C’est long quand tu n’est pas là à scander mon présent à poser ta voix sur mes silences à rire à gorge déployée je répare mes peines dans cette jouvencelle rencontre et réécris l’été qui se décline depuis l’automne en douceurs
létales
je déclare la guerre ouverte aux bâillements et j’étire mes membres sédentarisés en fredonnant une rengaine des années 40 je délivre un message joyeux aux passantes et passants que je croise juste en esquissant mon plus joli sourire car sourire est sain n’est pas vain est divin je vous croise parfois hagards et indifférents engoncés dans le noir de vos vestes et blousons et décèle par le pas qui vous êtes alors je questionne votre démarche de loin je remarque les souffrances d’un boitement ou la peine d’une vieillesse avancée que puis je y répondre sauf à sourire à la vie qui coule encore dans nos veines et nos déveines.
J’étais un petit garçon. Jusqu’à l’immanquable jour où je suis devenu un grand garçon. Ça changeait tout. Hé• las pour moi, de ce jour je ne garde aucun souvenir. Plus tard et à ma grande surprise, j’ai appris en avoir presque fini avec l’adolescence. Quant à l’homme dont on m’ habille, celui-là j’en ai bien entendu parler, sans jamais arriver à le saisir en moi. Sauf que pour avoir une idée de quelque chose d’aussi grave, il faut s’y reconnaitre. Or, je m’y perds complètement, moi. Comment voulez-vous que, privé de toute enfance par les adultes,je voue un appétit à ce qu’on appelle la raison? L’âge de raison, je l’ai atteint le jour où j’ai mis le feu à mon école pour I a première fois. Personne ne m’en a félicité, d’ailleurs. Ils ont préféré fermer les yeux. À croire que la flamme brûle moins une fois les yeux fermés. Voilà. Les histoires des adultes dont j’avais entendu parler. Ils savent faire des films. Des guerres. Et des enfants pour remplacer ceux qui y vont en fermant les yeux. ceux qui y meurent sans avoir eu le temps de dire merde.Pour tous ceux-là, je dis merde à tous les adultes que je n’ai pas l’extrême douleur de connaître. Et les autres. Un peu pour moi aussi c’est vrai. Je suis un bon élève de la vie. Mettre le feu à l’école n’était peut-être pas une excellente idée. Mais je dirai pour ma défense que personne n’a voulu m’aider à obtenir pour l’enfance quelques sièges au Parlement. Il est aussi à no• ter que, récidiviste et ne m’étant jamais fait surprendre, j’ai toujours accompli mes ouvres pour l’Enfance Libre dans la plus grande discrétion et le moins de sérieux possible. Je choisissais pour épicentre de mon brasier les en• droits où seules les grandes personnes avaient le droit de se rendre. Salles de professeurs, bureaux, etc. Ma seule erreur fut de sous-estimer l’adulte. L’adulte a des moyens de contrôle sur beaucoup de choses, dont l’enfance et le feu. Les deux sont dangereux pour l’adulte. De telle sor• te que je n’ai jamais réussi à en tuer un seul. Même pas un tout petit. J’ai également appris que l’adulte est un redoutable spécimen de prédateur. L’adulte mange ses enfants par l’enfance aussi inexorablement qu’un virus détruit nos défenses. L’enfant est un univers de sens et de métamorphose. L’adulte, lui, aussitôt sacré Roi de sa peine, est incapable du moindre mouvement. Il traverse le monde en avion mais il est également inapte à percevoir les mille et-une-forêts qui peuplent les chambres d’enfant.
Voilà l’adulte : un sac de racines !
Le soleil ne fait pas d’ombre à sa lumière. [I fait jour. Il fait le jour. La nuit, il brille par son absence. Il brille encore. De toutes façons, qui écoute les enfants ici?
Alors, à quoi bon éteindre mes feux.?
Texte d’IVICA HENIN, image de Guillaume HOOGVELD, publié en 1999 à la LGR, rue racine, Paris.
Le réel est une religion au même titre que l’imaginaire sans sa portée tragique.
Le Désespoir et la Critique sont les deux feux qui savent nuire au spectacle.
Tout à été dit pour le reste.
Fréquenter un marxiste de première classe est un lapsus mais l »inertie de cette nuisance en terme de révélation se distinguent par sa familiarité avec la Critique et le Désespoir.
On pourra également rire, mais à la manière d’un Cynique grec défroqué de tout, déjà de la propre idée qu’il se fait du soleil et des premiers fonctionnaires qui avaient déjà tous les bagages de la nuisance.
Guillaume Hoogveld 270720
La lutte des classes est contrairement à la fétichisation des objets une infirmité intellectuelle de Marx.
Un pauvre est un raté qui n’ a eu de cesse de vouloir être riche sans y parvenir et qui a besoin d’aller au piquet de grève en bon idiot utile pour le bonheur de la sûreté de l’état, bourgeois toujours bourgeois, quelque soit le type de régime qui prévaut et sa géographie.
Le lumpenprolétaire a un gros problème il n’a pas de conscience politique et de stratégie ; il est grégaire, s’abrutissant a l’alcool pour supporter sa condition dont il reste encore plus tributaire avec l’obtention dune cyrrose partagée
Approximativement j’ai raison sur toute la ligne
Les deux faces d’une pièce sont des jumelles. Elles ne sont qu’usure par tous les temps. Elles ne sont acceptées et utilisées par la violence d’un boomerang bien aiguisé.
À Jean Genet
Après le bricolage de la femme, l’acte II de la genèse fut l’invention du grand banditisme.
Il s’agissait de donner aux improductifs caractérisés, poètes ou moins lettrés les moyens d’avoir une place dans ce bas-monde, même sous l’égide de moyens critiquables au regard de la société bourgeoise.
Ma situation inspire une envie furieuse de vivre et expire une empreinte écologique toxique. Du Co2 condensé en boite à sardine.
Il.n y a rien à faire refaire sa vie c’est la répéter mille et une fois
Si il ne s’est rien passé c’est qu’il n’ avait plus de lieux ni dispositions pour que cela se produise, ni de poètes sur la place publique pour y procéder.
Il n’ y a avait que des fossoyeurs de l’administration qui autofécondaient leurs monstres et leurs trop plein d’enveloppes de cash.
L’administration est spécialisée dans la transformation du rien en place il fallut donc lui trouver une hôtellerie de poids pour lui donner du cœur a l’ouvrage.
Je cherche le poison qui soit le plus soluble dans l’eau le plus près de mes habitudes.
On trouve ça au Pakistan ou en haute altitude.
Désolé je suis plus occupé à comparaître qu’à apparaitre
On a le droit de perdre une bataille, point de se laisser surprendre, autant de choses de loin sans voir ce qui m’entoure, ce qui est source de déstabilisation
Je n’ai pas besoin de regarder dans le miroir pour avoir honte de l’autre
Je n’accepte pas de céder au temps qui passe le temps passé
Je paie la fin des temps comptant mais avec Ponzi. Le reste n’est que liquidités sommaires dans le vent.
Je ne vis que les effets secondaires de la vie
Un pixel mort qui fait tâche sur un écran de mobilier urbain et me voilà proche d’une phobie contemporaine
Je suis sujet d’avant-garde et non objet de fin du monde.
Je voudrais avoir la vie devant moi pour parler à celui qui a la vie derrière…
C’est a se demander sur qui s’appuyer quand on ne peut plus tenir sur sa propre foi sur son propre soi. Je me sens envahi par une Loi qui jamais ne me proroge et fait de moi un coupable idéal rêvée par toutes les formes de générations de fonctionnaires a la Tchekhov ou même « le spécialiste administratif » Eichmann. Je suis formellement désigné comme un patient sous haute sensibilité….
.La loi c’est déjà sur quoi on ne peut ironiser. Seuls ceux qui la produise la comprenne du bout de leur longs couloirs aux long et minces chefs de cabinets dans des dédales où l’on fabrique de la démocratie et de la neuropathie ne sachant plus convoquer les idéaux du peuple et les adopter comme il se devrait.
Sous le forme d’une étoile j’aimerais voir venir une loi fraternelle pour un homme qui n’a cessé d’encourager le langage, de l’inviter a la table des formes les plus généreuses qu’il m’a été possible de faire
‘Un salaud c’est quelqu’un qui agit comme si toutes ses actions étaient justifiables’ disait Dagerman.
La Poésie est une insurrection. Elle se prolonge bien au-delà du verbe et rend l’espace présent habitable.
Vertige chaos jusque dans ton cœur. Je m’en vais millionnaire parmi les poètes trouver les causes perdues pour les rendre à leurs origines.
C’est la fin du cinquième règne
Je m’appelle quelque part et j’habite personne en voulant tout sauf par hasard retrouver la vie qui chantonne
« La marge c’est ce qui tient la page »
Godard
Une goutte d’émotion dans de l’eau distillée et tu obtiens…De la mort aux rats.
Extinction du poème de la lutte.
Le jour est arrivé où la littérature poétique va être placée sous contrôle judiciaire, ses intervenants n’ayant plus la force de résister au mépris continuel exposé au langage. Un peuple qui perd sa force poétique par l’indifférence n’est plus digne d’avoir ni destin ni avenir. Aragon et Reverdy resterons affaire privée.
La Poésie était l’affaire de peu pour le plus grand monde. C’est désormais le plus grand monde qui a décliné le don de ce peu.
La poésie tisse des ponts avec le désert.
Le désespoir c’est ce qui est mis en cause par le sujet
Le bonheur c’est l’objet demis de ses fonctions
Devenir adulte est un délit de sale gueule.
Do you walk the talk ?
J’ai perdu l’age de raison
Et celui d’avoir raison
Et que valent les lettres
Dans un temps qui vaque à son vacuum
Autant en emporte les mots
Autant dire que les mots ne sauveront pas l’auteur de sa peur
La PEUR, insondable et polymorphe…
La peur panique
Le son de la panique
Celui du krach de 1929
Ou celui du premier Nuremberg
Le jour où Dieu a quitté la salle
Et nous a offert un petit caporal
Comme tête païenne
Je traverse tous les jours la peur
Vous croyez que ça me fait plaisir
Vous appelez ça désir
L’idée même d’être resté seul sur le quai m’est passé par la tête
Je suis replié comme un embryon comme Robert Smith dans Pornography
Le regard vers le bas
Je fais ce que je peux
Comme le corps peut entendre l’âme
Et ajuster son poids dans la balance
Quand tous les indicateurs sont au fer rouge
Et que la réalité brûle sans objection
Sans même un contrat de mariage entre nos mains calleuses nous autres d’avoir été poètes ou rêveurs sans adhérer au ministère de la culture
La culture c’est une science sans conscience dont tout le monde se réclame sans en payer le prix
Paul Celan
Cesare Pavese
Ernest Hemingway
Stefan Zweig et Romain Gary
Le savaient
Il n’ont pas attendu le premier Golgotha pour se laisser dérober la tête mais point le cœur
Tout ce que j’ai réussi de mieux les autres ne l’ont pas compris
J’ai parlé une langue imagée et fantasque pour donner du relief à mon battement d’aile
Moi qui croyait à 20 ans faire fortune par l’erreur
Qui croyait que le talent avait un coût mais également un prix
Que jamais je n’ai pu lire de mes yeux
Le sang de l’homme c’est la sève de l’animal
Ravagé par le réel
Halluciné par la réalité
Voilà mon tableau des faits.
La terreur qui fracasse le poète c’est d’avoir décidé avec ou sans contrainte -débat éternel-, que le monde étant trop imparfait à ses yeux, il prend la décision seul, de le reconsidérer, de le transformer avec son langage, avec son lexique et ses codes. Une folie qui fait prendre des coups sans en donner…
Cliquez ci-dessous pour écouter l’auteur (Anglais US)
With Usura
With usura hath no man a house of good stone
each block cut smooth and well fitting
that design might cover their face,
with usura
hath no man a painted paradise on his church wall
harpes et luz
or where virgin receiveth message
and halo projects from incision,
with usura
seeth no man Gonzaga his heirs and his concubines
no picture is made to endure nor to live with
but it is made to sell and sell quickly
with usura, sin against nature,
is thy bread ever more of stale rags
is thy bread dry as paper,
with no mountain wheat, no strong flour
with usura the line grows thick
with usura is no clear demarcation
and no man can find site for his dwelling.
Stonecutter is kept from his tone
weaver is kept from his loom
WITH USURA
wool comes not to market
sheep bringeth no gain with usura
Usura is a murrain, usura
blunteth the needle in the maid’s hand
and stoppeth the spinner’s cunning. Pietro Lombardo
came not by usura
Duccio came not by usura
nor Pier della Francesca; Zuan Bellin’ not by usura
nor was ‘La Calunnia’ painted.
Came not by usura Angelico; came not Ambrogio Praedis,
Came no church of cut stone signed: Adamo me fecit.
Not by usura St. Trophime
Not by usura Saint Hilaire,
Usura rusteth the chisel
It rusteth the craft and the craftsman
It gnaweth the thread in the loom
None learneth to weave gold in her pattern;
Azure hath a canker by usura; cramoisi is unbroidered
Emerald findeth no Memling
Usura slayeth the child in the womb
It stayeth the young man’s courting
It hath brought palsey to bed, lyeth
between the young bride and her bridegroom
CONTRA NATURAM
They have brought whores for Eleusis
Corpses are set to banquet
at behest of usura.
N.B. Usury: A charge for the use of purchasing power, levied without regard to production; often without regard to the possibilities of production. (Hence the failure of the Medici bank.)
XLV
Par Usura
Par Usura n’ont les hommes maison de pierre saine blocs lisses finement taillés scellés pour que la frise couvre leur surface par usura n’ont les hommes paradis peint au mur de leurs églises « harpes et luz » où la vierge fait accueil au message où le halo rayonne en entrailles par usura n’aura Gonzague d’héritier concubine n’aura de portrait peint pour durer orner la vie mais le tableau fait pour vendre vendre vite par usura péché contre nature sera ton pain de chiffes encore plus rance sera ton pain aussi sec que papier sans blé de la montagne farine pure par usura la ligne s’épaissit par usura n’est plus de claire démarcation les hommes n’ont plus site pour leurs demeures Et le tailleur est privé de sa pierre le tisserand de son métier
PER USURA la laine déserte les marchés le troupeau perte pure par usura. Usura est murène, usura use l’aiguille aux doigts de la couseuse suspend l’adresse de la fileuse. Pietro Lombardo n’est pas fils d’usura n’est pas fils d’usura Duccio ni Pier della Francesca ; ni Zuan Bellin’ ni le tableau « la Callunia » N’est pas œuvre d’usura Angelico ; ni Ambrogio Praedis ni l’église de pierre signature d’Adamo me fecit Ni par usura St Trophime Ni pas usura Saint Hilaire, Usura rouille le ciseau rouille l’art l’artiste Rogne fil sur le métier Nul n’entrecroise l’or sur son modèle ; L’azur se chancre par usura ; le cramoisi s’éraille L’émeraude cherche son Memling Usura assassine l’enfant au sein Entrave la cour du jouvenceau Paralyse la couche, oppose le jeune époux son épousée CONTRA NATURAM Ils ont mené des putains à Éleusis Les cadavres banquettent au signal d’usura.
N.B. Usure : Loyer sur le pouvoir d’achat, imposé sans égard à la production ; souvent même sans égard aux possibilités de production. (D’où la faillitte de la banque Médicis).
Ezra Pound est mort à Venise le 1er novembre 1972. Il avait quatre-vingt-sept ans. Il est venu ici au début du XXe siècle, il est revenu, il est reparti, et finalement revenu. Sa vie de découvreur, ses erreurs, son engagement dans l’histoire fasciste mussolinienne, ses discours à la radio italienne contre les Etats-Unis pendant la guerre, son emprisonnement dans une cage de fer de Pise, son internement psychiatrique à Washington, sa vieillesse silencieuse de plus en plus pétrifiée, tout cela semble faire partie d’une légende de malheur. Malédiction de la poésie ? N’allons pas trop vite, même si Pound a répondu à quelqu’un qui l’interrogeait qu’il était, pour finir, en enfer. Quel enfer ? demande l’autre. Pound indique alors son coeur, et dit : « Ici, ici. »
Comme une fourmi solitaire hors de sa fourmilière détruite issu du naugrage de l’Europe, ego scriptor »
Cet américain décalé est un poète admirable, un des plus grand du XXe siècle. Venise (comme la Chine) apparaît sans cesse dans ses monumentaux Cantos. En 1908, Pound est souvent au Lido, se baigne, et projette même de devenir gondolier. Il s’est fait confectionner un papier à lettres où on lit : Ezra Pound, 861 Ponte S. Vio — Venise (j’ai longtemps habité à deux pas de là).
O soleil vénitien Toi qui a nourri mes veines Ordonné le cours du sang Tu as appelé mon âme Du fond des lointains abîmes.
Pound est un des premiers à se préoccuper de l’histoire de la musique vénitienne, comme il est le premier à s’intéresser à Dante, aux troubadours et à l’écriture chinoise. En 1937, il se demande où sont passées les partitions de Vivaldi, alors complètement oublié. Il organise des petits concerts pour l’entendre. Son éblouissement italien va malheureusement lui faire croire à une restauration sociale possible contre l’ordre de la marchandise et son incarnation américaine. Or on ne « restaure » jamais rien, sauf des illusions rétroactives. Aveuglement, donc, mais aussi intense lumière brisée qui éclate dans sa poésie : « Le paradis n’existe qu’en fragments inattendus. »
Le Paradis, voilà ce que j’ai tenté d’écrire Ne bouge pas Laisse parler le vent Le paradis est là Que les dieux pardonnent ce que j’ai fait Que ceux que j’aime pardonnent ce que j’ai fait.
Erreur, échec, vanité ? La fin mélancolique et fermée de Pound peut le laisser penser avec son aveu même : « Il y a quelque chose de pourri derrière les Cantos. » Mais il a dit aussi d’un de ses héros, Sigismundo Malatesta, ceci, qui peut s’appliquer à lui : « Un échec qui vaut toutes les réussites de son époque. »
D’avoir fait naître de l’air une tradition Ou d’un vieil oeil malin la flamme insoumise Ce n’est pas là de la vanité Ici-bas, toute l’erreur est de n’avoir rien accompli Toute l’erreur est, dans le doute, d’avoir tremOu encore :
« Il est difficile d’écrire un paradis quand tout semble vous pousser à écrire une apocalypse. Il est évidemment beaucoup plus facile de peupler un enfer, ou même un purgatoire. »
Ezra Pound
Au poète Allen Ginsberg qui vient le voir à Venise pour lui dire son admiration, Pound déclare : « Ma pire erreur, qui a tout gâché depuis le début, a été mon stupide préjugé banlieusard d’antisémitisme. » Magnifique formule : l’antisémitisme est en effet un préjugé banlieusard. A propos de l’usure, qu’il a violemment accusée de tous les maux, il note : « J’étais à côté du sujet, prenant un symptôme pour une cause, La cause est l’avarice. » Ce sont pratiquement les derniers mots qu’il ait écrits (le 4 juillet 1972) Dans les dernières années de sa vie, Pound ne dit plus rien ou, si l’on préfère, il dit beaucoup de choses en se taisant systématiquement. On lui demande pourquoi il a choisi le silence, il répond : « C’est le silence qui m’a choisi. » Tous ses amis sont morts : Joyce, il y a longtemps, et puis Hemingway, Cummings, Williams, Eliot. Il meurt le 1er novembre 1972 pendant son sommeil. Le 3, on le transporte à San Giorgio, chez les franciscains, et, bien qu’il ne soit pas catholique, son cercueil est placé entre quatre chandeliers géants. Sa fidèle compagne, Olga Rudge, est là ainsi que sa fille et sa petite fille. Sa femme, Dorothy, est restée en Angleterre, trop faible pour voyager. Presque personne, donc, quelques amis. Après un bref office funèbre, son cercueil est transporté par des gondoliers vêtus de noir jusqu’à l’île des morts de San Michele. Il est là, sous terre, non loin de Stravinsky et de Diagilev. On trouve dans les Cantos, la formule peu cartésienne suivante :
« Amo, ergo sum. »
J’aime, donc je suis. L’apparition de Pound, au printemps, sur les Zattere, était un évènement mythique. Grand, droit, maigre, très beau, cheveux blancs et barbe blanche, chapeau ou pas, doge fendant lentement l’air au bord de l’eau, il paraissait venir d’une autre planète ou de l’autre côté du miroir, vieux lion indomptable. Quelquefois, assis sur le ponton, je l’observais à dix mètres. Il restait silencieux, le visage tourné vers le mur, la petite et nette Olga parlant avec deux amis. Et puis, un matin de grande lumière, le voilà assis, seul, sur une chaise sous le fenêtre de la chambre où j’écris mon Paradis (nourri de Bible, de Dante, des Grecs, de Chine et de lui). Il est près du quai, contre une rangée de géraniums, il ne bouge pas, il contemple fixement ses mains, les triture, les pose alternativement l’une sur l’autre. Un regard, des mains. A ce moment-là, il est exactement en attente sur une corniche du Purgatoire. Les cloches sonnent à toute volée, il se lève, s’en va. Cette scène dérobée est une des plus émouvantes de ma vie. Je répète :
O soleil vénitien Toi qui a nourri mes veines Ordonné le cours du sang Tu as appelé mon âme Du fond des lointains abîmes.
Dictionnaire amoureux de Venise, Plon, 2004, p.360-364.
La vie nous pousse à liquider le sens au profit du semblable Au profit du vacarme Et du triangle vert amer Posé sur un même billet vert Qui justifie sa valeur à coup de surin sur les peuples
Il n’y a donc que les taiseurs qui se distinguent par des équations de la peur parfaitement ajustées et préparées
Ceux qui pensent marchent la tête au sol rasant les murs perdant leurs intimes boussoles
Vous Avez Perdu Le Droit De Me Juger
Je ceinture de plastique poétique Ma taille de TNT psychédélique N’aie pas peur petiote Il est temps de rendre au réel Le peu qui lui incombe De démonter la sacro sainte pensée Qui nous fait riches ou pauvres calmes ou intranquilles capitale ou sous-préfecture La pensée fait ce qu’elle veut de nous Elle connaît son territoire de nuisance Au delà des familiarités Quand je me mets à penser c’est toujours le chaos une exploration du chaos intime Poètes retrouvez vos papiers car c’est la pensée qui vous détermine Et des noms affublés aux fleurs Ces mots les plus impossibles À prononcer par cœur
Où est-elle La Rencontre avec un grand R comme Rage de dent ? Rage du petit matin Rage du soiR…
Le R qui clôture aussi le mot espoiR ?
Pourquoi son rythme
Parcouru de cale en soute des fers a la trépointe de fond en comble est-il si lent à la longue…
Où sont les flammes violettes que nous ramassions après le semi de l’automne
Avant les bombes à fragmentation
Pourquoi est-ce les plus grands esprits qui tombent
Il n’y aucun champ d’honneur
La guerre est une simili aventure qui nous sépare et nous déchire
Dans l’armoire du salon personne à la ronde
Sur les boulevards de la terre personne à la ronde
Sous les bunkers personne à la ronde
À Miami du monde mais personne à la ronde
En huit allez neuf millisecondes un barillet chargé
9 mm ton Beretta comme livre de chevet
Tout semble affairé mais captif
Poète rue de Rivoli
Au métro aérien de la Motte-Picquet-Grenelle
Près du Pont de Bir-Hakeim
Je n’ai pas osé lui dire je t’aime
On a traversé ensemble la Seine
Un simple aller aurait suffit
Un simple murmure ou rictus aurait rectifié l’air du temps
Cette fille déjà femme
Qui n’était prête à rien
Qui ne filtrait que le mode mineur
Sans avoir signé de ma main mon désir
Je n’allais pas lui offrir des fleurs
Un tatouage près du corps que j’aurais pu toucher
Un sens à sa vie que la vague atone lui intimait d’oublier
Silhouette tu ne sais rien de tes courbes
Fixée par vidéosurveillance
Tu te déplaces comme on déplace un simple espace
Je suis seul à rêver la capture de ta chevelure
En dessous des feux de ma mémoire
Ou de tous les chroniqueurs de prétoires
La Rencontre n’aura pas eu lieu
J’ai la larme légère et facile
Il bruinait marteaux et faucilles
Sous une rage de désir à transformer les quais
Sur le clocher de ma montre
Abasourdie la trotteuse
fixait mon chagrin lacrymogène
Comme cette passante dans ma vie
Qui sans le savoir s’est fait la belle