Impossible manuscrit

L’impossible tend la vie
Le réel la démet
L’impossible donne à agir
Le réel se résigne

L’impossible est un faisceau
Le réel demeure une ombre :

SOYEZ PRÊTS POUR LA JOIE !

Guillaume HOOGVELD 2005© Re-Post2011®

Illustration originale de Charlotte HAMEL 2009©

SCHOPENHAUER et le Monde comme Harmonie des cordes…

« la musique pourrait exister quand bien même le monde n’existerait pas »

Schopenhauer

À propos du concept de « monde » dans ce postulat de Schopenhauer : « la musique pourrait exister quand bien même le monde n’existerait pas », ne faut-il pas faire attention au fait que chez Schopenhauer le monde est un concept et ne désigne peut-être pas l’ensemble des figures de ce qu’il y a mais que, bien plutôt, monde désigne ici une figure de consistance de ce qu’il y a ? Cela voudrait dire, dans ce cas, que la musique pourrait exister quand bien même ce qu’il y a ne se présenterait plus comme un monde, n’aurait plus la figure de consistance qu’offre un monde. Je dis cela parce que je fais l’hypothèse que la philosophie depuis un certain temps – à mon avis depuis Descartes – est sensible au fait que la musique est elle-même capable de proposer des figures originales de consistance, autrement dit que la musique possède elle aussi cette capacité de proposer la forme propre d’un monde. Donc, si on prend « monde » comme désignant non pas tout ce qu’il y a mais une modalité globale de consistance du il y a, alors en somme il y a monde non pas lorsqu’il y a quelque chose plutôt que rien mais lorsque ce qu’il y a se présente dans une figure de consistance telle qu’on puisse le totaliser et le nommer monde. Dès lors peut-être y a-t-il une interrogation des philosophes depuis Descartes – y compris chez Schopenhauer – à propos du concept philosophique de monde et que c’est cette interrogation qui est investie dans la phrase citée.

En fait, pour résumer, on peut dire que la citation de Schopenhauer est valable dans les deux sens.

Effectivement, dans un sens très simple, dire que la musique pourrait exister si le monde n’existait pas revient à dire que – et il faut prendre cela à la lettre – le monde c’est pour lui ce qui se présente à nous, c’est-à-dire une représentation. Alors, sans même discuter sur la nature ontologique du monde, la musique pourrait exister même si le monde n’existait pas car elle a une dignité supérieure.

La proposition est donc valable de ce point de vue et l’est aussi valable dans l’autre sens dont vous parlez, celui qui met le concept de consistance au centre de « monde » parce que, pour Schopenhauer, la musique peut être conçue comme une forme de totalité isomorphique avec le concept de monde. En effet, pour lui, d’après une conception très ancienne, le monde peut être pris comme une structure, une hiérarchie de phénomènes – d’abord organiques, végétaux, etc. – et à ses yeux, la structure de la musique, c’est-à-dire la structure de l’harmonie, est isomorphe à cette structure-là.

Donc dans les deux cas, la citation vaut, c’est-à-dire qu’en premier lieu, si le monde comme réalité ontologique n’existait pas, la musique, quant à elle, en aurait suffisamment pour exister seule, et que, deuxièmement, existant seule, elle peut exister parce qu’elle a une consistance suffisante reproduisant à un niveau supérieur celle de la réalité qu’on pourrait appeler simplement « monde ».

M .S.© pour P.A.A.©

Expériences Textuelles

_J’étais sous l’emprise de la Réalité impérieuse et partiale, et la Littérature m’est apparue rapidement comme le seul refuge à une lucidité formelle toute puissante_


http://www.youtube.com/watch?v=U0Tb4YDU1AY

Libera me

Libera me                                                                                       Pour Papa,

Charlotte HAMEL 2010©

Rends-moi ma propre respiration

Et tous les mots qui lui sont associés

Pessõa Hölderlin et Paul Celan mériteraient-ils

un beignet aux pommes quand j’ai six ans

une discordance de temps

sans  aucun verbe dans la soute

Je me suis créé de toutes pièces un pesant de douceur

pour clouer à pic la peur que je portais

sans pouvoir me délier de ses mains effilées aiguës aiguisées

Je voudrais juste revenir à la maison

avoir le temps

avec mes propres pas

d’arriver à la première des aubes

avec un contrat plié

mille fois je veux bien

mille fois juif errant

que ça te plaise ou que tu me dises non

que tu sois mon père ou un mauvais garçon

que tu aies eu besoin de te mettre toi aussi

à de nouveaux diapasons

Trouver ta paix

trouver le rythme à ta chanson

donner du sens à une diaspora de printemps

Une tentation de Venise

qui aurait fracassé l’azur de l’horizon

Guillaume

Automne 2011

D’un Céline l’Autre : Pastiche de Destouches, archives personnelles

SEUL AU PARADIS
Cette fois je vais me lever du pied gauche, c’est une nouvelle aventure, j’espère. J’allume une autre cigarette parce que j’en ai envie, seulement parce que j’en ai envie. Et puis je ferme les rideaux et je me prépare à vivre.

une entrée dans la salle de bain où les carreaux de faïence, déracinés du sol, marquent un crépitement à chaque pression de mes pieds nus et froids.

Vient alors le rasage, devant la glace lorsque la lame vient faucher au plus près mes poils et inciser, par maladresse, ma peau innocente, quelques gouttes de sang qui coulent et contrastent avec ma peau blême. Envie de dormir dans la chaleur de l’eau, me voilà fin prêt pour sortir affronter la rue. Je ferme la chambre et prête les clefs à Ernest, mon voisin de palier qui nourrit ma girafe en mon absence. Ernest est un gentil garçon, toujours prêt à rendre service. C’est lui qui s’occupe le plus souvent de nettoyer les toilettes communes et même après mon passage.

Je sors et, c’est vrai, la rue chaque matin a une nouvelle senteur. Un autre regard. Plus ferme ou plus indulgent. Je cours après le bus qui m’emmène place Fendart où m’attend Désirée. Ça fait sept mois que je l’avais pas revue. J’1’avais rencontré place du tartre, ou elle vendait des chi-chi et des barbes à papa aux allemands en short. Elle m’a pris tout de suite pour un étranger, moi, le vieux parisien-mégot! J’en ai ri jusqu’à la rate et j’ai embrayé en l’invitant à dîner chez José, à la Fourche. Et maintenant, j’sais pas trop ce qu’elle devenue, si j’aurais toujours envie de son petit cul ballonné et de ses seins à l’air, poignants. Rue châssis, école orthopédique…place fendart, c’est pour moi! Attends…on avait dit près de la statue Georges Chimère. Y a personne, midi quinze, c’est pourtant l’heure et pourtant ça sent différent, plus exactement, ça sent les doigts, les doigts à l’oignon.

Je ne comprends pas ce que je ressens. La tristesse que je ressens, cela n’existe pas. C’est vide à la fois. Y a personne à la place, Désirée c’est du manque, maintenant On m’a injecté du manque dans mes veines, et les lampadaires tournent avec la nuit.

Je vais coucher ici.

Seul au paradis.

À chaque procuration poétique, une gifle attend le poète m’a dit Luc Dellisse. À quoi je lui ai répondu stoïquement que je tends toujours l’autre pour pallier au déséquilibre de la terreur démocratique invisible.

Guillaume HOOGVELD 1997@2013 Droits réservés©

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