Bukowski / Les requins

Les requins frappent à ma porte
entrent et demandent des services;
les voici qui soufflent dans mes fauteuils
en examinant la chambre dans ses moindres détails
et ils exigent des actes:
de la lumière, de l’air, de l’argent,tout ce qu’ils peuvent grappiller:
de la bière, des cigarettes, des demi-dollars, des dollars
des pièces de cinq et dix cents,
et tout ça comme si ma survie était assurée,
comme si mon temps n’était pas compté
et que leur présence avait de la valeur.

ouais, nous avons tous nos requins, j’en suis sûr,
et il n’y a qu’un moyen de s’en débarrasser avant qu’ils ne vous dévorent vivants: arrêtez de les nourrir ; ils trouveront un
autre appât; ça fait bien douze fois
que vous les engraissez
à présent balancez-les
à la mer.

 

©Édition du Rocher 2008 pour la traduction française
©Black Sparrow, 1969
©Charles Bukowski, 1969

©Photo, Droits réservés

Bukowski / Le miracle

 

Travailler une forme artistique
ne signifie pas
se tortiller comme un ver solitaire
rassasié,
ça ne justifie pas non plus les grands airs
ni la cupidité, ni en aucun cas
le sérieux, mais je crois deviner
que ça occupe les meilleurs moments
des meilleurs d’entre nous,
et lorsque ceux-là meurent
et que quelque chose d’autre ne meurt pas,
nous voyons le miracle de l’immortalité :
des hommes arrivés comme des hommes,
repartis comme des dieux –
des dieux dont nous savions qu’ils étaient ici,
des dieux qui nous laissent maintenant continuer
quand tout nous presse d’arrêter.

*

The miracle

To work with an art form
does not mean to
screw off like a tape-worm
with his belly full,
nor does it justify grandeur
or greed, nor at all times
seriousness, but I would guess
that it calls upon the best men
at their best times,
and when they die
and something else does not,
we have seen the miracle of immortality:
men arrived as men,
departed as gods –
gods we knew were here,
gods that now let us go on
when all else says stop.


©Charles Bukowski (1920-1994) – Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines – Editions du Rocher, 2008, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Thierry Beauchamp – The Days Run Away Like Wild Horses Over The Hills (Black Sparrow Press, 1969)

Photographie ©Droits réservés

Charlotte HAMEL / Scande mon présent

 

C’est long quand tu n’est pas là à scander mon présent à poser ta voix sur mes silences à rire à gorge déployée je répare mes peines dans cette jouvencelle rencontre et réécris l’été qui se décline depuis l’automne en douceurs
létales
je déclare la guerre ouverte aux bâillements et j’étire mes membres sédentarisés en fredonnant une rengaine des années 40 je délivre un message joyeux aux passantes et passants que je croise juste en esquissant mon plus joli sourire car sourire est sain n’est pas vain est divin je vous croise parfois hagards et indifférents engoncés dans le noir de vos vestes et blousons et décèle par le pas qui vous êtes alors je questionne votre démarche de loin je remarque les souffrances d’un boitement ou la peine d’une vieillesse avancée que puis je y répondre sauf à sourire à la vie qui coule encore dans nos veines et nos déveines.

 

©Texte et photo de Charlotte HAMEL @2022

 

 

Paul Éluard / La vie immédiate

 

Nous avons refusé de laisser entrer les spectateurs, car il n’y a pas de spectacle. Souviens-toi, pour la solitude, la scène vide; sans décors, sans acteurs, sans musiciens. L’on diÒ: le théâtre du monde, la scène mondiale et nous deux, nous ne savons plus ce que c’est. Nous deux, j’insiste sur ces mots, car aux étapes de ces longs voyages que nous faisions séparément, je le sais maintenant, nous étions vraiment ensemble, nous étions vraiment, nous nous. Ni toi, ni moi ne savions ajouter le temps qui nous avait séparés à ce temps pendant lequel nous étions réunis, ni toi, ni moi ne savions l’en soustraire.

Une ombre chacun, mais dans l’ombre nous l’oublions.

 

©Paul ÉLUARD, La vie immédiate

©Photographie de Guillaume HOOGVELD, Cîteaux mars 2015

Librairie-Galerie Racine / Éditeur de Guillaume HOOGVELD / TV5 Monde le 21 septembre 2019

 

Émission diffusée sur TV5 Monde le 21 septembre 2019.

Les éditions Librairie-Galerie Racine publient des poètes depuis 1996, au 23 de la rue Racine, 75006 Paris. C’est un lieu de librairie qui fut l’antre de Guy Chambelland. Au-delà des idéologies et des modes ardentes, son équipe privilégie avant tout les langues diverses de l’émotion. Le poète doit être un trouveur de sens et de féerie.

 

Mention spéciale du Bureau éditorial au résistant et maquisard toute catégorie, Nous avons nommé Alain BRETON, homme supérieur à tous les talents parce qu’il se nimbe de mystère pour mieux éclairer l’altérité et que dans sa chair aucun rêves n’est prohibé.

Mention spéciale, enfin pour l’absolue liberté dans laquelle il navigue avec sa maison d’édition qui fait surgir de nombreuses sèves qui donnent autant de lendemains sans aller chercher le concourS fléché des aides ménagères des ministères de plus en plus amers, pour reprendre l’expression d’un collectif de hip-hop….

Et Bien sur Mention Spéciale parce qu’il a édité Guillaume Hoogveld lequel a fondé et dirige en série en parallèle l’un des plus actifs site de novopoésie avec tout le Bureau éditorial de  Poètes Anonymes Associés…

Longue vie à Alain Breton, à la revue des Hommes sans épaules, et aux éditions Librairie, Galerie Racine…Nous saluons aussi le parcours de son illustrateur fidèle, Anton LARBIE, qui nous manque par son obsession attachée à l’absence de toute mention communicative….Encore moins promotionnelle…

Pompidou cite Éluard Vs Sarkozy qui ne cite que lui-même. Démonstration

 

Les hauteurs d’entretiens avec des personnalités politiques qui avaient des lettres dans la tête et peut-être dans le cœur.

En 2007, la parole présidentielle comme le montre cette vidéo, s’offre de la délicatesse et de la tenue :

 

« Comprenne qui voudra

Moi mon remords ce fut

La malheureuse qui resta

Sur le pavé

La victime raisonnable

À la robe déchirée

Au regard d’enfant perdue

Découronnée défigurée

Celle qui ressemble aux morts

Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet

Et couverte

Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante

Comme une aurore de premier mai

La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris

Qu’elle est souillée

Une bête prise au piège

Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme

Voudrait bien dorloter

Cette image idéale

De son malheur sur terre. »

Paul Éluard

 

En « special guest », qui tient la chandelle, Michel Barnier…

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