Henri Michaux – Repos Dans Le Malheur (1938)

 

Le malheur, mon grand laboureur,

Le Malheur, assois-toi,

Repose-toi,

Reposons nous un peu toi et moi,

Repose,

Tu me trouves, tu m’éprouves, tu me le prouves.

Je suis ta ruine.

Mon grand théâtre, mon havre, mon âtre,

Ma cave d’or,

Mon avenir, ma vraie mère, mon horizon.

Dans ta lumière, dans ton ampleur, dans mon horreur,

 

Je m’abandonne.


Henri Michaux – PLUME précédé de LOINTAIN INTÉRIEUR [1938]

Atteinte à la sureté de l’Écrit ou le formatage de la créativité par le diplôme.

IMAGINEZ…

Imaginez Balzac, Gide, Claudel, Camus, Bernanos, Céline, Duras, Gary, Anaîs Nin, Virginia Woolf, Yourcenar, Proust, Pavese, Joyce, Leopardi, Malaparte, Miller, Houellebecq, Dantec, Despentes, Annie Ernaux
Imaginez-les parfumés adoubés d’un diplôme d’aptitude à l’écriture romanesque issu d’un funeste cursus « universitaire ».
Et bien c’est devenu possible dans l’enseignement « supérieur ».

C’est bien la nature, la genèse et l’esprit de la littérature et le feu de son ignition qui prend ici le chemin d’une scène romanesque qu’on croyait bornée à la seule faune navrante de la télé-réalité. Le décor est désormais dressé par certaines universités qui s’abiment et participent par une concession au monde du spectacle à corrompre l’identité et le caractère imprescriptible de la liberté de la plume.

« On est tous des artistes et des écrivains, on se commente les uns les autres, il n’y a pas de discours d’autorité ».

Me voilà heureux d’apprendre que ces individus à peine trentenaire sont des  « artistes ». En effet j’étais inquiet et j’avais des doutes sur la puissance de leur autorité de démiurges.

Peter BLANK pour P.A.A.

 

 

 

 

Xavier VILLAURRUTIA / Un spectre majeur de la création assigné à l’ombre dont il est le moment d’aveugler de lumière.

NOCTURNE PEUR

Le silence le bruit et le temps et le lieu :
tout au cœur de la nuit vit un doute secret.
Immobiles dormeurs ou veilleurs somnambules
nous ne pouvons rien faire à l’angoisse cachée.

Et fermer les yeux dans l’ombre ne suffit pas
ni les plonger dans le sommeil pour ne plus regarder,
car dans l’ombre dure, la grotte du sommeil,
le même éclat de nuit revient nous réveiller.

Alors, avec le pas d’un dormeur insomnieux
sans but et sans objet commençons à marcher.barthes
La nuit vient répandre son mystère sur nous,
quelque chose nous dit : mourir c’est s’éveiller.

Sur le mur, livide miroir de solitude,
qui, parmi les ombres d’une rue désertée,
ne s’est vu qui passait, marchait à sa rencontre,
n’a connu peur, angoisse, mortelle anxiété ?

La peur de n’être que le seul vide d’un corps
que quelqu’un, moi ou un autre, peut habiter,
l’angoisse de se voir, vivant, hors de soi-même,
le doute d’être ou n’être pas réalité.

 

 

 

NOCTURNE CRI

J’ai peur du bruit que fait ma voix ;
mon ombre en vain je l’ai cherchée.

Serait-elle mienne cette ombre
sans corps et que je vois passer ?
Et mienne cette voix perdue
qui sème la rue de brasiers ?

Quelle voix, quelle ombre, quel rêve
éveillé mais jamais rêvé
seront la voix et seront l’ombre,
le rêve que l’on m’a volé ?

Pour écouter jaillir le sang
de mon cœur demeuré fermé,
mettrai-je oreille à ma poitrine
comme à mon pouls ma main posée ?

Le vide emplira ma poitrine,
et le cœur m’aura déserté ;
mes mains ne seront plus que dures
pulsations de marbre glacé.

 

NOCTURNE A LA STATUE
pleureuse-PereLachaise

A Augustin Lazo

Rêver, rêver la nuit, la rue et 1 escalier,
le cri de la statue au retour de la rue.

Courir vers la statue, ne trouver que le cri,
vouloir toucher le cri, ne trouver que l’écho,
vouloir saisir l’écho et rencontrer le mur
et courir vers le mur et toucher un miroir.
Trouver dans le miroir la statue égorgée,
la sortir du sang de son ombre,
l’habiller en un clin d’œil,
la caresser comme une sœur inattendue,
jouer avec les jetons de ses doigts,
compter à son oreille cent fois cent cent fois
et l’entendre qui dit : « Je me meurs de sommeil. »

 

 

NOCTURNE OU L’ON ENTEND RIEN

Au milieu d’un silence désert comme la rue avant le crime
sans même respirer pour que rien ne trouble ma mort
dans cette solitude sans murs
en même temps qu’ont fuit les angles
dans la tombe du lit je laisse ma statue exsangue
pour sortir dans un moment si lent
dans une interminable descente
sans bras pour les tendre
sans doigts pour saisir l’échelle qui tombe d’un piano invisible
sans rien d’autre qu’un regard et une voix
qui n’ont pas souvenir d’être sortis de lèvres et d’yeux
Que sont des lèvres ? Et des regards qui sont lèvres ?
et ma voix n’est plus mienne
dans l’eau qui ne me mouille pas
dans l’air de verre
dans le feu livide qui coupe comme le cri
Et dans le Jeu d’angoisse d’un miroir face à l’autre
tombe ma voixDSC00853 copie

Et ma voix qui s’enflamme

comme le gel de verre
comme le cri du gel

Celui même ici bas
qui ne vous a même  pas touché
A peine un frôlement pour singer une invitation a danser le Charleston dans tous les hôtels brillants de toutes les effervescences
une pulsation d’une mer où le sang aura perdu mon dénivelé
sidéré ayant perdu ses signes distinctifs
car j’ai laissé pieds et bras sur la rive
en sentant tomber de moi le filet de mes nerfs
pour une panique sous-marine
il pleut des écailles de nos beaux endormis rayons en déplacement  aux calendes grecques
alors que les bancs de poissons se dévisagent à toute heure
et comptent jusqu’à cent dans le dans le pouls de mes tempes
télégraphie muette mise au pas à laquelle nul ne répond
car le constat se révèle amer comme le sel de la mer demeurée morte
et le rêve et la mort n’ont plus rien à se dire.

 

©Librairie José Corti, 1991, pour la traduction française

Titre original : Nostalgia de la muerte

©Guillaume HOOGVELD @2016 pour les photographies

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Manifeste de Martine Plaucheur ou la Fierté des Gueux…Ou comment rendre justice au peuple des ombres.

ZAW MANIFESTE MARTINE

La fierté, au sens du « pride » anglais, c’est cet acte subversif par lequel les exclus transforment la honte dont la société les affuble en dignité, et reprennent la maîtrise de leur destin.
Nous les gueux, les déclassés, les obscurs, à qui le système interdit tout succès trop éclatant pouvant faire ombrage à ses «protégés» d’avance reconnus et placés, nous devrions brandir, à l’instar des minorités courageuses qui manifestent leur pride, «la fierté des gueux». Parce que nous pouvons nous sentir fiers d’avancer, envers et contre tous les obstacles matériels et symboliques contre nous dressés. Fiers de réussir à exister par nous-mêmes, à porter seuls nos rêves et nos projets, sans jamais bénéficier d’aucune des facilités offertes aux biens nés des classes régnantes friquées : « Qu’avez-vous fait pour tant de biens? leur demande Figaro, l’une des plus emblématiques et flamboyantes figures du gueux. Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Tandis que moi (…) il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu’on en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes ». Oui, nous pouvons nous prévaloir d’une juste fierté pour ce que nous entreprenons, armés seulement de notre foi, de nos talents, de notre débrouillardise, et des trésors d’énergie qu’il faut déployer pour se tailler un chemin à soi quand tous sont déjà pris.
Gueux de la subsistance au quotidien, gueux de la bricole et de l’invention, gueux de la plume, de la musique, de la danse, du spectacle, gueux dans tous les domaines de la création, du travail et de la vie… marginaux par nécessité – puis comme seul choix possible pour les insoumis, mais unis par la même fierté d’appartenir à cette marge.C’est-à-dire, de n’appartenir à rien ni à personne.

©Martine PLAUCHEUR@Août 2016 pour le texte
https://www.facebook.com/martine.plaucheur

©David ZAW pour le logotype

Barabas est vivant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce texte est particulièrement dédié à Nancy,  mon amie de toutes les vies de tous les détours, les hors-champs, les envers du décor auquel nous avons survécu.
https://www.facebook.com/cyneye

J’attends le mauvais soir

Je parcours à sang d’encre un continuum espace violence

Perdu plume et autres outils contigus à mes fabrications

J’attendais le soir pour ne plus rien reconnaître de tous les  séquences  du jour parjurées mille fois

Je cherchais la clef de l’aube

Qui ouvrirait le retour de mes rêves

J’ai peut être triché avec le prix de la vie

Mais j’en connais biologiquement sa valeur sa douleur

Et je sais qu’à toutes intersections il n’y à pas de justice si ce n’est IMPACT

Les hommes mentent à double  tranchant

Les hommes ne veulent pas savoir qu’ils penchent vers l’injustice qu’ils ont libéré Barabas et mutilé la croix        sous

l’autorité d’un Pilate dépassé

Mais comment croire en l’histoire

Cette utopie criblée de balles de bonnes intentions

A la TV ou hors de son indécente audience

En sécurité avec sa famille et ses armes blanches

Le spectateur d’aujourd’hui croit pouvoir emprunter aux icônes et aux héros

La détermination et l’esprit habité de ces

Hommes qui sont mort de vie pour un destin

Les oiseaux Hitchcock tourneront toujours un film dans l’inconscient des hommes

L’injustice fait monter l ‘audimat l’injustice excite les annonceurs

Et nous valsons depuis trop longtemps avec l’idée d’une meilleure Histoire à compter à nos enfants

Que nous serions fiers de raconter au soir couchant de signes prometteurs

Qui n’en croiraient pas un mot,

Déjà mordus par GOOGLE avant minuit.

 

 

©Guillaume HOOGVELD @2016 pour le texte et l’image

Jean-Marc MUSIAL, Un dessin une nuit©, Droits réservés© pour l’image

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