Guillaume Hoogveld / Simulacre ou Simulation

Où est la serrure de mes sécurité un comprimé de codéine puis j’imagine une bouffée d’éther c’est la dernière fois que je désespère à la mine de plomb j’ai eu peur tout à coup d’une contrefaçon un simulacre ou une simulation j’ai un doute sur l’orthographe de la raison le temps d’action de la science est balayé par l’imaginaire qui n’est plus qu’un refuge ou un besoin d’oxygène il faut marcher jusque sur les passants sans dignité tant qu’ils ont peur d’être désincarnés d’avoir perdu leurs particules achetées aux enchères au prix fort en baillant mal sur eBay tout est vanité même surtout la santé je refermerai jusqu’à mon dernier souffle le feu qui a fait de moi un halluciné du réel

 

#GuillaumeHoogveld pour le texte©

#JulienMerieau pour l’image©

©2023

RÉFLEXIONS SUR LES LIMITES DU LANGAGE À PROPOS DU << TRACTATUS LOGICO-PHILOSOPHICUS >> DE WITTGENSTEIN

Bill AShtray Identity report 2021


J’ai été personnellement conduit à réfléchir sur les limites du langage, par mes études sur le mysticisme néoplatonicien. On sait l’importance jouée dans ce mysticisme, par la théologie négative: Dieu est antérieur à tous les noms; pour l’atteindre, il faut renoncer au discours; on ne peut que le toucher obscurément au sein de l’expérience mystique. Le théoricien le plus radical de cette théologie négative, ce n’est pas Plotin – qui se permet bien des affirmations au sujet de l’ineffable – mais c’est Damascius. Pour Damascius, l’Un, auquel Plotin s’arrête, est encore quelque chose que nous pouvons saisir grâce à l’unité qui est en nous ! Mais au-delà de l’Un, il y a le principe absolument premier de l’Un et du Tout. Ce principe est absolument ineffable et inconcevable. Et Damascius voit très clairement toutes les conséquences de ces négations.

 

*Paru dans la Revue de Métaphysique et de Morale 63, 1959, p. 469-484. 1. Damascius, Dubit. et Solur., C.E. Ruelle (éd.), Paris, 1889, n°4,t. 1. p. 6, 17; trad. fr. A. Ed. Chaignet, Problèmes et Solutions touchant les premiers Principes, Paris, Leroux, 1898, p. 11.m

Bobin / Souveraineté du vide

  

Vous seriez loin de votre vie. Comme toujours, n’est-ce pas un état ordinaire, banal. Le corps irait tout seul vers l’abime, avec l’élan acquis de l’âge. Et sous la fraîcheur du sang, une faiblesse, une cendre. Une nostalgie l’âme. Malade, oui.Sans doute : malade. Le vrai nom de la maladie, ce serait l’enfance. Comme telle, inguérissable. Elle aurait aussi un autre nom : la vie. Ce ne serait en rien une vie intérieure, une arrière-vie, une clairière momentanément hors d’atteinte et dans quoi, par un clair matin, l’on Pourrait Pénétrer. Ce serait une maladie, voilà tout, et la conscience que vous en auriez serait aussi bien la conscience de l’insuffisance profonde de tous remèdes. Un jour dans cette absence égale, chronique, vous recevriez ces lettres, trois lettres. L’apparence serait celle d’un livre. L’auteur, ce serait vous, c’est-à-dire un autre. Un Passant. Une ombre, lointaine. Personne.

©Christian Bobin, Fata Morgana, 1985
©Photographie de Guillaume Hoogveld #2022

 

 

Alain DUAULT / Où vont nos nuit perdues

 

J’aurais tant voulu partager son visage tant

Porter son regard et ses seins à ce sanglot

Tant m’y couler l’orage J’aurais comme

Un grand navire enfoui su lire ses hantises

Ses pentes ses massacres Vigie j’aurais vu

Ses yeux si navrés sa folie j’aurais  écrit su

Écrire le chant de cette veine bleue au verso

De la gorge j’aurais tout écouté tout lu et tu

Sais quoi j’aurais vous le savez tout cherché

Tout rayé arraché j’aurais jusqu’à tué tutoyé

Écoute

©GALLIMARD, 2002 pour le texte
©Julien Mérieau pour la composition photographique

Bukowski / Les requins

Les requins frappent à ma porte
entrent et demandent des services;
les voici qui soufflent dans mes fauteuils
en examinant la chambre dans ses moindres détails
et ils exigent des actes:
de la lumière, de l’air, de l’argent,tout ce qu’ils peuvent grappiller:
de la bière, des cigarettes, des demi-dollars, des dollars
des pièces de cinq et dix cents,
et tout ça comme si ma survie était assurée,
comme si mon temps n’était pas compté
et que leur présence avait de la valeur.

ouais, nous avons tous nos requins, j’en suis sûr,
et il n’y a qu’un moyen de s’en débarrasser avant qu’ils ne vous dévorent vivants: arrêtez de les nourrir ; ils trouveront un
autre appât; ça fait bien douze fois
que vous les engraissez
à présent balancez-les
à la mer.

 

©Édition du Rocher 2008 pour la traduction française
©Black Sparrow, 1969
©Charles Bukowski, 1969

©Photo, Droits réservés

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