Beau comme Baudelaire


« J’ai trouvé la définition du Beau, – de mon Beau – . C’est quelque chose d’ardent et de triste, quelque chose d’un peu vague, laissant carrière à la conjecture. Je vais, si l’on veut, appliquer mes idées à un objet sensible, à l’objet, par exemple, le plus intéressant dans la société, à un visage de femme. Une tête séduisante et belle, une tête de femme, veux-je dire, c’est une tête qui fait rêver à la fois, – mais d’une manière confuse, – de volupté et de tristesse ; qui comporte une idée de mélancolie, de lassitude, même de satiété, – soit une idée contraire, c’est-à-dire une ardeur, un désir de vivre, associé avec une amertume refluante, comme venant de privation ou de désespérance. Le mystère, le regret sont aussi des caractères du Beau. »

Baudelaire, après s’être livré à l’ opium…

Laurent Terzieff a disparu

Dans l’ombre, une parole*

Tout commence par la nuit, une nuit de suie qui macère dans un trou de silence, rien n’éclaire cet abîme où le vide semble régner, on attend, vaguement inquiet, et puis soudainement une douche de feu coulant sur les épaules de Laurent Terzieff : c’est la nuit qui s’immole.

« Ce qu’il y a ? Je sais d’abord qu’il y a moi. Mais qui est moi ? Tout ce que je sais de moi, c’est que je souffre. Et si je souffre c’est qu’à l’origine de moi-même il y a mutilation, séparation. »

Tout pourrait s’achever sur ces quelques mots d’Arthur Adamov si la récurrence de l’interrogation n’avait pas traversé le drame d’être, si le même questionnement n’avait pas réuni ces réprouvés de la vie, les jetant sans cesse dans les fosses de l’infini détresse. Ce qu’il y a, nous dit Laurent Terzieff, c’est que le corps ne sait que se mouvoir entre les lames tranchantes de la nuit des mondes, que nous nommons la mort avec la même terreur que lorsque nous prononçons le nom de l’amante. « Mon sombre amour d’orange amère / Ma chanson d’écluse et de vent… » Tous ces mots « Et tout ce langage perdu / Ce trésor dans la fondrière / Mon cri recouvert de prières / Mon chant vendu… », tous ces mots se défont et quittent leur appareil linguistique pour devenir incantation. Et Laurent Terzieff nous redonne la nuit, il se transporte tel un ange meurtri à la plasticité indescriptible, il est hors scène, car il n’y a pas de scène ou plus exactement, il lève la poussière à chaque pas comme foulant un désert sans limites, sa voix ne trouble pas le silence, elle l’invite. Et pourtant, il ne cesse de dire cette ombre qu’il porte en lui et qui consacre le poète, ainsi Robert Desnos là-bas, tout en bas du monde, surgissant des fosses encore brûlantes d’une histoire qui ne cesse de hanter les hommes. Desnos « Ombre parmi les ombres… », Laurent Terzieff en est le filtre.

Ici ou là, il nous paraît indispensable de nous inscrire dans la continuité, pourtant il nous faut admettre que ce qui est – ce que nous sommes –, prisonnier de la question de notre propre apparence, s’inscrit en dehors de toute volonté, que nous sommes déplacés par une force obscure autant que nous la méconnaissons. Mais ce déplacement, s’il en est, n’est-il pas à lui seul le mouvement d’une hésitation à la recherche du centre, ou peut-être du sommet, « Du sommet central de l’intérieur de tout », dit Roger Gilbert-Lecomte.

Les poètes ne sont pas étrangers à cette ombre qu’aucun corps ne meut, ils savent qu’aucune gesticulation ne les justifie, que leur demeure n’est pas corps qui vibre, que leur respiration n’est pas poumon. Ils se reconnaissent avec cette froide lucidité, dans l’impossibilité de se dire et n’habitant nulle part, ils cherchent par-delà toute espérance un lieu pour dissoudre leur empreinte.

Le lieu peut prendre nom de femme, qu’importe ce lieu devient innommable en même temps qu’il est prononcé ou tout simplement gravé sur le papier, il se supprime. Pour toute résonance de cette disparition, le verbe incline à nommer l’absence, là où nous nous voulions de chair et d’os ne demeure que la question de notre présence au monde. Il n’y a pas de réponse à ce qui je suis, à ce visage que personne ne reconnaît, ni au mensonge du miroir.

Que les mots soient de Milosz, Heine, Goethe, Hölderlin ou d’autres, Laurent Terzieff nous fait traverser la nuit des poètes, ils viennent encore vers nous avec leurs yeux gercés par la froideur des insomnies. Cette nuit-là est aussi profonde que les gouffres qui absorbent leur chute. À l’heure des mots et des cris, la lumière tombe dans un noir absolu. N’oubliez pas, avec Laurent Terzieff, c’est la nuit qui s’immole.

*Article de Patrice Corbin, Laurent Terzieff dans l’ombre, une parole. La Quinzaine littéraire, n° 861, paru le 16 septembre 2003.

Illustration de Sue Nicholson©

La Cordillère des âmes

À PARAÎTRE LE JEUDI 29 MARS 2012

Signature au siège de la Librairie-Galerie Racine le même jour

« La Cordillère des âmes » est le troisième opus du triptyque de Guillaume HOOGVELD qui voit ici sa fenêtre d’exposition se placer sous la lumière totale et puissante du soleil ; la langue est réjouissante et livre un combat contre le désespoir et l’abîme par l’envolée lyrique de mots qu’il a voulu plus proches de vous…

Des mots d’amour ?

Bill Ashtray, Poètes Anonymes Associés

Ubiquité

HOOGVELD 1996©  Tuileries, Paris.

Pour Carla dans la nuit,
qui m’est apparue

 

 

A ta place
Je ferais le coup sans moi
Sans trace de pas
Sans la transparence
Qui saisit ma présence
Qui adopte ma fréquence
Frappée d’ubiquité

Je maitrise le feu
Qui sait foudroyer l’eau
Jusqu’au gaz inerte
Et son ressac volubile
Insensé puis soudainement immobile

Soudainement ce qui est surprise
Relève de la suspicion

Je souhaiterais maitriser mon souci
Mais mon corps me fait froid dans le dos

Je  veux du temps pour amadouer le présent qui défile
Spongieux
Absorbant sans émotion
Le duvet et l’écume

De toutes nos émotions
A la métrique infinie
Impeccable et saisie
De précaution, détermination et minutie

Je jette un pain à ma capacité d’avoir mal
Je jette une fleur à la possibilité du Bonheur
Je jette une lueur à mon envie d’être reflet

Et je jette au Beau ce qui lui donne sa solitaire évidence

Ô Lord
Permet moi de ne plus savoir jamais qui je poursuis
Et où et qui je fuis, ici ou très loin
Là-bas

Guillaume HOOGVELD 2012©

Fraternité

Pour mon frédo

Discret, mais sûr,
Aux émotions paradoxales et précieuses…


Je ne saurais habiter l’Homme
Sans oser le devenir

L’avenir est ponctué de points de sutures points suspendus de contrôles
Postes-frontières
Où il est bienvenu et conseillé de feindre l’anonymat

Aujourd’hui
Mais hier aussi
Je suis interdit d’indécision
Et mon instinct se replie dans le souvenir,
Antichambre du passé

Je tremble devant tout exécutif
Je ne légifèrerai jamais le droit aux larmes

fussent-elles fraternelles

Le droit aux larmes c’est la pitié qui renchérit
sur le dos de l’Homme qui accroit sa maîtrise

En faisant miauler la mélancolie vers l’agilité du félin
Je me replie aux Assises,
Enfance                       absence trop exigeante
Moi et toi mon fred      Novembre 11

Je vais laisser la virgule flottante aux chercheurs en arithmétiques pures
Pour m’assommer de songes d’elfes, de fées et de pouvoirs subliminaux
Où toi mon frère tu seras mon marchand de sable
Courtier en ravissements éblouissants
Créant par tes brumes ténébreuses ce soleil insivibles des rêves

De ce pas en suivant tes cartes de trésors
Je me distingue dans les vapeurs et tout engourdi,
Voguant loin de mes multiples et milliers petits ennuis
sinusoides tissant l’envers de notre décor

GUILLAUME HOOGVELD NOV 2011©

Pour William, ALTER EGO Sum ©

DOUDOU-080206 014

 

 

 

 

 

 

HOOGVELD ©

Tu sais pourquoi ne vais-je pas me fondre dans les joues de Morphée mon ami ?
Parce que j’entends absorber la nuit…
Toutes les nuits volées aux cieux ingrats amers et indélicats

J’entends décimer l’aurore et voir se poser les bras des hommes inspirés par le chatoiement d’un avenir velours
qui savent dialoguer et faire renaitre les pages solaires
d’une nation peinée,  de silhouettes qui ont bradé le sourire pour le soupir

C’était la France en 2011
et tu es mon ami,
Bonne nuit                             tu dors soudainement,
Je rejoins la sensation commune
le sang s’épaissit et l’oxygène se raréfie
en tirant sur l’éveil

101111 Guillaume HOOGVELD P.A.A.©

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