Les baby boomers ou une génération qui a tout gardé pour elle

 

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des millions, les babyboomers, les enfants de la Victoire et
de l’opulence retrouvée ! Quand ils eurent 18 ans, 20, 25 à peine, ils ont inventé, lassés qu’ils étaient d’un monde hypocritement moraliste, scandaleusement consumériste à leurs yeux déjà gâtés, la « révolution des jeunes ». Potlatch à Saint-Germain, boom monstre, et sous les pavés la plage et mon cul sur la commode, les vieux croumis – leurs parents l’avaient en fait bien mérité, qui tentaient à leur dam et corps défendant de penser l’histoire à venir en dépit des vraies révolutions matérielles qu’ils avaient un peu trop servies.

Les révolutionnaires de 1968 ont eu assez vite 30 ans, 35 : des idées plein les poches et autant de thunes à faire avec, ils ont sans barguigner engrossé le monde occidental de leur rêves létaux et de leur arrivisme facile. Déjà à l’époque – peu s’en souviennent, hélas – Jacques Chancel, le héraut de la culture télévisée d’alors, en invitait quelques-uns pour savoir « comment avoir trente ans en 1982? ». Plus nombreux et nantis par avance qu’aucune génération avant eux ni après, ils ont mis à profit leurs utopies : sexe à gogo, jouissance, thune et emploi facile (« parce que je le vaux bien »), bon-penser, tolérance, libertude.

Quand ils ont eu 45 ans les journaux qui étaient tous dans leur main

nous chantaient la difficulté de passer la quarantaine. Quand ils ont eu 50 ans, le programme majeur était de comprendre qu’à 50 ans on n’est pas foutu. À 55 ans ils nous expliquaient – tous leurs journaux, tous les média qu’ils avaient pris d’assaut depuis 20 ans – que « le 3e âge ça se prépare », et ils partaient sans vergogne en pré-retraite grâce aux Plans pré-digérés que leur concédaient leurs comparses en jouissance, quelques patrons qui mieux qu’eux avaient engraissé sur le potage commun mais qui – solidarité générationnelle oblige n’auraient surtout pas cherché à frustrer l’un des leurs.

Les baby-papy-boomers ont aujourd’hui entre 59 et 69 ans. Que voulezvous qu’il leur arrive ? Ils se sont payés sur notre dos – nous les petits, leurs cousins de 1955 à 2000 – tous les luxes : plein emploi, squat infini des lieux d’émission de toutes les doxas (mainmise totale sur les média, la politique, même la technologie à laquelle la plupart d’entre eux ne comprend rien mais qu’ils entendent régenter), retraites anticipées (années 1990 à 2000), Pré- Retraites-Programmées (PRP, années 2000 à 2009) : et maintenant qu’ils ont tout usé, maintenant qu’ils ont baladé leurs vices touristiques et leur développement durable ruineux dans le monde entier, maintenant qu’ils ont à peu près tous (et tant pis pour leur abrutis de contemporains qui n’ont pas su en profiter) un home sympathique en milieu favorisé et au moins une résidence secondaire là où il fait bon, maintenant qu’ils sont tous à la retraite et 30 ans d’espérance de vie à nous désespérer le monde, ils exigent – et c’est bien naturel – que leur retraite anticipée soit garantie jusqu’à leur mort.

Serrez-vous, les petits, vos aînés de la génération pourrie vous demandent un petit sacrifice ! Bossez pour eux jusqu’à 65 ans, vous le valez bien !

SOURCE Serge Rivron©

Les baby-boomers sont une génération sociologique. Selon la théorie de William Strauss et Neil Howe, la génération des boomers occidentaux serait composée en grande partie d’idéalistes et d’égocentriques.

Le sociologue français Louis Chauvel souligne la chance des membres de cette génération, dans les pays occidentaux, et souligne ce qu’il considère comme leur responsabilité dans la crise vécue par les générations suivantes. L’énorme poids démographique, mais aussi économique et culturel de cette génération tend à faire de l’ombre à celles qui l’ont précédée et, surtout à celles qui suivent, qui connaissent une situation économique et professionnelle beaucoup moins porteuse et ont en plus à assumer le financement de la vieillesse de la génération du baby-boom (retraites, soins, EHPAD). Ce ressentiment, tout d’abord représenté dans les arts contestataires (voir par exemple la chanson Vieux con de Didier Super en 2016), s’est exprimé dans les années 2010 à travers l’expression « OK Boomer », utilisé par ces générations de l’ombre à l’encontre des baby-boomers qui leur font la morale. Ce slogan a été très repris dans les médias, les réseaux sociaux et les arts.

Les baby boomers ont bénéficié de la croissance économique des Trente Glorieuses avec un chômage faible. Par opposition, les millenials doivent travailler plus longtemps pour payer les pensions des baby boomers et la dette publique qui a été accumulée. De plus, les baby boomers se sont peu préoccupés du réchauffement climatique. Les baby boomers ont bénéficié d’un contexte économique favorable à l’acquisition de propriété immobilière, alors que la situation se dégrade à partir des années 1980. Le patrimoine immobilier moyen des 60-69 ans était en 2010 de 219 100 € selon les chiffres de l’INSEE. »

SOURCE https://fr.wikipedia.org/wiki/Baby-boom

Pour Bruce Cannon Gibney, A Generation of Sociopaths, les boomers incarnent à leur filiation une « génération de sociopathes ». ils ont hérité d’une société admirablement gérée par la génération qui avait fait la guerre, des gens sobres et compétents, dévoués au bien commun. Grâce à la perspicacité et à la mesure dont avaient su faire preuve leurs parents, les boomers ont pu vivre leur jeunesse dans l’opulence optimiste des Trente Glorieuses. Mais plus ils ont accédé aux leviers de décision, ce qui aurait commencé dès 1987, toujours selon Gibney, plus la machine s’est enrayée. Ils ont, en effet, utilisé leur pouvoir politique pour favoriser leurs propres intérêts. Ils ont acheté des maisons en période d’inflation, durant les années 1970, remboursant avec de la monnaie de singe. Les réformes fiscales se sont succédées – toujours dans le même sens, celui qui a permis de protéger l’enrichissement des boomers.

Pour la journaliste Jill Filipovic, OK, Boomer, Let’s Talk : How My Generation Was Left Behind qui appartient au staff éditorial du New York Times, les boomers ont trahi leurs idéaux de jeunesse : beaucoup d’entre eux ont basculé vers la réaction, en vieillissant. Un phénomène qui aurait débuté dans les années quatre-vingt. A présent, ils entendent jouir d’une vieillesse confortable, en sacrifiant, là encore, les jeunes générations. La crise du COVID est en train de provoquer la ruine des personnes récemment arrivées sur le marché du travail. Tous nos pays se mettent en panne pour sauver les boomers qui ne laisseront décidément derrière eux que des ruines.

On retrouve la même férocité chez Helen Andrews, peut-être plus redoutable encore parce que l’éditorialiste écrit au vitriol et d’une plume acérée. Elle a eu l’idée de partir de cas concrets, plutôt que de se contenter de généralités ou de statistiques. Elle retrace la carrière de six boomers célèbres et qu’elle juge emblématiques de toute la génération : Steve Jobs, le fondateur d’Apple, l’essayiste féministe Camille Paglia, l’économiste Jeffrey Sachs, le pasteur pentecôtiste Al Sharpton, qui fut le manager de James Brown, le scénariste et producteur de cinéma et de télévision Aaron Sorkin, et Sonia Sotomayor membre de la Cour suprême.

Si l’on comprend bien, ce qu’ont eu en commun tous ces boomers typiquement américains, c’est une tendance à l’hubris, un orgueil démesuré qui les a souvent conduits à sortir de leur domaine de compétence, à en faire trop… et à provoquer des catastrophes, en partant de bons sentiments. Finalement, c’est peut-être ça qu’on peut surtout reprocher aux boomers.

QU’ALLONS-NOUS LAISSER À NOS ENFANTS ?***©

Des retraites à payer, une nation paresseuse, une planète abîmée… Un jour, nos enfants auront 20 ans, 30 ans, 40 ans. Alors, pleins d’espoir et affamés d’avenir, ils comprendront que nous, les baby-boomers, leur avons laissé une société usée et mitée.

Ce jour-là, ils nous haïront. Et ils auront raison. Nous avons eu tous les atouts en main, nous avons grandi dans une société en pleine croissance. Pourtant, nous sommes la première génération qui laissera moins à la suivante que ce qu’elle a reçu de la précédente. Et c’est le pire qu’on puisse faire à ses enfants: leur léguer des dettes.

Il ne s’agit pas de peindre le futur en noir. Mais de jeter un regard lucide sur ce que nous avons fait et de lancer les chantiers de l’avenir. Avant qu’il ne soit trop tard.

Un jour, nos enfants…

Un jour, nos enfants auront 20 ans, 30 ans, 40 ans. Ils embrasseront l’âge où l’on commence à discerner, dans les épreuves que l’on subit, ce qui dépend de soi et ce qui vient d’autrui. L’âge où l’on mesure à quel point on peut agir sur le monde et l’étendue de ce qu’il inflige. L’âge où l’on est définitivement libéré de ses rêves, sorti de la toute-puissance fantasmatique de l’enfance, où l’on sait qu’on est infiniment petit et infiniment grand, légèrement impuissant, mais pourtant capable de tout. Alors, l’espace rétrécit, les distances s’amenuisent. Le plafond semble descendre et le plancher monter. Dès 20 ans, 30 ans, 40 ans, on dresse les premiers bilans et, vite, on s’emploie à dessiner l’avenir, on écrit sa vie. C’est alors, quand on est plein de sève et d’espoir, en pleine possession de ses moyens, affamé d’avenir, que l’on se heurte brutalement aux murs, aux impasses, aux crevasses sociales laissées par les générations précédentes et que l’on compte, désarmé, les outils qui manquent pour en triompher.

La génération Mitterrand et les suivantes n’ont pas connu l’âge d’or des Trente Glorieuses et ignorent qu’en 1975, la France était la deuxième puissance économique mondiale, derrière les États-Unis.

La Chine en était encore au Moyen Âge, tout juste capable de fabriquer des cerfs-volants et des lampions. L’Allemagne, encore coupée en deux, et le Japon, ne s’était pas encore relevé totalement de la guerre.

L’Angleterre restait minée par des syndicats corporatistes dévastateurs, jusqu’à leur mise au pas par Margaret Thatcher, la providentielle “Dame de fer”.

La France était à la pointe de toutes les technologies, avec son nucléaire civil et militaire, son TGV, ses paquebots géants, ses sous-marins nucléaires,ses Mirage vainqueurs de la “guerre des Six Jours”, Ariane, la Caravelle…

Avec une croissance de 5 à 6 % pendant trente ans, elle ne connaissait ni chômage, ni insécurité. Jamais la France n’avait connu une telle explosion du niveau de vie.

Son immigration européenne ne demandait qu’à s’intégrer, les Italiens, les Espagnols et les Portugais épousant des Françaises et donnant des prénoms français à leurs enfants.

Les jeunes ne savent pas non plus qu’en 1980, les Français avaient le cinquième niveau de vie au monde, derrière les USA, et trois petits pays privilégiés, la Suisse, le Luxembourg et la Suède.

Bref, la France des Trente Glorieuses était un véritable paradis et le pitoyable épisode de mai 68, éminemment politisé, avait été effacé en quelques mois. La croissance repartait de plus belle, au grand étonnement du monde.

Mais en quelques décennies, tout cela a été balayé, tout l’héritage du général de Gaulle a été dilapidé par des équipes de fossoyeurs de la nation, de droite comme de gauche.

Tous, sans aucune exception, ont participé à cette gigantesque entreprise de démolition, faisant de la France un pays ruiné, désintégré, islamisé et parmi les plus dangereux du monde occidental.

De cette époque bénie il ne reste qu’un champ de ruines. Mondialisation, immigration, gabegie, incompétence, trahisons et lâchetés des uns et des autres, ont tout emporté.

L’école est en plein naufrage.

Celle-ci, qui faisait notre fierté depuis Jules Ferry, n’est plus un sanctuaire de la transmission du savoir, mais un espace de plus en plus islamisé, où règne l’insécurité et où se propage la haine de la France.

En 2004, le rapport Obin tirait la sonnette d’alarme sur la dangereuse islamisation de l’école républicaine. Mais le frileux François Fillon, alors ministre de l’Éducation nationale, s’est empressé de l’enterrer. “Nous avons perdu 20 ans”, dit aujourd’hui l’ex-inspecteur général Jean-Pierre Obin.

Au classement Pisa, nous reculons dramatiquement à chaque nouvelle étude. L’Éducation nationale devient une usine à cancres, où un bachelier ne maîtrise même plus la langue de Molière.

Notre industrie est laminée .

Hautement performante en 1975, elle a perdu 3,5 millions d’emplois, passant d’un effectif de 6,2 millions à 2,7.

Et la part de l’industrie dans le PIB a chuté de 25 % à 10 %. La France détient ainsi le bonnet d’âne de l’UE.

Nous avons tout vendu ou délocalisé, comme l’a prouvé la crise sanitaire.

La descente aux enfers de l’industrie française

La mondialisation n’explique pas tout, car nos voisins ont tous fait mieux que nous.

Le secteur agricole est en alerte rouge !

Troisième exportateur mondial en 2005, la France a été rétrogradée au sixième rang, derrière les États-Unis, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Brésil et la Chine !

La part de l’agriculture dans le PIB est passée de 6 % à 3 % depuis 1980.

En 2023, la France risque de devenir importatrice de produits agricoles !!

Les incapables aux commandes ont écrasé nos paysans de charges, de taxes, de règlements, de normes environnementales et sanitaires qui ont tué le monde agricole.

Notre agriculture, mondialement reconnue, n’est plus compétitive.

Et nos paysans vivent avec 350 euros par mois , pendant qu’un seul mineur isolé coûte 50 000 euros par an au contribuable (4166€ par mois) !

https://www.leparisien.fr/economie/exportations-l-agriculture-francaise-en-alerte-rouge-10-06-2019-8089995.php©

Le secteur de la santé est au bord de l’implosion

Plus besoin de faire un dessin pour parler de l’effondrement du modèle sanitaire français, qui faisait notre fierté depuis des décennies.

On a vu où menait la fermeture des hôpitaux, la suppression de lits par dizaines de milliers, la baisse des effectifs.

Nos soignants ont affronté le Covid-19 sans masques, sans blouses, sans gants, sans respirateurs, sans tests, sans médicaments. Beaucoup ont payé de leur vie l’incurie et l’imprévoyance du pouvoir.

Et on apprend aujourd’hui qu’ils devront payer leurs masques !!

Le modèle de santé qui se croyait le meilleur du monde a dû euthanasier ses vieux faute de moyens et faire appel aux voisins étrangers pour soigner les patients. Une médecine de guerre inhumaine.

Le réseau SNCF est en lambeaux

Sans entretien, avec des retards et des pannes multiples, ce service public, ex-fierté nationale, cumule une dette colossale de 47 milliards, dont 35 repris par l’État.

30 % du réseau sont à remettre en état, après des années de“tout TGV”

La défense est en déclin depuis 60 ans

Avec un budget égal à 1,35 % du PIB, nos soldats font la guerre avec des matériels vieux de 40 ans. Derrière la vitrine diplomatique du porte-avions Charles-de-Gaulle, il y a la misère.

En 1960, avec la guerre d’Algérie, les effectifs atteignaient 1 million de soldats avec un budget porté à 5,44 % du PIB.

En 1964, les effectifs chutaient à 675 000 hommes et en 2020 on tombe à 270 000 personnels dans les armées.

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/jean-guisnel/le-budget-de-la-defense-en-declin-depuis-soixante-ans-14-03-2013-1640131_53.php©

La police est à l’abandon

Avec des locaux vétustes, des guimbardes affichant 300 000 km au compteur et en sous-effectif permanent, nos policiers doivent s’équiper à leurs frais.

Abandonnés par le pouvoir et persécutés par la hiérarchie et la justice, ils sont au bord de l’implosion eux aussi.

https://rmc.bfmtv.com/emission/manque-de-moyens-dans-la-police-certains-doivent-acheter-leurs-propres-menottes-1362859.html

 

Insécurité. Là c’est le pompon !

Celle-ci a été multipliée par 5 depuis les années soixante. Cette insécurité, nous en avons importé la majeure partie et l’avons cultivée par le laxisme judiciaire.

La France est le seul pays au monde où les commissariats sont attaqués et où les policiers, toujours présumés coupables, ont peur de tirer pour sauver leur peau !

Et 120 attaques au couteau par jour, la plupart passées sous silence, par une presse aux ordres, indigne d’une démocratie.

Quant à la justice du “mur des cons” , inutile de compter sur elle. Elle privilégie une réinsertion improbable à une sanction certaine. Avec Dupond-Moretti, c’est l’apothéose !

 

 

 

PODCAST Radio France de janvier 2021 qui enfonce le clou

Peinture de Francis Bacon, Head VI, 1949

Voir également la tribune de Serge Rivron sur PAA : www.guillaumehoogveld.net/serge-rivron-journal-inedit-sous-les-paves-les-profiteurs/

*** CF. Livre éponyme de JEAMBAR ET REMY chez SEUIL, 2006©

Revue de presse de Mark Belveder. 2023, 2024.

EZRA POUND Per Usura Canto XLV / « Le Paradis, voilà quoi j’ai tenté d’écrire »

 

Cliquez ci-dessous pour écouter l’auteur (Anglais US)

 
 
 
 
 
With Usura
 
 
With usura hath no man a house of good stone
each block cut smooth and well fitting
that design might cover their face,
with usura
hath no man a painted paradise on his church wall
harpes et luz
or where virgin receiveth message
and halo projects from incision,
with usura
seeth no man Gonzaga his heirs and his concubines
no picture is made to endure nor to live with
but it is made to sell and sell quickly
with usura, sin against nature,
is thy bread ever more of stale rags
is thy bread dry as paper,
with no mountain wheat, no strong flour
with usura the line grows thick
with usura is no clear demarcation
and no man can find site for his dwelling.
Stonecutter is kept from his tone
weaver is kept from his loom
WITH USURA
wool comes not to market
sheep bringeth no gain with usura
Usura is a murrain, usura
blunteth the needle in the maid’s hand
and stoppeth the spinner’s cunning. Pietro Lombardo
came not by usura
Duccio came not by usura
nor Pier della Francesca; Zuan Bellin’ not by usura
nor was ‘La Calunnia’ painted.
Came not by usura Angelico; came not Ambrogio Praedis,
Came no church of cut stone signed: Adamo me fecit.
Not by usura St. Trophime
Not by usura Saint Hilaire,
Usura rusteth the chisel
It rusteth the craft and the craftsman
It gnaweth the thread in the loom
None learneth to weave gold in her pattern;
Azure hath a canker by usura; cramoisi is unbroidered
Emerald findeth no Memling
Usura slayeth the child in the womb
It stayeth the young man’s courting
It hath brought palsey to bed, lyeth
between the young bride and her bridegroom
                               CONTRA NATURAM
They have brought whores for Eleusis
Corpses are set to banquet
at behest of usura.
 
 
 
N.B. Usury: A charge for the use of purchasing power, levied without regard to production; often without regard to the possibilities of production. (Hence the failure of the Medici bank.)


XLV

Par Usura

Par Usura n’ont les hommes maison de pierre saine
blocs lisses finement taillés scellés pour que
la frise couvre leur surface
par usura
n’ont les hommes paradis peint au mur de leurs églises
« harpes et luz »
où la vierge fait accueil au message
où le halo rayonne en entrailles
par usura
n’aura Gonzague d’héritier concubine
n’aura de portrait peint pour durer orner la vie
mais le tableau fait pour vendre vendre vite
par usura péché contre nature
sera ton pain de chiffes encore plus rance
sera ton pain aussi sec que papier
sans blé de la montagne farine pure
par usura la ligne s’épaissit
par usura n’est plus de claire démarcation
les hommes n’ont plus site pour leurs demeures
Et le tailleur est privé de sa pierre
le tisserand de son métier

PER USURA
la laine déserte les marchés
le troupeau perte pure par usura.
Usura est murène, usura
use l’aiguille aux doigts de la couseuse
suspend l’adresse de la fileuse. Pietro Lombardo
n’est pas fils d’usura
n’est pas fils d’usura Duccio
ni Pier della Francesca ; ni Zuan Bellin’
ni le tableau « la Callunia »
N’est pas œuvre d’usura Angelico ; ni Ambrogio Praedis
ni l’église de pierre signature d’Adamo me fecit
Ni par usura St Trophime
Ni pas usura Saint Hilaire,
Usura rouille le ciseau
rouille l’art l’artiste
Rogne fil sur le métier
Nul n’entrecroise l’or sur son modèle ;
L’azur se chancre par usura ; le cramoisi s’éraille
L’émeraude cherche son Memling
Usura assassine l’enfant au sein
Entrave la cour du jouvenceau
Paralyse la couche, oppose
le jeune époux son épousée
CONTRA NATURAM
Ils ont mené des putains à Éleusis
Les cadavres banquettent
au signal d’usura.

N.B. Usure : Loyer sur le pouvoir d’achat, imposé sans égard à la production ; souvent même sans égard aux possibilités de production. (D’où la faillitte de la banque Médicis).


Ezra Pound©, Les Cantos, traduit par Denis Roche

PHOTO de Richard Avedon©, Ezra Pound.Rutherford, New Jersey, At The Home Of William Carlos Williams, June 30, 1958


Ezra Pound 1885-1972

Ezra Pound est mort à Venise le 1er novembre 1972. Il avait quatre-vingt-sept ans. Il est venu ici au début du XXe siècle, il est revenu, il est reparti, et finalement revenu. Sa vie de découvreur, ses erreurs, son engagement dans l’histoire fasciste mussolinienne, ses discours à la radio italienne contre les Etats-Unis pendant la guerre, son emprisonnement dans une cage de fer de Pise, son internement psychiatrique à Washington, sa vieillesse silencieuse de plus en plus pétrifiée, tout cela semble faire partie d’une légende de malheur.
Malédiction de la poésie ? N’allons pas trop vite, même si Pound a répondu à quelqu’un qui l’interrogeait qu’il était, pour finir, en enfer. Quel enfer ? demande l’autre. Pound indique alors son coeur, et dit : « Ici, ici. »

Comme une fourmi solitaire hors de sa fourmilière détruite
issu du naugrage de l’Europe, ego scriptor »

Cet américain décalé est un poète admirable, un des plus grand du XXe siècle. Venise (comme la Chine) apparaît sans cesse dans ses monumentaux Cantos.
En 1908, Pound est souvent au Lido, se baigne, et projette même de devenir gondolier. Il s’est fait confectionner un papier à lettres où on lit : Ezra Pound, 861 Ponte S. Vio — Venise (j’ai longtemps habité à deux pas de là).

O soleil vénitien
Toi qui a nourri mes veines
Ordonné le cours du sang
Tu as appelé mon âme
Du fond des lointains abîmes.

Pound est un des premiers à se préoccuper de l’histoire de la musique vénitienne, comme il est le premier à s’intéresser à Dante, aux troubadours et à l’écriture chinoise. En 1937, il se demande où sont passées les partitions de Vivaldi, alors complètement oublié. Il organise des petits concerts pour l’entendre. Son éblouissement italien va malheureusement lui faire croire à une restauration sociale possible contre l’ordre de la marchandise et son incarnation américaine. Or on ne « restaure » jamais rien, sauf des illusions rétroactives. Aveuglement, donc, mais aussi intense lumière brisée qui éclate dans sa poésie : « Le paradis n’existe qu’en fragments inattendus. »

Le Paradis, voilà ce que j’ai tenté d’écrire
Ne bouge pas
Laisse parler le vent
Le paradis est là
Que les dieux pardonnent ce que j’ai fait
Que ceux que j’aime pardonnent ce que j’ai fait.

Erreur, échec, vanité ? La fin mélancolique et fermée de Pound peut le laisser penser avec son aveu même : « Il y a quelque chose de pourri derrière les Cantos. »
Mais il a dit aussi d’un de ses héros, Sigismundo Malatesta, ceci, qui peut s’appliquer à lui : « Un échec qui vaut toutes les réussites de son époque. »

D’avoir fait naître de l’air une tradition
Ou d’un vieil oeil malin la flamme insoumise
Ce n’est pas là de la vanité
Ici-bas, toute l’erreur est de n’avoir rien accompli
Toute l’erreur est, dans le doute, d’avoir trem
Ou encore :

« Il est difficile d’écrire un paradis quand tout semble vous pousser à écrire une apocalypse. Il est évidemment beaucoup plus facile de peupler un enfer, ou même un purgatoire. »

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Ezra Pound

Au poète Allen Ginsberg qui vient le voir à Venise pour lui dire son admiration, Pound déclare : « Ma pire erreur, qui a tout gâché depuis le début, a été mon stupide préjugé banlieusard d’antisémitisme. »
Magnifique formule : l’antisémitisme est en effet un préjugé banlieusard.
A propos de l’usure, qu’il a violemment accusée de tous les maux, il note :
« J’étais à côté du sujet, prenant un symptôme pour une cause,
La cause est l’avarice. »
Ce sont pratiquement les derniers mots qu’il ait écrits (le 4 juillet 1972)
Dans les dernières années de sa vie, Pound ne dit plus rien ou, si l’on préfère, il dit beaucoup de choses en se taisant systématiquement. On lui demande pourquoi il a choisi le silence, il répond : « C’est le silence qui m’a choisi. »
Tous ses amis sont morts : Joyce, il y a longtemps, et puis Hemingway, Cummings, Williams, Eliot.
Il meurt le 1er novembre 1972 pendant son sommeil. Le 3, on le transporte à San Giorgio, chez les franciscains, et, bien qu’il ne soit pas catholique, son cercueil est placé entre quatre chandeliers géants. Sa fidèle compagne, Olga Rudge, est là ainsi que sa fille et sa petite fille. Sa femme, Dorothy, est restée en Angleterre, trop faible pour voyager. Presque personne, donc, quelques amis. Après un bref office funèbre, son cercueil est transporté par des gondoliers vêtus de noir jusqu’à l’île des morts de San Michele.
Il est là, sous terre, non loin de Stravinsky et de Diagilev.
On trouve dans les Cantos, la formule peu cartésienne suivante :

« Amo, ergo sum. »

J’aime, donc je suis.
L’apparition de Pound, au printemps, sur les Zattere, était un évènement mythique. Grand, droit, maigre, très beau, cheveux blancs et barbe blanche, chapeau ou pas, doge fendant lentement l’air au bord de l’eau, il paraissait venir d’une autre planète ou de l’autre côté du miroir, vieux lion indomptable. Quelquefois, assis sur le ponton, je l’observais à dix mètres. Il restait silencieux, le visage tourné vers le mur, la petite et nette Olga parlant avec deux amis.
Et puis, un matin de grande lumière, le voilà assis, seul, sur une chaise sous le fenêtre de la chambre où j’écris mon Paradis (nourri de Bible, de Dante, des Grecs, de Chine et de lui). Il est près du quai, contre une rangée de géraniums, il ne bouge pas, il contemple fixement ses mains, les triture, les pose alternativement l’une sur l’autre. Un regard, des mains. A ce moment-là, il est exactement en attente sur une corniche du Purgatoire. Les cloches sonnent à toute volée, il se lève, s’en va.
Cette scène dérobée est une des plus émouvantes de ma vie.
Je répète :

O soleil vénitien
Toi qui a nourri mes veines
Ordonné le cours du sang
Tu as appelé mon âme
Du fond des lointains abîmes.

Dictionnaire amoureux de Venise, Plon, 2004, p.360-364.

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Ezra Pound en 1971 un an avant sa mort

 

Merci à pileface.com pour le droit de citation.

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