Les baby boomers ou une génération qui a tout gardé pour elle

 

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des millions, les babyboomers, les enfants de la Victoire et
de l’opulence retrouvée ! Quand ils eurent 18 ans, 20, 25 à peine, ils ont inventé, lassés qu’ils étaient d’un monde hypocritement moraliste, scandaleusement consumériste à leurs yeux déjà gâtés, la « révolution des jeunes ». Potlatch à Saint-Germain, boom monstre, et sous les pavés la plage et mon cul sur la commode, les vieux croumis – leurs parents l’avaient en fait bien mérité, qui tentaient à leur dam et corps défendant de penser l’histoire à venir en dépit des vraies révolutions matérielles qu’ils avaient un peu trop servies.

Les révolutionnaires de 1968 ont eu assez vite 30 ans, 35 : des idées plein les poches et autant de thunes à faire avec, ils ont sans barguigner engrossé le monde occidental de leur rêves létaux et de leur arrivisme facile. Déjà à l’époque – peu s’en souviennent, hélas – Jacques Chancel, le héraut de la culture télévisée d’alors, en invitait quelques-uns pour savoir « comment avoir trente ans en 1982? ». Plus nombreux et nantis par avance qu’aucune génération avant eux ni après, ils ont mis à profit leurs utopies : sexe à gogo, jouissance, thune et emploi facile (« parce que je le vaux bien »), bon-penser, tolérance, libertude.

Quand ils ont eu 45 ans les journaux qui étaient tous dans leur main

nous chantaient la difficulté de passer la quarantaine. Quand ils ont eu 50 ans, le programme majeur était de comprendre qu’à 50 ans on n’est pas foutu. À 55 ans ils nous expliquaient – tous leurs journaux, tous les média qu’ils avaient pris d’assaut depuis 20 ans – que « le 3e âge ça se prépare », et ils partaient sans vergogne en pré-retraite grâce aux Plans pré-digérés que leur concédaient leurs comparses en jouissance, quelques patrons qui mieux qu’eux avaient engraissé sur le potage commun mais qui – solidarité générationnelle oblige n’auraient surtout pas cherché à frustrer l’un des leurs.

Les baby-papy-boomers ont aujourd’hui entre 59 et 69 ans. Que voulezvous qu’il leur arrive ? Ils se sont payés sur notre dos – nous les petits, leurs cousins de 1955 à 2000 – tous les luxes : plein emploi, squat infini des lieux d’émission de toutes les doxas (mainmise totale sur les média, la politique, même la technologie à laquelle la plupart d’entre eux ne comprend rien mais qu’ils entendent régenter), retraites anticipées (années 1990 à 2000), Pré- Retraites-Programmées (PRP, années 2000 à 2009) : et maintenant qu’ils ont tout usé, maintenant qu’ils ont baladé leurs vices touristiques et leur développement durable ruineux dans le monde entier, maintenant qu’ils ont à peu près tous (et tant pis pour leur abrutis de contemporains qui n’ont pas su en profiter) un home sympathique en milieu favorisé et au moins une résidence secondaire là où il fait bon, maintenant qu’ils sont tous à la retraite et 30 ans d’espérance de vie à nous désespérer le monde, ils exigent – et c’est bien naturel – que leur retraite anticipée soit garantie jusqu’à leur mort.

Serrez-vous, les petits, vos aînés de la génération pourrie vous demandent un petit sacrifice ! Bossez pour eux jusqu’à 65 ans, vous le valez bien !

SOURCE Serge Rivron©

Les baby-boomers sont une génération sociologique. Selon la théorie de William Strauss et Neil Howe, la génération des boomers occidentaux serait composée en grande partie d’idéalistes et d’égocentriques.

Le sociologue français Louis Chauvel souligne la chance des membres de cette génération, dans les pays occidentaux, et souligne ce qu’il considère comme leur responsabilité dans la crise vécue par les générations suivantes. L’énorme poids démographique, mais aussi économique et culturel de cette génération tend à faire de l’ombre à celles qui l’ont précédée et, surtout à celles qui suivent, qui connaissent une situation économique et professionnelle beaucoup moins porteuse et ont en plus à assumer le financement de la vieillesse de la génération du baby-boom (retraites, soins, EHPAD). Ce ressentiment, tout d’abord représenté dans les arts contestataires (voir par exemple la chanson Vieux con de Didier Super en 2016), s’est exprimé dans les années 2010 à travers l’expression « OK Boomer », utilisé par ces générations de l’ombre à l’encontre des baby-boomers qui leur font la morale. Ce slogan a été très repris dans les médias, les réseaux sociaux et les arts.

Les baby boomers ont bénéficié de la croissance économique des Trente Glorieuses avec un chômage faible. Par opposition, les millenials doivent travailler plus longtemps pour payer les pensions des baby boomers et la dette publique qui a été accumulée. De plus, les baby boomers se sont peu préoccupés du réchauffement climatique. Les baby boomers ont bénéficié d’un contexte économique favorable à l’acquisition de propriété immobilière, alors que la situation se dégrade à partir des années 1980. Le patrimoine immobilier moyen des 60-69 ans était en 2010 de 219 100 € selon les chiffres de l’INSEE. »

SOURCE https://fr.wikipedia.org/wiki/Baby-boom

Pour Bruce Cannon Gibney, A Generation of Sociopaths, les boomers incarnent à leur filiation une « génération de sociopathes ». ils ont hérité d’une société admirablement gérée par la génération qui avait fait la guerre, des gens sobres et compétents, dévoués au bien commun. Grâce à la perspicacité et à la mesure dont avaient su faire preuve leurs parents, les boomers ont pu vivre leur jeunesse dans l’opulence optimiste des Trente Glorieuses. Mais plus ils ont accédé aux leviers de décision, ce qui aurait commencé dès 1987, toujours selon Gibney, plus la machine s’est enrayée. Ils ont, en effet, utilisé leur pouvoir politique pour favoriser leurs propres intérêts. Ils ont acheté des maisons en période d’inflation, durant les années 1970, remboursant avec de la monnaie de singe. Les réformes fiscales se sont succédées – toujours dans le même sens, celui qui a permis de protéger l’enrichissement des boomers.

Pour la journaliste Jill Filipovic, OK, Boomer, Let’s Talk : How My Generation Was Left Behind qui appartient au staff éditorial du New York Times, les boomers ont trahi leurs idéaux de jeunesse : beaucoup d’entre eux ont basculé vers la réaction, en vieillissant. Un phénomène qui aurait débuté dans les années quatre-vingt. A présent, ils entendent jouir d’une vieillesse confortable, en sacrifiant, là encore, les jeunes générations. La crise du COVID est en train de provoquer la ruine des personnes récemment arrivées sur le marché du travail. Tous nos pays se mettent en panne pour sauver les boomers qui ne laisseront décidément derrière eux que des ruines.

On retrouve la même férocité chez Helen Andrews, peut-être plus redoutable encore parce que l’éditorialiste écrit au vitriol et d’une plume acérée. Elle a eu l’idée de partir de cas concrets, plutôt que de se contenter de généralités ou de statistiques. Elle retrace la carrière de six boomers célèbres et qu’elle juge emblématiques de toute la génération : Steve Jobs, le fondateur d’Apple, l’essayiste féministe Camille Paglia, l’économiste Jeffrey Sachs, le pasteur pentecôtiste Al Sharpton, qui fut le manager de James Brown, le scénariste et producteur de cinéma et de télévision Aaron Sorkin, et Sonia Sotomayor membre de la Cour suprême.

Si l’on comprend bien, ce qu’ont eu en commun tous ces boomers typiquement américains, c’est une tendance à l’hubris, un orgueil démesuré qui les a souvent conduits à sortir de leur domaine de compétence, à en faire trop… et à provoquer des catastrophes, en partant de bons sentiments. Finalement, c’est peut-être ça qu’on peut surtout reprocher aux boomers.

QU’ALLONS-NOUS LAISSER À NOS ENFANTS ?***©

Des retraites à payer, une nation paresseuse, une planète abîmée… Un jour, nos enfants auront 20 ans, 30 ans, 40 ans. Alors, pleins d’espoir et affamés d’avenir, ils comprendront que nous, les baby-boomers, leur avons laissé une société usée et mitée.

Ce jour-là, ils nous haïront. Et ils auront raison. Nous avons eu tous les atouts en main, nous avons grandi dans une société en pleine croissance. Pourtant, nous sommes la première génération qui laissera moins à la suivante que ce qu’elle a reçu de la précédente. Et c’est le pire qu’on puisse faire à ses enfants: leur léguer des dettes.

Il ne s’agit pas de peindre le futur en noir. Mais de jeter un regard lucide sur ce que nous avons fait et de lancer les chantiers de l’avenir. Avant qu’il ne soit trop tard.

Un jour, nos enfants…

Un jour, nos enfants auront 20 ans, 30 ans, 40 ans. Ils embrasseront l’âge où l’on commence à discerner, dans les épreuves que l’on subit, ce qui dépend de soi et ce qui vient d’autrui. L’âge où l’on mesure à quel point on peut agir sur le monde et l’étendue de ce qu’il inflige. L’âge où l’on est définitivement libéré de ses rêves, sorti de la toute-puissance fantasmatique de l’enfance, où l’on sait qu’on est infiniment petit et infiniment grand, légèrement impuissant, mais pourtant capable de tout. Alors, l’espace rétrécit, les distances s’amenuisent. Le plafond semble descendre et le plancher monter. Dès 20 ans, 30 ans, 40 ans, on dresse les premiers bilans et, vite, on s’emploie à dessiner l’avenir, on écrit sa vie. C’est alors, quand on est plein de sève et d’espoir, en pleine possession de ses moyens, affamé d’avenir, que l’on se heurte brutalement aux murs, aux impasses, aux crevasses sociales laissées par les générations précédentes et que l’on compte, désarmé, les outils qui manquent pour en triompher.

La génération Mitterrand et les suivantes n’ont pas connu l’âge d’or des Trente Glorieuses et ignorent qu’en 1975, la France était la deuxième puissance économique mondiale, derrière les États-Unis.

La Chine en était encore au Moyen Âge, tout juste capable de fabriquer des cerfs-volants et des lampions. L’Allemagne, encore coupée en deux, et le Japon, ne s’était pas encore relevé totalement de la guerre.

L’Angleterre restait minée par des syndicats corporatistes dévastateurs, jusqu’à leur mise au pas par Margaret Thatcher, la providentielle “Dame de fer”.

La France était à la pointe de toutes les technologies, avec son nucléaire civil et militaire, son TGV, ses paquebots géants, ses sous-marins nucléaires,ses Mirage vainqueurs de la “guerre des Six Jours”, Ariane, la Caravelle…

Avec une croissance de 5 à 6 % pendant trente ans, elle ne connaissait ni chômage, ni insécurité. Jamais la France n’avait connu une telle explosion du niveau de vie.

Son immigration européenne ne demandait qu’à s’intégrer, les Italiens, les Espagnols et les Portugais épousant des Françaises et donnant des prénoms français à leurs enfants.

Les jeunes ne savent pas non plus qu’en 1980, les Français avaient le cinquième niveau de vie au monde, derrière les USA, et trois petits pays privilégiés, la Suisse, le Luxembourg et la Suède.

Bref, la France des Trente Glorieuses était un véritable paradis et le pitoyable épisode de mai 68, éminemment politisé, avait été effacé en quelques mois. La croissance repartait de plus belle, au grand étonnement du monde.

Mais en quelques décennies, tout cela a été balayé, tout l’héritage du général de Gaulle a été dilapidé par des équipes de fossoyeurs de la nation, de droite comme de gauche.

Tous, sans aucune exception, ont participé à cette gigantesque entreprise de démolition, faisant de la France un pays ruiné, désintégré, islamisé et parmi les plus dangereux du monde occidental.

De cette époque bénie il ne reste qu’un champ de ruines. Mondialisation, immigration, gabegie, incompétence, trahisons et lâchetés des uns et des autres, ont tout emporté.

L’école est en plein naufrage.

Celle-ci, qui faisait notre fierté depuis Jules Ferry, n’est plus un sanctuaire de la transmission du savoir, mais un espace de plus en plus islamisé, où règne l’insécurité et où se propage la haine de la France.

En 2004, le rapport Obin tirait la sonnette d’alarme sur la dangereuse islamisation de l’école républicaine. Mais le frileux François Fillon, alors ministre de l’Éducation nationale, s’est empressé de l’enterrer. “Nous avons perdu 20 ans”, dit aujourd’hui l’ex-inspecteur général Jean-Pierre Obin.

Au classement Pisa, nous reculons dramatiquement à chaque nouvelle étude. L’Éducation nationale devient une usine à cancres, où un bachelier ne maîtrise même plus la langue de Molière.

Notre industrie est laminée .

Hautement performante en 1975, elle a perdu 3,5 millions d’emplois, passant d’un effectif de 6,2 millions à 2,7.

Et la part de l’industrie dans le PIB a chuté de 25 % à 10 %. La France détient ainsi le bonnet d’âne de l’UE.

Nous avons tout vendu ou délocalisé, comme l’a prouvé la crise sanitaire.

La descente aux enfers de l’industrie française

La mondialisation n’explique pas tout, car nos voisins ont tous fait mieux que nous.

Le secteur agricole est en alerte rouge !

Troisième exportateur mondial en 2005, la France a été rétrogradée au sixième rang, derrière les États-Unis, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Brésil et la Chine !

La part de l’agriculture dans le PIB est passée de 6 % à 3 % depuis 1980.

En 2023, la France risque de devenir importatrice de produits agricoles !!

Les incapables aux commandes ont écrasé nos paysans de charges, de taxes, de règlements, de normes environnementales et sanitaires qui ont tué le monde agricole.

Notre agriculture, mondialement reconnue, n’est plus compétitive.

Et nos paysans vivent avec 350 euros par mois , pendant qu’un seul mineur isolé coûte 50 000 euros par an au contribuable (4166€ par mois) !

https://www.leparisien.fr/economie/exportations-l-agriculture-francaise-en-alerte-rouge-10-06-2019-8089995.php©

Le secteur de la santé est au bord de l’implosion

Plus besoin de faire un dessin pour parler de l’effondrement du modèle sanitaire français, qui faisait notre fierté depuis des décennies.

On a vu où menait la fermeture des hôpitaux, la suppression de lits par dizaines de milliers, la baisse des effectifs.

Nos soignants ont affronté le Covid-19 sans masques, sans blouses, sans gants, sans respirateurs, sans tests, sans médicaments. Beaucoup ont payé de leur vie l’incurie et l’imprévoyance du pouvoir.

Et on apprend aujourd’hui qu’ils devront payer leurs masques !!

Le modèle de santé qui se croyait le meilleur du monde a dû euthanasier ses vieux faute de moyens et faire appel aux voisins étrangers pour soigner les patients. Une médecine de guerre inhumaine.

Le réseau SNCF est en lambeaux

Sans entretien, avec des retards et des pannes multiples, ce service public, ex-fierté nationale, cumule une dette colossale de 47 milliards, dont 35 repris par l’État.

30 % du réseau sont à remettre en état, après des années de“tout TGV”

La défense est en déclin depuis 60 ans

Avec un budget égal à 1,35 % du PIB, nos soldats font la guerre avec des matériels vieux de 40 ans. Derrière la vitrine diplomatique du porte-avions Charles-de-Gaulle, il y a la misère.

En 1960, avec la guerre d’Algérie, les effectifs atteignaient 1 million de soldats avec un budget porté à 5,44 % du PIB.

En 1964, les effectifs chutaient à 675 000 hommes et en 2020 on tombe à 270 000 personnels dans les armées.

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/jean-guisnel/le-budget-de-la-defense-en-declin-depuis-soixante-ans-14-03-2013-1640131_53.php©

La police est à l’abandon

Avec des locaux vétustes, des guimbardes affichant 300 000 km au compteur et en sous-effectif permanent, nos policiers doivent s’équiper à leurs frais.

Abandonnés par le pouvoir et persécutés par la hiérarchie et la justice, ils sont au bord de l’implosion eux aussi.

https://rmc.bfmtv.com/emission/manque-de-moyens-dans-la-police-certains-doivent-acheter-leurs-propres-menottes-1362859.html

 

Insécurité. Là c’est le pompon !

Celle-ci a été multipliée par 5 depuis les années soixante. Cette insécurité, nous en avons importé la majeure partie et l’avons cultivée par le laxisme judiciaire.

La France est le seul pays au monde où les commissariats sont attaqués et où les policiers, toujours présumés coupables, ont peur de tirer pour sauver leur peau !

Et 120 attaques au couteau par jour, la plupart passées sous silence, par une presse aux ordres, indigne d’une démocratie.

Quant à la justice du “mur des cons” , inutile de compter sur elle. Elle privilégie une réinsertion improbable à une sanction certaine. Avec Dupond-Moretti, c’est l’apothéose !

 

 

 

PODCAST Radio France de janvier 2021 qui enfonce le clou

Peinture de Francis Bacon, Head VI, 1949

Voir également la tribune de Serge Rivron sur PAA : www.guillaumehoogveld.net/serge-rivron-journal-inedit-sous-les-paves-les-profiteurs/

*** CF. Livre éponyme de JEAMBAR ET REMY chez SEUIL, 2006©

Revue de presse de Mark Belveder. 2023, 2024.

Julien Mérieau / Le journal des tromperies Janvier 2022

Extrait du Journal des Tromperies

Comment est-il possible qu’au milieu de ces femmes et ces jeunes femmes par millions il n’y en n’ait pas une seule pour toi, ni une ni la moitié d’une, pas même l’ombre d’une possibilité, d’un chemin qui mènerait vers l’une d’elles. Il n’y a que la rue, les magasins, les parcs déserts, les soirées concert où rien ne se dessine, après lesquelles tu reviens chez toi, hanté uniquement par les mémoires. C’est idiot et sans appel mais il n’y a pas d’amour sans rencontre et pas de vie heureuse sans amour. Il faut ajouter à cela les rares rencontres qui ne donnent rien, les infructueuses, les sans éros : le peu encore capable de se produire ce sont des voies sans issue. Évidemment ton désir complique tout car tu es abonné à une certaine famille de visages et de corps desquels tu ne peux sortir. Tu trouves souvent l’un sans l’autre, exemplaires dépareillés et incapable de t’en satisfaire, dans les cas infiniment rares où l’ombre d’une possibilité s’y est attachée.

La rencontre est soumise à des contingences matérielles, qui plus est hasardeuses, il s’agit donc de les provoquer ou encore, de ne jamais en manquer une seule. Sortir le plus souvent possible, répondre oui à tout, piétiner, attendre, espérer tout en restant léger, se rendre visible et disponible en toute occasion : un enfer. Dehors, tu multiplies les cafés : une femme vaut bien un café non ? Seulement, de ces haltes infructueuses, tu ressors hébété et plus seul que jamais, à cette différence que tu es rempli de café. Encore heureux que ce ne soit pas de la vodka sans quoi s’en serait déjà terminé de tes espérances, encore que : tu t’imagines très bien titubant entre les tables, le discours déplombé et hors de tout propos, tombant directement dans les bras de la seule femme qui saurait te comprendre, prendre charge ces blessures, en échange de ton excellence, de la promesse d’un amour inconditionnel – bien que que cette assurance soit aujourd’hui totalement tombée en désuétude.

En tous cas, un bête examen rationnel ayant comme sujet les moyens de s’affranchir d’une vie solitaire montre en théorie une infinité d’affinités possibles et fantastiques, autant que l’impossibilité matérielle et structurelle de faire en sorte que ces lignes se croisent un jour. Tu t’étonnes presque que l’État ne se soit jamais penché sur ces questions. Ne parlons pas des rigueurs et frustrations sexuelles : une pandémie probablement planétaire, avec son catalogue de crimes et de déboires en tout genre, allant de la maladie au suicide et du suicide aux actes d’une moralité douteuse, à faire reculer tout velléité d’humanisme pragmatique, c’est à dire aussi bien que de « paix sociale ». Au sein de cette chaine tragique, les vampires et les malfaisants creusent leur nid en exploitant les misères, de part et d’autres et de toutes les façons possibles : signe et symptôme à quoi l’on reconnait l’évidence du tragique amoureux mais encore, l’impossibilité pour les masses de s’entendre et se forger une conduite sexuelle libre et respectueuse.

Hier soir, tu n’as pas trouvé le courage de sortir, alors que d’après tes calculs savants en cette occasion les possibilités étaient à la hausse. Tu t’en est voulu et la soirée casanière en a été gâchée. Il se peut que ton « amoureuse » t’ait recherché là bas, espéré autant que tu l’espères toi-même mais tu n’y étais pas et tu ne sauras jamais. A ta décharge, la seule idée de boire t’écœurait à l’avance et si tu ne bois pas, pour accompagner ces réjouissances, ne serait-ce que raisonnablement, tu t’ennuies ou bien tu restes cantonné à la contemplation. De toutes façon, cette émotion sans emploi, ce désir constamment refoulé et brimé a besoin de l’alcool. Ne parlons pas des jalousies et des tromperies : une vie de débauche et de contentements narcissiques ne suffirait pas à les effacer ni à les contenir. La structure de ta psyché, la construction de ta personne en sont définitivement abîmés, pliés comme du métal.

Au supermarché où l’on t’envoie faire des courses, tu as oublié la liste mais tu te félicites d’avoir pratiquement tout retenu, voire absolument tout. Mais dans ce quartier exotique le pare-terre de jeunes femmes diffère largement de celui auquel ta situation est habitué, par la force des choses. Cela saute aux yeux, sans même qu’il soi besoin d’y porter une attention particulière. Or, au beau milieu du vertige fruits et légumes dont tu ignores la cartographie et tout occupé à ta mission tu aperçois une jeune femme « parfaite » et aussi occupée que toi, sensiblement à la même tâche, d’ailleurs suivie de très près par une tête chercheuse assidue, probablement aussi aimantée que toi, au point qu’il te semble que ces deux là vont de pair. L’ennui est qu’en plus du choc habituel et du désespoir qui s’en suit immédiatement, la liste de courses que tu avais en tête s’efface instantanément. C’est la panique, et désormais au radar que tu devras remplir ta mission, avec des trajets incohérents dans les rayonnages dont tu ne perçois plus que les couleurs, comme si tout sens, toute raison s’était immédiatement vidés. A la fin, aux caisses, tu ressors sur les coudes, en rampant, ainsi qu’au cours d’une scène de guerre – avant de rentrer chez toi, les mains glacées sur le guidon du vélo.

©Julien Mérieau ©2022 pour le texte et la photographie
#JulieMerieau FB
Radio Mulot aka France Museau / Stream URL :

Ivica Henin / Journal d’un inconscient : LGR, 1999

Journal d’un inconscient

J’étais  un petit garçon.  Jusqu’à  l’immanquable jour où je suis devenu un grand garçon. Ça changeait  tout. Hé• las pour moi, de ce jour je ne garde aucun souvenir. Plus tard et à ma grande  surprise, j’ai  appris en avoir presque fini avec l’adolescence.  Quant à l’homme  dont on m’ habille, celui-là j’en ai bien entendu  parler,  sans jamais  arriver à le saisir en moi. Sauf que pour avoir une idée de quelque chose d’aussi grave, il faut s’y reconnaitre.  Or, je m’y  perds  complètement,  moi.  Comment voulez-vous que, privé de toute enfance par les adultes,je voue un appétit à ce qu’on appelle  la raison? L’âge de raison, je l’ai atteint  le jour où j’ai mis le feu à mon école pour  I a première fois. Personne  ne m’en a félicité,  d’ailleurs. Ils ont préféré fermer  les  yeux.  À croire  que la  flamme  brûle moins une fois les yeux fermés. Voilà.  Les histoires  des adultes  dont j’avais entendu  parler. Ils savent  faire  des films. Des guerres. Et des enfants pour remplacer ceux qui y vont en fermant  les yeux. ceux qui y meurent sans avoir eu le temps de dire merde.  Pour tous ceux-là, je dis merde à tous les adultes  que je n’ai pas l’extrême  douleur de connaître.  Et les autres. Un peu pour moi  aussi c’est vrai. Je suis un bon élève de la vie. Mettre le feu à l’école n’était peut-être  pas une excellente  idée.  Mais je dirai  pour ma défense   que personne n’a voulu  m’aider  à obtenir  pour l’enfance  quelques  sièges au Parlement. Il est aussi  à no• ter que, récidiviste  et ne m’étant jamais  fait surprendre, j’ai  toujours  accompli  mes ouvres  pour  l’Enfance  Libre dans la plus grande discrétion  et le moins de sérieux possible. Je choisissais pour épicentre  de mon brasier les en• droits où seules les grandes personnes  avaient le droit de se rendre.  Salles  de professeurs, bureaux,  etc.  Ma seule erreur fut de sous-estimer l’adulte. L’adulte  a des moyens de contrôle  sur beaucoup  de choses,  dont l’enfance  et le feu. Les deux sont dangereux  pour l’adulte.  De telle sor• te que je n’ai jamais  réussi à en tuer un seul. Même pas un tout petit. J’ai également  appris que l’adulte est un redoutable spécimen  de prédateur. L’adulte mange  ses enfants par l’enfance aussi inexorablement qu’un virus détruit nos défenses. L’enfant  est un univers  de sens et de métamorphose.  L’adulte, lui, aussitôt sacré Roi de sa peine, est incapable  du moindre mouvement. Il traverse  le monde en avion  mais il est également  inapte à percevoir les mille et-une-forêts qui peuplent les chambres  d’enfant.

Voilà l’adulte  :  un sac de racines !

Le soleil ne fait pas d’ombre à sa lumière. [I fait jour. Il fait le jour.  La nuit, il brille par son absence.  Il brille encore. De toutes façons, qui écoute les enfants  ici?

Alors, à quoi bon éteindre  mes feux.?

 

Texte d’IVICA HENIN, image de Guillaume HOOGVELD, publié en 1999 à la LGR, rue racine, Paris.

Un extrait de la pièce « L’État de siège » d’Albert Camus

 

 » Il est vrai que vous mentez et que vous mentirez désormais, jusqu’à la fin des temps ! Oui ! J’ai bien compris votre système. Vous leur avez donné la douleur de la faim et des séparations pour les distraire de leur révolte. Vous les épuisez, vous dévorez leur temps et leurs forces pour qu’ils n’aient ni le loisir ni l’élan de la fureur ! Ils piétinent, soyez contents ! Ils sont seuls malgré leur masse, comme je suis seul aussi. Chacun de nous est seul à cause de la lâcheté des autres. Mais moi qui suis asservi comme eux, humilié avec eux, je vous annonce pourtant que vous n’êtes rien et que cette puissance déployée à perte de vue, jusqu’à en obscurcir le ciel, n’est qu’une ombre jetée sur la terre, et qu’en une seconde un vent furieux va dissiper. Vous avez cru que tout pouvait se mettre en chiffres et en formules ! Mais dans votre belle nomenclature, vous avez oublié la rose sauvage, les signes dans le ciel, les visages de l’été, la grande voix de la mer, les instants du déchirement et la colère des hommes ! Ne riez pas. Ne riez pas imbécile. Vous êtes perdus, je vous le dis. Au sein de vos apparentes victoires, vous voilà déjà vaincus, parce qu’il y a dans l’homme-regardez moi-une force que vous ne réduirez pas, une folie claire, mêlée de peur et de courage, ignorante et victorieuse à tout jamais. C’est cette force qui va se lever et vous saurez alors que votre gloire était fumée . »

#GuillaumeHoogveld 1997. Droits réservés.©
#Julien Mérieau pour la photo, 2022©

Paul Éluard / La vie immédiate

 

Nous avons refusé de laisser entrer les spectateurs, car il n’y a pas de spectacle. Souviens-toi, pour la solitude, la scène vide; sans décors, sans acteurs, sans musiciens. L’on diÒ: le théâtre du monde, la scène mondiale et nous deux, nous ne savons plus ce que c’est. Nous deux, j’insiste sur ces mots, car aux étapes de ces longs voyages que nous faisions séparément, je le sais maintenant, nous étions vraiment ensemble, nous étions vraiment, nous nous. Ni toi, ni moi ne savions ajouter le temps qui nous avait séparés à ce temps pendant lequel nous étions réunis, ni toi, ni moi ne savions l’en soustraire.

Une ombre chacun, mais dans l’ombre nous l’oublions.

 

©Paul ÉLUARD, La vie immédiate

©Photographie de Guillaume HOOGVELD, Cîteaux mars 2015

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