièce fermée, et dont on ne connaît pas le nom.

Ce qui me maintenait en équilibre, en mouvement, c’est la joie. Une joie sans motif qui me prenait dès le réveil et me faisait trouver la journée qui venait plus belle d’avance que tous les autres jours, parce que des ravissements inconnus m’attendaient. Souvent, ces pépites étaient si minuscules qu’il fallait un œil exercé, un œil de myope, pour les saisir. Elles nourrissaient ma vie et trouvaient place dans un poème, une promenade, un rêve. Elles me rendaient amoureux de femmes que je ne rencontrerais pas, de villes que je ne reconnaîtrais pas, de toute une suite d’émotions fortes et fuyantes, de toutes les formes d’aventures improbables, comme à vingt ans.

Je vivais tout le temps comme si je n’avais encore rien vu. Je me perdais dans des paysages plus imaginaires que réels. Je me sentais solidaire des humains en général, pas en particulier. J’avais de plus en plus de mal à prendre au sérieux le destin. Autour de moi, mes contemporains étaient entrés dans la vieillesse. Je ne me méprenais pas sur mon propre sort mais comment dire ? Je sentais que je n’en avais pas fini avec moi.

© Luc Dellisse 2023. Tous droits réservés

iconographie de Bill Ashtray©

Les baby boomers ou une génération qui a tout gardé pour elle

 

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des millions, les babyboomers, les enfants de la Victoire et
de l’opulence retrouvée ! Quand ils eurent 18 ans, 20, 25 à peine, ils ont inventé, lassés qu’ils étaient d’un monde hypocritement moraliste, scandaleusement consumériste à leurs yeux déjà gâtés, la « révolution des jeunes ». Potlatch à Saint-Germain, boom monstre, et sous les pavés la plage et mon cul sur la commode, les vieux croumis – leurs parents l’avaient en fait bien mérité, qui tentaient à leur dam et corps défendant de penser l’histoire à venir en dépit des vraies révolutions matérielles qu’ils avaient un peu trop servies.

Les révolutionnaires de 1968 ont eu assez vite 30 ans, 35 : des idées plein les poches et autant de thunes à faire avec, ils ont sans barguigner engrossé le monde occidental de leur rêves létaux et de leur arrivisme facile. Déjà à l’époque – peu s’en souviennent, hélas – Jacques Chancel, le héraut de la culture télévisée d’alors, en invitait quelques-uns pour savoir « comment avoir trente ans en 1982? ». Plus nombreux et nantis par avance qu’aucune génération avant eux ni après, ils ont mis à profit leurs utopies : sexe à gogo, jouissance, thune et emploi facile (« parce que je le vaux bien »), bon-penser, tolérance, libertude.

Quand ils ont eu 45 ans les journaux qui étaient tous dans leur main

nous chantaient la difficulté de passer la quarantaine. Quand ils ont eu 50 ans, le programme majeur était de comprendre qu’à 50 ans on n’est pas foutu. À 55 ans ils nous expliquaient – tous leurs journaux, tous les média qu’ils avaient pris d’assaut depuis 20 ans – que « le 3e âge ça se prépare », et ils partaient sans vergogne en pré-retraite grâce aux Plans pré-digérés que leur concédaient leurs comparses en jouissance, quelques patrons qui mieux qu’eux avaient engraissé sur le potage commun mais qui – solidarité générationnelle oblige n’auraient surtout pas cherché à frustrer l’un des leurs.

Les baby-papy-boomers ont aujourd’hui entre 59 et 69 ans. Que voulezvous qu’il leur arrive ? Ils se sont payés sur notre dos – nous les petits, leurs cousins de 1955 à 2000 – tous les luxes : plein emploi, squat infini des lieux d’émission de toutes les doxas (mainmise totale sur les média, la politique, même la technologie à laquelle la plupart d’entre eux ne comprend rien mais qu’ils entendent régenter), retraites anticipées (années 1990 à 2000), Pré- Retraites-Programmées (PRP, années 2000 à 2009) : et maintenant qu’ils ont tout usé, maintenant qu’ils ont baladé leurs vices touristiques et leur développement durable ruineux dans le monde entier, maintenant qu’ils ont à peu près tous (et tant pis pour leur abrutis de contemporains qui n’ont pas su en profiter) un home sympathique en milieu favorisé et au moins une résidence secondaire là où il fait bon, maintenant qu’ils sont tous à la retraite et 30 ans d’espérance de vie à nous désespérer le monde, ils exigent – et c’est bien naturel – que leur retraite anticipée soit garantie jusqu’à leur mort.

Serrez-vous, les petits, vos aînés de la génération pourrie vous demandent un petit sacrifice ! Bossez pour eux jusqu’à 65 ans, vous le valez bien !

SOURCE Serge Rivron©

Les baby-boomers sont une génération sociologique. Selon la théorie de William Strauss et Neil Howe, la génération des boomers occidentaux serait composée en grande partie d’idéalistes et d’égocentriques.

Le sociologue français Louis Chauvel souligne la chance des membres de cette génération, dans les pays occidentaux, et souligne ce qu’il considère comme leur responsabilité dans la crise vécue par les générations suivantes. L’énorme poids démographique, mais aussi économique et culturel de cette génération tend à faire de l’ombre à celles qui l’ont précédée et, surtout à celles qui suivent, qui connaissent une situation économique et professionnelle beaucoup moins porteuse et ont en plus à assumer le financement de la vieillesse de la génération du baby-boom (retraites, soins, EHPAD). Ce ressentiment, tout d’abord représenté dans les arts contestataires (voir par exemple la chanson Vieux con de Didier Super en 2016), s’est exprimé dans les années 2010 à travers l’expression « OK Boomer », utilisé par ces générations de l’ombre à l’encontre des baby-boomers qui leur font la morale. Ce slogan a été très repris dans les médias, les réseaux sociaux et les arts.

Les baby boomers ont bénéficié de la croissance économique des Trente Glorieuses avec un chômage faible. Par opposition, les millenials doivent travailler plus longtemps pour payer les pensions des baby boomers et la dette publique qui a été accumulée. De plus, les baby boomers se sont peu préoccupés du réchauffement climatique. Les baby boomers ont bénéficié d’un contexte économique favorable à l’acquisition de propriété immobilière, alors que la situation se dégrade à partir des années 1980. Le patrimoine immobilier moyen des 60-69 ans était en 2010 de 219 100 € selon les chiffres de l’INSEE. »

SOURCE https://fr.wikipedia.org/wiki/Baby-boom

Pour Bruce Cannon Gibney, A Generation of Sociopaths, les boomers incarnent à leur filiation une « génération de sociopathes ». ils ont hérité d’une société admirablement gérée par la génération qui avait fait la guerre, des gens sobres et compétents, dévoués au bien commun. Grâce à la perspicacité et à la mesure dont avaient su faire preuve leurs parents, les boomers ont pu vivre leur jeunesse dans l’opulence optimiste des Trente Glorieuses. Mais plus ils ont accédé aux leviers de décision, ce qui aurait commencé dès 1987, toujours selon Gibney, plus la machine s’est enrayée. Ils ont, en effet, utilisé leur pouvoir politique pour favoriser leurs propres intérêts. Ils ont acheté des maisons en période d’inflation, durant les années 1970, remboursant avec de la monnaie de singe. Les réformes fiscales se sont succédées – toujours dans le même sens, celui qui a permis de protéger l’enrichissement des boomers.

Pour la journaliste Jill Filipovic, OK, Boomer, Let’s Talk : How My Generation Was Left Behind qui appartient au staff éditorial du New York Times, les boomers ont trahi leurs idéaux de jeunesse : beaucoup d’entre eux ont basculé vers la réaction, en vieillissant. Un phénomène qui aurait débuté dans les années quatre-vingt. A présent, ils entendent jouir d’une vieillesse confortable, en sacrifiant, là encore, les jeunes générations. La crise du COVID est en train de provoquer la ruine des personnes récemment arrivées sur le marché du travail. Tous nos pays se mettent en panne pour sauver les boomers qui ne laisseront décidément derrière eux que des ruines.

On retrouve la même férocité chez Helen Andrews, peut-être plus redoutable encore parce que l’éditorialiste écrit au vitriol et d’une plume acérée. Elle a eu l’idée de partir de cas concrets, plutôt que de se contenter de généralités ou de statistiques. Elle retrace la carrière de six boomers célèbres et qu’elle juge emblématiques de toute la génération : Steve Jobs, le fondateur d’Apple, l’essayiste féministe Camille Paglia, l’économiste Jeffrey Sachs, le pasteur pentecôtiste Al Sharpton, qui fut le manager de James Brown, le scénariste et producteur de cinéma et de télévision Aaron Sorkin, et Sonia Sotomayor membre de la Cour suprême.

Si l’on comprend bien, ce qu’ont eu en commun tous ces boomers typiquement américains, c’est une tendance à l’hubris, un orgueil démesuré qui les a souvent conduits à sortir de leur domaine de compétence, à en faire trop… et à provoquer des catastrophes, en partant de bons sentiments. Finalement, c’est peut-être ça qu’on peut surtout reprocher aux boomers.

QU’ALLONS-NOUS LAISSER À NOS ENFANTS ?***©

Des retraites à payer, une nation paresseuse, une planète abîmée… Un jour, nos enfants auront 20 ans, 30 ans, 40 ans. Alors, pleins d’espoir et affamés d’avenir, ils comprendront que nous, les baby-boomers, leur avons laissé une société usée et mitée.

Ce jour-là, ils nous haïront. Et ils auront raison. Nous avons eu tous les atouts en main, nous avons grandi dans une société en pleine croissance. Pourtant, nous sommes la première génération qui laissera moins à la suivante que ce qu’elle a reçu de la précédente. Et c’est le pire qu’on puisse faire à ses enfants: leur léguer des dettes.

Il ne s’agit pas de peindre le futur en noir. Mais de jeter un regard lucide sur ce que nous avons fait et de lancer les chantiers de l’avenir. Avant qu’il ne soit trop tard.

Un jour, nos enfants…

Un jour, nos enfants auront 20 ans, 30 ans, 40 ans. Ils embrasseront l’âge où l’on commence à discerner, dans les épreuves que l’on subit, ce qui dépend de soi et ce qui vient d’autrui. L’âge où l’on mesure à quel point on peut agir sur le monde et l’étendue de ce qu’il inflige. L’âge où l’on est définitivement libéré de ses rêves, sorti de la toute-puissance fantasmatique de l’enfance, où l’on sait qu’on est infiniment petit et infiniment grand, légèrement impuissant, mais pourtant capable de tout. Alors, l’espace rétrécit, les distances s’amenuisent. Le plafond semble descendre et le plancher monter. Dès 20 ans, 30 ans, 40 ans, on dresse les premiers bilans et, vite, on s’emploie à dessiner l’avenir, on écrit sa vie. C’est alors, quand on est plein de sève et d’espoir, en pleine possession de ses moyens, affamé d’avenir, que l’on se heurte brutalement aux murs, aux impasses, aux crevasses sociales laissées par les générations précédentes et que l’on compte, désarmé, les outils qui manquent pour en triompher.

La génération Mitterrand et les suivantes n’ont pas connu l’âge d’or des Trente Glorieuses et ignorent qu’en 1975, la France était la deuxième puissance économique mondiale, derrière les États-Unis.

La Chine en était encore au Moyen Âge, tout juste capable de fabriquer des cerfs-volants et des lampions. L’Allemagne, encore coupée en deux, et le Japon, ne s’était pas encore relevé totalement de la guerre.

L’Angleterre restait minée par des syndicats corporatistes dévastateurs, jusqu’à leur mise au pas par Margaret Thatcher, la providentielle “Dame de fer”.

La France était à la pointe de toutes les technologies, avec son nucléaire civil et militaire, son TGV, ses paquebots géants, ses sous-marins nucléaires,ses Mirage vainqueurs de la “guerre des Six Jours”, Ariane, la Caravelle…

Avec une croissance de 5 à 6 % pendant trente ans, elle ne connaissait ni chômage, ni insécurité. Jamais la France n’avait connu une telle explosion du niveau de vie.

Son immigration européenne ne demandait qu’à s’intégrer, les Italiens, les Espagnols et les Portugais épousant des Françaises et donnant des prénoms français à leurs enfants.

Les jeunes ne savent pas non plus qu’en 1980, les Français avaient le cinquième niveau de vie au monde, derrière les USA, et trois petits pays privilégiés, la Suisse, le Luxembourg et la Suède.

Bref, la France des Trente Glorieuses était un véritable paradis et le pitoyable épisode de mai 68, éminemment politisé, avait été effacé en quelques mois. La croissance repartait de plus belle, au grand étonnement du monde.

Mais en quelques décennies, tout cela a été balayé, tout l’héritage du général de Gaulle a été dilapidé par des équipes de fossoyeurs de la nation, de droite comme de gauche.

Tous, sans aucune exception, ont participé à cette gigantesque entreprise de démolition, faisant de la France un pays ruiné, désintégré, islamisé et parmi les plus dangereux du monde occidental.

De cette époque bénie il ne reste qu’un champ de ruines. Mondialisation, immigration, gabegie, incompétence, trahisons et lâchetés des uns et des autres, ont tout emporté.

L’école est en plein naufrage.

Celle-ci, qui faisait notre fierté depuis Jules Ferry, n’est plus un sanctuaire de la transmission du savoir, mais un espace de plus en plus islamisé, où règne l’insécurité et où se propage la haine de la France.

En 2004, le rapport Obin tirait la sonnette d’alarme sur la dangereuse islamisation de l’école républicaine. Mais le frileux François Fillon, alors ministre de l’Éducation nationale, s’est empressé de l’enterrer. “Nous avons perdu 20 ans”, dit aujourd’hui l’ex-inspecteur général Jean-Pierre Obin.

Au classement Pisa, nous reculons dramatiquement à chaque nouvelle étude. L’Éducation nationale devient une usine à cancres, où un bachelier ne maîtrise même plus la langue de Molière.

Notre industrie est laminée .

Hautement performante en 1975, elle a perdu 3,5 millions d’emplois, passant d’un effectif de 6,2 millions à 2,7.

Et la part de l’industrie dans le PIB a chuté de 25 % à 10 %. La France détient ainsi le bonnet d’âne de l’UE.

Nous avons tout vendu ou délocalisé, comme l’a prouvé la crise sanitaire.

La descente aux enfers de l’industrie française

La mondialisation n’explique pas tout, car nos voisins ont tous fait mieux que nous.

Le secteur agricole est en alerte rouge !

Troisième exportateur mondial en 2005, la France a été rétrogradée au sixième rang, derrière les États-Unis, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Brésil et la Chine !

La part de l’agriculture dans le PIB est passée de 6 % à 3 % depuis 1980.

En 2023, la France risque de devenir importatrice de produits agricoles !!

Les incapables aux commandes ont écrasé nos paysans de charges, de taxes, de règlements, de normes environnementales et sanitaires qui ont tué le monde agricole.

Notre agriculture, mondialement reconnue, n’est plus compétitive.

Et nos paysans vivent avec 350 euros par mois , pendant qu’un seul mineur isolé coûte 50 000 euros par an au contribuable (4166€ par mois) !

https://www.leparisien.fr/economie/exportations-l-agriculture-francaise-en-alerte-rouge-10-06-2019-8089995.php©

Le secteur de la santé est au bord de l’implosion

Plus besoin de faire un dessin pour parler de l’effondrement du modèle sanitaire français, qui faisait notre fierté depuis des décennies.

On a vu où menait la fermeture des hôpitaux, la suppression de lits par dizaines de milliers, la baisse des effectifs.

Nos soignants ont affronté le Covid-19 sans masques, sans blouses, sans gants, sans respirateurs, sans tests, sans médicaments. Beaucoup ont payé de leur vie l’incurie et l’imprévoyance du pouvoir.

Et on apprend aujourd’hui qu’ils devront payer leurs masques !!

Le modèle de santé qui se croyait le meilleur du monde a dû euthanasier ses vieux faute de moyens et faire appel aux voisins étrangers pour soigner les patients. Une médecine de guerre inhumaine.

Le réseau SNCF est en lambeaux

Sans entretien, avec des retards et des pannes multiples, ce service public, ex-fierté nationale, cumule une dette colossale de 47 milliards, dont 35 repris par l’État.

30 % du réseau sont à remettre en état, après des années de“tout TGV”

La défense est en déclin depuis 60 ans

Avec un budget égal à 1,35 % du PIB, nos soldats font la guerre avec des matériels vieux de 40 ans. Derrière la vitrine diplomatique du porte-avions Charles-de-Gaulle, il y a la misère.

En 1960, avec la guerre d’Algérie, les effectifs atteignaient 1 million de soldats avec un budget porté à 5,44 % du PIB.

En 1964, les effectifs chutaient à 675 000 hommes et en 2020 on tombe à 270 000 personnels dans les armées.

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/jean-guisnel/le-budget-de-la-defense-en-declin-depuis-soixante-ans-14-03-2013-1640131_53.php©

La police est à l’abandon

Avec des locaux vétustes, des guimbardes affichant 300 000 km au compteur et en sous-effectif permanent, nos policiers doivent s’équiper à leurs frais.

Abandonnés par le pouvoir et persécutés par la hiérarchie et la justice, ils sont au bord de l’implosion eux aussi.

https://rmc.bfmtv.com/emission/manque-de-moyens-dans-la-police-certains-doivent-acheter-leurs-propres-menottes-1362859.html

 

Insécurité. Là c’est le pompon !

Celle-ci a été multipliée par 5 depuis les années soixante. Cette insécurité, nous en avons importé la majeure partie et l’avons cultivée par le laxisme judiciaire.

La France est le seul pays au monde où les commissariats sont attaqués et où les policiers, toujours présumés coupables, ont peur de tirer pour sauver leur peau !

Et 120 attaques au couteau par jour, la plupart passées sous silence, par une presse aux ordres, indigne d’une démocratie.

Quant à la justice du “mur des cons” , inutile de compter sur elle. Elle privilégie une réinsertion improbable à une sanction certaine. Avec Dupond-Moretti, c’est l’apothéose !

 

 

 

PODCAST Radio France de janvier 2021 qui enfonce le clou

Peinture de Francis Bacon, Head VI, 1949

Voir également la tribune de Serge Rivron sur PAA : www.guillaumehoogveld.net/serge-rivron-journal-inedit-sous-les-paves-les-profiteurs/

*** CF. Livre éponyme de JEAMBAR ET REMY chez SEUIL, 2006©

Revue de presse de Mark Belveder. 2023, 2024.

Dispositions heureuses

IPHONE YO 2011 281 copie sepia

Pour NAT DCK. Pour ses ouvertures vers les possibles…

Appelle-moi très vite

Appelle-moi avant que cela ne devienne tranchant

Appelle ton poète absorbé par l’abysse

Par l’ivresse des profondeurs 100 mètres plus bas

plus rien à voir

Même la lune est noire

Et je crains de ne plus pouvoir  remonter

J’ai lâché tous mes ballasts pour un courant d’oxygène

Je ne demandais qu’à être nommé                     qu’à être reconnu

D’être Esprit aux cœur des Hommes De leur donner les clefs ensevelies

Et que seuls ils ne trouveraient pas.

Je suis le messie je transforme la terreur en dispositions heureuses

Et nous nous allégeons sans la peur de perdre pied

Sans la peur de la faim

Nous avons enfin quelqu’un à qui parler

Quelqu’un sachant panser nos temps morts.

©Guillaume HOOGVELD #2015 pour le texte

©Yoric Saillard #2015 pour l’image

 

Leonard Cohen Recitation with N.L

http://youtu.be/kCr8SSp50BU

Recitation with N.L. Lyrics – Leonard Cohen

lyrics (as sung live in London, 2009)

You came to me this morning and you handled me like meat. You’d have to be a man to know how good that feels, how sweet. My mirrored twin, my next of kin, I’d know you in my sleep and who but you would take me in,

a thousand kisses deep.

I loved you when you opened like a lily to the heat, you see I’m just another snowman standing in the rain and sleet, who loved you with his frozen love, his second hand physique, with all he is, and all he was,

A thousand kisses deep.

I know you had to lie to me, I know you had to cheat, to pose all hot and high behind the veils of shear deceit, our perfect porn aristocrat so elegant and cheap, I’m old but I’m still into that,

A thousand kisses deep.

I’m good at love, I’m good at hate, it’ s in between I freeze. Been working out, but its too late, it’s been to late for years. But you look good, you really do, they love you on the street. If you were here I’d kneel for you,

a thousand kisses deep.

The autumn moved across your skin, got something in my eye, a light that doesn’t need to live, and doesn’t need to die. A riddle in the book of love, obscure and obsolete, till witnessed here in time and blood,

A thousand kisses deep.

And I’m still working with the wine, still dancing cheek to cheek, the band is playing Auld Lang Syne, but the heart will not retreat. I ran with Diz and I sang with Ray, I never had their sweep, but once or twice they let me play

A thousand kisses deep.

I loved you when you opened like a lily to the heat, you see, I’m just another snowman standing in the rain and sleet, who loved you with his frozen love, his second hand physique, with all he is, and all he was,

A thousand kisses deep.

But you don’t need to hear me now, and every word I speak, it counts against me anyhow,

A thousand kisses deep.

 

Du fond de mille baisers
(A thousand kisses deep)

Tu vins et me pris ce matin
Comme une viande sous tes mains
Faut avoir vécu seul pour savoir
Comme c’est bon, comme c’est doux.
Dans mon sommeil, essouflé
Yeux bandés, je t’ai possédé
Puis tous deux enfin réveillés
Du fond de mille baisers.

J’aimais quand tu t’ouvrais
Comme un lis au soleil
Mais je n’suis qu’une momie
Dressée sous les flocons, la pluie
Qui t’aima d’un amour glacé
De son corps d’occasion
De son présent, de son passé
Et du fond de mille baisers.

Encore baigné de plaisir
Mais tout prêt d’aborder
Le flot s’est tari
Pour les prédateurs dont je suis.
Nous avons gagné le port
Prié qu’on ne s’évapore
Mais suis résigné à me noyer
Au fond de mille baisers

Tu pouvais me leurrer, c’est vrai
Tu le pouvais, pour tricher
Mais hors la loi tout moyen
N’assure ni la foi ni le bien.
Vérité foulée, beauté fanée
Ces façons surrannées
Quand l’Esprit Saint fut arrivé
Du fond de mille baisers.

(Et si je parlais de l’unique
Immense, intime Foyer?
Je me répands une autre nuit
Sur fond de mille baisers.)

Dans la Tour, je fais mes passes
J’en tire mes doses.
Si j’ai voulu décrocher
Restaient ma paresse, ma faiblesse.
Mais les nuits qui s’éternisent,
Nous, les doux, les pauvres
Unissons nos coeurs et plongeons
Au fond de mille baisers.

(Penser à toi laisse exhaler,
Notre défense est scellée-
Sans nos oublis,nos regrets
Qui montent de mille baisers.)

Poneys au galop, filles en fleur
Le sort en est jeté
Tu gagnes un peu et puis c’est l’heure
Ta baraka s’en va.
Contraint à pactiser
Avec ton inexpiable passé
Tu vis, Ta vie n’est plus un songe
Noyée dans mille baisers.

(Tout blotti sous Dante, Dizzie-
De souffle fus démuni-
Mais me laissèrent parfois jouer
« Au fond de mille baisers ».)

Je carbure toujours au vin rouge
J’ne fais toujours que les slows.
Quand sonne la « Chanson de l’au-revoir »
Mon coeur n’est pas à son dernier soir.
Et si j’ai tant de route à parcourir
Et de promesses à tenir
Tu as su toutes les gommer
Sur fond de mille baisers

Tour à tour tu es l’Ange de la Mort
Puis le Paraclét;
Enfin le Souffle du Sauveur
Puis de Belsen l’Horreur.
Pas d’acrobatie, pas de détour
Face à l’amour qui rôde
Que témoignent en temps et en sang
Ce fond de mille baisers.

Traduction française de Marc Gaffié.
Posté avec la permission de Leonard Cohen.
Tous droits réservés

Beau comme Baudelaire


« J’ai trouvé la définition du Beau, – de mon Beau – . C’est quelque chose d’ardent et de triste, quelque chose d’un peu vague, laissant carrière à la conjecture. Je vais, si l’on veut, appliquer mes idées à un objet sensible, à l’objet, par exemple, le plus intéressant dans la société, à un visage de femme. Une tête séduisante et belle, une tête de femme, veux-je dire, c’est une tête qui fait rêver à la fois, – mais d’une manière confuse, – de volupté et de tristesse ; qui comporte une idée de mélancolie, de lassitude, même de satiété, – soit une idée contraire, c’est-à-dire une ardeur, un désir de vivre, associé avec une amertume refluante, comme venant de privation ou de désespérance. Le mystère, le regret sont aussi des caractères du Beau. »

Baudelaire, après s’être livré à l’ opium…

Laurent Terzieff a disparu

Dans l’ombre, une parole*

Tout commence par la nuit, une nuit de suie qui macère dans un trou de silence, rien n’éclaire cet abîme où le vide semble régner, on attend, vaguement inquiet, et puis soudainement une douche de feu coulant sur les épaules de Laurent Terzieff : c’est la nuit qui s’immole.

« Ce qu’il y a ? Je sais d’abord qu’il y a moi. Mais qui est moi ? Tout ce que je sais de moi, c’est que je souffre. Et si je souffre c’est qu’à l’origine de moi-même il y a mutilation, séparation. »

Tout pourrait s’achever sur ces quelques mots d’Arthur Adamov si la récurrence de l’interrogation n’avait pas traversé le drame d’être, si le même questionnement n’avait pas réuni ces réprouvés de la vie, les jetant sans cesse dans les fosses de l’infini détresse. Ce qu’il y a, nous dit Laurent Terzieff, c’est que le corps ne sait que se mouvoir entre les lames tranchantes de la nuit des mondes, que nous nommons la mort avec la même terreur que lorsque nous prononçons le nom de l’amante. « Mon sombre amour d’orange amère / Ma chanson d’écluse et de vent… » Tous ces mots « Et tout ce langage perdu / Ce trésor dans la fondrière / Mon cri recouvert de prières / Mon chant vendu… », tous ces mots se défont et quittent leur appareil linguistique pour devenir incantation. Et Laurent Terzieff nous redonne la nuit, il se transporte tel un ange meurtri à la plasticité indescriptible, il est hors scène, car il n’y a pas de scène ou plus exactement, il lève la poussière à chaque pas comme foulant un désert sans limites, sa voix ne trouble pas le silence, elle l’invite. Et pourtant, il ne cesse de dire cette ombre qu’il porte en lui et qui consacre le poète, ainsi Robert Desnos là-bas, tout en bas du monde, surgissant des fosses encore brûlantes d’une histoire qui ne cesse de hanter les hommes. Desnos « Ombre parmi les ombres… », Laurent Terzieff en est le filtre.

Ici ou là, il nous paraît indispensable de nous inscrire dans la continuité, pourtant il nous faut admettre que ce qui est – ce que nous sommes –, prisonnier de la question de notre propre apparence, s’inscrit en dehors de toute volonté, que nous sommes déplacés par une force obscure autant que nous la méconnaissons. Mais ce déplacement, s’il en est, n’est-il pas à lui seul le mouvement d’une hésitation à la recherche du centre, ou peut-être du sommet, « Du sommet central de l’intérieur de tout », dit Roger Gilbert-Lecomte.

Les poètes ne sont pas étrangers à cette ombre qu’aucun corps ne meut, ils savent qu’aucune gesticulation ne les justifie, que leur demeure n’est pas corps qui vibre, que leur respiration n’est pas poumon. Ils se reconnaissent avec cette froide lucidité, dans l’impossibilité de se dire et n’habitant nulle part, ils cherchent par-delà toute espérance un lieu pour dissoudre leur empreinte.

Le lieu peut prendre nom de femme, qu’importe ce lieu devient innommable en même temps qu’il est prononcé ou tout simplement gravé sur le papier, il se supprime. Pour toute résonance de cette disparition, le verbe incline à nommer l’absence, là où nous nous voulions de chair et d’os ne demeure que la question de notre présence au monde. Il n’y a pas de réponse à ce qui je suis, à ce visage que personne ne reconnaît, ni au mensonge du miroir.

Que les mots soient de Milosz, Heine, Goethe, Hölderlin ou d’autres, Laurent Terzieff nous fait traverser la nuit des poètes, ils viennent encore vers nous avec leurs yeux gercés par la froideur des insomnies. Cette nuit-là est aussi profonde que les gouffres qui absorbent leur chute. À l’heure des mots et des cris, la lumière tombe dans un noir absolu. N’oubliez pas, avec Laurent Terzieff, c’est la nuit qui s’immole.

*Article de Patrice Corbin, Laurent Terzieff dans l’ombre, une parole. La Quinzaine littéraire, n° 861, paru le 16 septembre 2003.

Illustration de Sue Nicholson©

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