Parce qu’il ne faut pas retenir sa vie.

LOAN 1997 BC NBARG OK

Parce que c’était ailleurs

Parce que c’était un brin de mai le printemps
Parce que c’était précisément
Comme souffle le temps

Parce que j’aimais trop le bonheur tout en craignant la Vie
Son rythme presto lento et ses coups kilométriques
Le legato élancé des morsures de l’ été
La triste fin des comiques
Toutes les attaques de panique

Parce que j’aimais trop le signe Femme
Leurs cœurs familiers et vulnérables
Quand la courbe et la droite s’associaient dans un langage
une profusion de lignes                         stimuli entre nous s’accomplissaient dans une même cage

Parce que j’aimais trop le cours des jours
Parce que je me sentais libre et libéré
Ni faim affective ni pain mouillé de la réclusion émotionnelle à perpétuité

Parce que je ne possédais rien hormis tout la joie du présent d’être ici ou là je m’en fichais
J’avais l’habitude héroïque de perdre mes passeports
En transit poursuivis par les aiguilleurs du ciel
Peu importe si mes coordonnées s’affichaient sur des projets malveillants
En temps réel un far west éloigné du temps émotionnel du temps d’un baiser
Une voile lancée sur l’atlantique et voilà une navigation solitaire qui les panique
C’est Google qui perd nos traces nos baisers

Parce que j’étais inspiré
Riche de mots
Riche en possibilités
Riche en réalités et assumant d’être souvent seul pour mieux échanger
gestuelles avec les étoiles

Parce que je n’ai jamais négocié avec l’imaginaire j’ai tout pris
De Villon Rutebeuf à Verlaine Reverdy et Pessoa

Ni trahi les promesses de l’enfance
Parce que je croyais à toute altérité
Parce qu’ impossible à vivre
Je restais un inouï inoublié attendant avec impatience l’oiseau profane
Brûlant feu follet
Avec un cœur qui frappe encore
Les yeux dans les yeux le sang dans le sang jusqu’à percer l’iris du regard féerique de l’autre…

Et me retrouver si vivant si vibrant si électrifié jusqu’au point critique où la biologie en moi s’est mise à pleurer mes excès.

©Guillaume HOOGVELD @2016 pour le texte et l’image

… Antonio Ramos Rosa, ou comment être poète au Portugal après la déflagration Pessoa

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Le papier, la table, le soleil, la plume…
A côté, la fenêtre. Et je ne possède rien
et je ne suis rien de ce que j’écris. Et je n’attends rien
de tout ce que j’attends.

Tandis que j’écris je ne suis pas ne veux rien
n’écoute ni les paroles ni le silence.
J’aligne des mots mais n’avance pas encore.
Je suis assis à une table pauvre et immobile.

Le papier, la table, le soleil, la plume…
Rien ne commence, même à l’ombre je ne respire pas.
Tout est clair et distinct.
Tout est sûr ou obscur. J’avance en vain.

Je ne veux pas attendre,
je ne veux pas voguer sur le doux océan des mots.
Je ne veux cheminer qu’avec le corps que je suis,
je veux, sans vouloir, être le sang même,
muscles, langue, bras, jambes, sexe,
la même certitude occulte et unique, si souvent évidente,
la même force en alerte qui bat dans les poignets,
la même nuit ouverte que j’étends au jour entier,
la même danse, haute et souple, d’un corps vivant!

Mais je suis aujourd’hui dans l’intervalle
où l’ombre entière est froide et le sang est pauvre.
J’écris pour ne pas vivre sans espace,
pour que le corps ne meure pas dans l’ombre froide.

Je suis l’incommensurable pauvreté d’une page.
Je suis un champ en déshérence. La rive
à bout de souffle.

Mais le corps ne s’arrête jamais, le corps sait
la science exacte de la navigation dans l’espace,
le corps s’ouvre au Jour, circule en plein jour,
le corps peut vaincre l’ombre froide du jour.

Tous les mots s’éclairent
au feu sûr du corps dévêtu,
tous les mots restent nus
dans ton ombre ardente.

 

 

Droits de la traduction Editions lettres vives©

Droits en langue originale réservés à l’auteur

Image : Dubuffet, détail capturé par Guillaume HOOGVELD© (Logogriphe aux Pales, Collection Peggy Guggenheim, Venezia.)

 

 

J’ai en moi

 

J’ai été moi
J’ai été moi sous tous les souffles
La main coupée                    mes idiomes alertes

J’ai en moi tous les crépuscules qui s’affaissent dès que les yeux des amants ne savent plus se parler

J’ai en moi toutes les localités
Mille lieux de béton sous la mer
mille manières de battre le fer
Entre deux gazoducs je pèse la couleur de l’été

on m’avait promis sa venue
Promis qu’il serait durée et volupté

J’ai en moi toute une volonté en peau de chagrin
J’ai en moi une péninsule qui ne parle plus le même langage que l’exil
un baiser hors du temps
qui n’a pas existé faute d’avoir été incrédule ce baiser qui a pas existé
Mais qui pourtant un jour n’existe plus

J’ai en moi toute la vanité des maladies vénéneuses
J’ai sur moi la loi du silence
un contrat sur une silhouette
J’ai sur moi une seconde d’agitation
J’ai sur moi la réponse à vos questions

J’ai en moi la fin du monde
La fin des cadrans solaires
La fin des carnages d’hiver
J’ai en moi la honte du monde
Tout cela à porter sur mes épaules
Tout ça pour donner du sens à la vitesse
Le vent dans le dos les pâles figures se dressent
puis se délient à l’emporte pièce

Comptez
Dressez
Domptez en vous la pulsion qui vous pousse à tout décomposer
Après tant de démesure plaquée sur les murs
Et de la pensée au geste habitez un train ce soir
Un train une vielle micheline de nuit vers Lisbonne
Où là bas vous attend un feu frère
Qui loge rue Douradores
Que dis – je un feu de fiction alimenté par l’extrême pluralité de ses noms
Ô Fernando où glisses-tu ?

J’ai promis à mes amis
D’avoir assez d’yeux et de nerfs
Pour ramener à même leurs blocs de béton
Mille saudade exfiltrées
D’une lagune d’un bleu hérissé par le vert

J’ai en moi toute la finitude de nos vies,  l’impact et la folie.

J’ai en moi ma propre absence.

 

©Guillaume HOOGVELD @2016 pour le texte et l’image

In memoriam David Bowie 1947 – 2016

bowie-blackstar-viceLazare

Mon premier cri sur la surface
Disparaît
Dans le siphon
Je vais m’effacer
Page blanche
Tache noire
Black tie
White noise
Tache noire
Près du buvard
Jusque dans le placard
Que plus personne ne peut voir

Où en est ma réflexion
Atomisée jusqu’à la raison
J’écrirai
Je composerai
Jusqu’à perdre l’équilibre
Jusqu’à perdre mon rapport au sensible

Où en est mon regard
Où est la cible adorée
Suis – je encore une star

Les liens se resserrent
Comme des fils dans ma chair
Il reste une dernière note
Pour mordre la poussière
Une dernière larme versée
Lazare
Prolongée épuisée
Pour nous perpétuer
Au delà de cette histoire
Entre destin et hasard.

©Guillaume HOOGVELD @2016 pour le texte

Métamorphose

image

« Nietzsche » par Musial

Je suis passé
Mon dieu (encore lui)
Par toutes les natures
Et toutes les fibres
Du sujet à l’objet
Passé
Pour savoir qui je suis
Et pourquoi point je n’agis

Statufié J’ordonne un vacarme
À même mes pas
Entre les ébauches des passants
Qui jamais ne me voient
Qui jamais ne me nomment
De la pierre à la première personne
C’est en moi que la tempête frissonne
C’est en moi que l’ univers carillonne

Il est temps de passer à l’heure d’été
Temps de mettre à jour ses obscurités
On n’est jamais atteint que par la Beauté
Un syndrome de Stendhal qui vient se fracasser sur le remblai
Une esquisse un portrait la marée

Je suis rattrapé

 

 

©Guillaume HOOGVELD @2015 pour le texte

Jean-Marc MUSIAL, Un dessin par nuit© pour l’image

 

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