Scriabine

Pour William, mon ange noir

Scriabine. Comment à ce mot ne pas ressentir un mystère, une onde, un frémissement, une couleur pourpre, automnale et jaune. Scriabine était un compositeur de la fin du 19ème siècle. Né à Moscou en 1872 et mort en 1915, il choisit vite la musique comment élément définitif capable de transformer le monde et le rapport qu’il y a.

Pour lui, la musique est « une force théurgique d’une puissance incommensurable appelée à transformer l’homme et le cosmos tout entier ».En cela, il est un symboliste extrême qui va même jusqu’à définir des projections colorées établies sur la base d’une table de correspondances du spectre des hauteurs sonores et du spectre des couleurs. Le mot est lâché. Chez Scriabine, c’est la couleur qui domine, dans des synesthésies on ne peut plus expressives.

A la première écoute on est frappé par ces correspondances voluptueuses (Do : rouge ; sol : orange ; ré : jaune brillant ; la : vert ; mi : blanc bleuâtre, etc.).

Scriabine voulait l’Art total. Reprochant à Wagner de n’être pas assez loin dans l’unification des mondes artistiques à cause de l’autonomie du texte et de la musique, il se joue des tonalités et des dissonances tout en évitant le piège de l’attraction tonale. Cependant, il lui accorde la valeur mystique d’être un « principe unificateur » et un moyen de refléter « l’harmonie des mondes ». Pour lui, tout est vibration, et une œuvre d’art doit être la plus totale possible, faire appel autant à l’ouie qu’à la vision, au toucher, à l’odorat.

Pour « Prométhée », il prévoit la présence d’un clavier à couleurs dont les dégradés accompagneraient les sons selon des correspondances mystiques destinées à transcender les auditeurs.

Scriabine fait éclater le cadre classique de la sonate par une fougue et une violence inspirée par son approche de Nietzsche, et des chefs de file du mouvement Futuriste comme Marinetti.

Aujourd’hui mal compris parce que considéré comme obscur ou primaire, je pense que Scriabine est allé plus loin que Chopin dans l’exploration musicale et dans la recherche émotionnelle. En effet, Alors que Chopin (auquel il doit certes beaucoup de ses premières œuvres ) visitait des lignes mélodiques rassurantes et assurées, languissantes sans surprises, Scriabine fait place au Chaos, mais à un chaos organisé dans une métrique implacable.
Comme éléments discographiques, permettant de s’initier à ce démiurge, je citerai ses sonates, études, préludes et nocturnes par Horowitz ou Richter, et son Prométhée. Attention la falaise est proche.

Echappée
course de moments projetés là, ici,
projectiles
sueur froide
falaise toute proche
défense de troubler toute personne
censée se dévoiler
résistance
permission de flotter comme un ventricule

sucre glissant du pavot
gant de fer et main d’écrin
caramel à point
pause inter-polaire
micro-climat assis à la droite du jaune et du bleu
bleu si intense qui ne sait pas naviguer
bleu si intense dont la matrice est proche
et se voit dans une flaque d’araignée
comme un prisme non abouti
Poème d’extase
Je t’ai cherché
Sur les dunes paresseuses
Je t’ai eu dans la violence du sang
Tout cela c’était contamination
J’écrivais pour te disséminer ô Extase !
J’allais te chercher dans la misère où il n’y avait
Que surprise et hasard
Violence et objection

Le jour peut ne pas se lever
J’ai Scriabine
J’ai ses silences je ne les possède pas
J’ai ses précipités de fluor
Qui drainent des positionnements méticuleux

Falaise toute proche.

Texte de ©Guillaume HOOGVELD @2005 avec la participation de ©Charlotte HAMEL @2022 pour l’illustration

Méthode

Charlotte HAMEL 2009©

Que la structure maîtrise toujours le chaos de la vie.

S’appuyer sur un système pour ne pas se perdre,

Rejoindre la cordillère qui mène aux Âmes d’élections

S’élever

Voir grandir son frère.

Sans un mot

Sans un geste juste…

Un zeste de splendeur,

L’apaisement des sommets.

MISE EN PIECE DU FEU MISE EN JOUE DU MONDE.

bauhaus

 

 

 

 

 

 

 

Pour Alfred Hoogveld
Ce héraut qui porte en lui Mots et Merveilles

Le Mot est Politique
il y a risque à chaque souffle

un virage à chaque virgule
une inertie puissante
qui ponctue la grammaire

une syntaxe peut démettre le monde
un lexique liquider toute faconde
un mot ou une balle
considérez que cela peut être létal
à l’organique au minéral

souvenez-vous que le printemps essaime
le bien et le mal
que le vert pâturage
peut masquer la rage
en tout lieu la page est folle
en tout point se développe l’hyperbole

l’ordre & le chaos
Arraisonnés dans la règle du feu

Guillaume HOOGVELD 2011 ©

Insurrection à libération immédiate

J’aurais aimé dire qui je suis à quelqu’un. Quelque chose aurait certainement changé ; pas en moi, mais peut-être chez mes proches.
J’ai marché ; c’était le désert, il y avait une palmeraie qui annonçait de longues heures de repos, dont nous avions tant espoir.

Vous êtes parti vous avez dit au revoir et pas un seul adieu.

Je vous ai donc attendu, comme la marée remonte ; en premier lieu j’aurais dit « pour rien » mais j’ai versé des larmes, beaucoup de larmes pour ces petits riens, tant de larmes que j’aurais pu irriguer des nappes phréatiques.

Toi tu connaissais mon nom et tu l’écrivais sur le bitume amolli d’un été saharien.

Toi tu connaissais mon nom et tu le taguais NET à la face des flics en faction ; tu taguais mon nom tu connaissais mon nom sur le Pont-Neuf tu connaissais mon nom dans tes itinéraires étoilés, où soleils calcinés et visages sanglotant se muaient. Tu te souvenais qu’on avait été amis, était-ce cette année-ci ? Cette année-là ? Et tu demandais : « était-ce bien fini ? »

Et le vent a soufflé et le métro est revenu et la crasse urbaine a charrié tous ses miasmes, des gobelets en polystyrène, des papiers fast-food, des tickets sans retour ou peut-être pire, avec un retour assuré, une bonne journée de salarié sur un strapontin matinal avec les 35 heures et puis ça y est encore des vieux journaux, des journaux de petites annonces. Tu regrettes, tu n’as jamais cru dans les petites annonces, tu n’as cru qu’aux grands fracas, aux grands discours, libertaires ou totalitaires, aux déclarations de chair et d’épines pas gonflées d’électronique ni de câbles réseaux.

Et puis, il y a eu du trop facile, ces masques linéaires inexpressifs qui se faufilent d’un pseudonyme vers un autre pseudonyme pour enfin te déclarer laconiquement que tu t’es trompé, qu’ il y a une erreur de casting dans toutes tes rencontres et que tu commences à croire que tu es maudit.

Alors tu retournes dans ton Sahel, le tien, t’enfermer dans tes plus beaux voyages. Ici, c’est l’horizon à perte de vue, le tien, pas de locomotion électrique ou thermique, il te faut des jambes pour faire un pas vers un autre horizon : celui qu’il n’appartient qu’à toi de faire surgir, d’extraire de ton cœur.

[dewplayer:http://labial.free.fr/ok/medias_wordpress_ovh/audio/first-mix-Sahel-HOOGVELD.mp3]

Guillaume HOOGVELD 2007 ©

Télégramme

A bout je t’écris. Juste avant. Des étincelles frappent sur mon front. Il bruine. L’automne déjà. Quel jour sommes-nous. L’année dernière, j’avais des dents. Mes gencives poussent. Cerceaux autour de la lune. Le soleil est oisif. J’aimerais te demander quel âge tu as. Nous sommes mariés depuis ce matin. Je teins mes ténèbres en bleu. Déserte ton travail, tes amis. Prie. Oublie-toi. Imagine que tu n’as pas seulement existé. Aie un orgasme. Chante sous la grêle. Aime des gamines. N’aie pas d’enfants. Souviens-toi. Regarde tes géniteurs copuler. Fais des additions. Pile, tu meurs. Face, tu perds. Reviens 10 ans auparavant. Prends à droite après le feu. Grille-les. Mets du vinaigre. Pose-moi l’unique question. Lâche du lest. Crie au scandale. Après tout. Dissémine des pensées vierges. Abats un passant. Sois probable. Prends une balle dans l’aorte. Sectionne ton poumon gauche. Devine-toi. Sois foutue autant que tu aimes la vie. Envie le Christ. Cercle-toi de ronces. Invente ta langue. Recueille les fruits de ton hasard. Mange des laitues. Extrais du cristal. Derrière la rocade tourne à gauche. A mon retour je t’attendrai. Je t’aurai mal aimé. Mais quand même.

[dewplayer:http://labial.free.fr/ok/medias_wordpress_ovh/audio/telegramme2.mp3]

©Guillaume HOOGVELD #2005 pour le texte
©Guillaume HOOGVELD #2013 pour la photographie

Tu attends quelqu’un qui ne t’attend pas

 

Tu ne sais même plus

qui a raison ou qui a tort

tu attends quelqu’un qui ne t’attend pas

et qui n’a aucune raison d’avoir tort

D’ailleurs il sera demain arrimé à bon port

pendant que tu comptes tes obsessions

flottant comme des astres au dehors

il pleut des solstices de trésors envahis

fatigués intensément raisonnable trop précieux pour moi

qui suis anarchiste par défaut de papiers

où le chlore a fait déborder l’encre

en transformant le papier vers le jaune

Le recommencement des évangiles.

 

©Guillaume Hoogveld

©Photo libre de droit

portail de poètes anonymes associés | webmaster BILL ASHTRAY 2026 ©.

Retour en haut ↑