Ivica Henin / Journal d’un inconscient : LGR, 1999

Journal d’un inconscient

J’étais  un petit garçon.  Jusqu’à  l’immanquable jour où je suis devenu un grand garçon. Ça changeait  tout. Hé• las pour moi, de ce jour je ne garde aucun souvenir. Plus tard et à ma grande  surprise, j’ai  appris en avoir presque fini avec l’adolescence.  Quant à l’homme  dont on m’ habille, celui-là j’en ai bien entendu  parler,  sans jamais  arriver à le saisir en moi. Sauf que pour avoir une idée de quelque chose d’aussi grave, il faut s’y reconnaitre.  Or, je m’y  perds  complètement,  moi.  Comment voulez-vous que, privé de toute enfance par les adultes,je voue un appétit à ce qu’on appelle  la raison? L’âge de raison, je l’ai atteint  le jour où j’ai mis le feu à mon école pour  I a première fois. Personne  ne m’en a félicité,  d’ailleurs. Ils ont préféré fermer  les  yeux.  À croire  que la  flamme  brûle moins une fois les yeux fermés. Voilà.  Les histoires  des adultes  dont j’avais entendu  parler. Ils savent  faire  des films. Des guerres. Et des enfants pour remplacer ceux qui y vont en fermant  les yeux. ceux qui y meurent sans avoir eu le temps de dire merde.  Pour tous ceux-là, je dis merde à tous les adultes  que je n’ai pas l’extrême  douleur de connaître.  Et les autres. Un peu pour moi  aussi c’est vrai. Je suis un bon élève de la vie. Mettre le feu à l’école n’était peut-être  pas une excellente  idée.  Mais je dirai  pour ma défense   que personne n’a voulu  m’aider  à obtenir  pour l’enfance  quelques  sièges au Parlement. Il est aussi  à no• ter que, récidiviste  et ne m’étant jamais  fait surprendre, j’ai  toujours  accompli  mes ouvres  pour  l’Enfance  Libre dans la plus grande discrétion  et le moins de sérieux possible. Je choisissais pour épicentre  de mon brasier les en• droits où seules les grandes personnes  avaient le droit de se rendre.  Salles  de professeurs, bureaux,  etc.  Ma seule erreur fut de sous-estimer l’adulte. L’adulte  a des moyens de contrôle  sur beaucoup  de choses,  dont l’enfance  et le feu. Les deux sont dangereux  pour l’adulte.  De telle sor• te que je n’ai jamais  réussi à en tuer un seul. Même pas un tout petit. J’ai également  appris que l’adulte est un redoutable spécimen  de prédateur. L’adulte mange  ses enfants par l’enfance aussi inexorablement qu’un virus détruit nos défenses. L’enfant  est un univers  de sens et de métamorphose.  L’adulte, lui, aussitôt sacré Roi de sa peine, est incapable  du moindre mouvement. Il traverse  le monde en avion  mais il est également  inapte à percevoir les mille et-une-forêts qui peuplent les chambres  d’enfant.

Voilà l’adulte  :  un sac de racines !

Le soleil ne fait pas d’ombre à sa lumière. [I fait jour. Il fait le jour.  La nuit, il brille par son absence.  Il brille encore. De toutes façons, qui écoute les enfants  ici?

Alors, à quoi bon éteindre  mes feux.?

 

Texte d’IVICA HENIN, image de Guillaume HOOGVELD, publié en 1999 à la LGR, rue racine, Paris.

Panique ou je fais évacuer la salle

PAA, les pas de Poètes Anonymes Associés

« Les jours où tu ne voyais qu’une seule trace de pas
sur le sable, ces jours d’épreuves et de souffrances,
c’était parce que c’est moi qui te portais. »

Ademar de Barros

Pour Charlotte Hoogveld, ma sœur.

 

As-tu honte de moi père

As-tu honte de moi mère

Suis-je encore à vos yeux

Cette petite chose brûlante et désordonnée ce chaos

Qu’il fallait mettre de côté

Que va-t-on faire des poètes

De tous ceux qui n’ont pas d’immunité

Perdu le sens du réseau de l’air humé près des roseaux

Égaré

Ce fil qui les rendait visiblement étincelants

Qui dès lors les rend amers mordants avariés et méchants décimés de forces

Après le tsunami en série sorti de l’écran

Maintenant que le langage est ouvert

À toutes les possibilités de quolibets
Je ne sais plus qui de moi est coupable ou bourreau

Peut-être ai-je saboté moi-même le bateau

Par désaffection pour l’abîme du quotidien
Il y avait pourtant le bonheur de se sentir quelqu’un

En réunion de parler en vain

Je suis désormais plus près de l’absence que de la reconnaissance dans mon reflux ignoré par reflet

sans miroir à portée de visage

à la prétention d’un profil sans psychotropes

Comment ai-je consenti à disparaître alors que je ne souhaitais que la rencontre

Le poète donne du beau en prenant des coups auxquels il ne sait répondre

comble de la honte de toutes les hontes rassemblées

Synthèse
Ce mépris pour ceux qui de rien créent tout

Connaissez-vous le poids d’une feuille blanche dans un univers sans magnétisme ni horloge sereine

Celui qui a le sens du temps n’est pas celui qui en use

Je n’ai rien à faire de vos statistiques ou algorithmes de sondeurs ou joueurs d’orgue de barbarie vous ne valez que vos numéros soudés à vos reliquats

De vos pronostics de ménagerie
Vous vous êtes trompés sur toutes les lignes même les expertises infimes

La raison de l’histoire vous a donné tort experts en épicerie fine

La frette du violoncelle a même perdu peu à peu son rythme

mon état d’arrestation poétique m’a déjà mis sous écrou ou hors de nuire par mon sang coagulé avec lequel j’écris de ma troisième cellule

Aucun poète n’écrit à la première personne

Mais à la première personne qui bat dans son cœur

Le poète est celui qui ne croit qu’à la possibilité d’une rencontre jusqu’à toutes les fins du monde

Aucun poète n’a jamais écrit je en majuscule

En temps de chienlit c’est à eux de provoquer le déclic

Qui provoque le sourire

Ce rictus indivisible inaliénable plus fort intense et destiné à tous
Y a-t-il quelqu’un dans cette salle d’attente où le temps passé se transforme en parole ?

Ce temps passé à attendre un défenseur des droits de l’homme qui ne vient jamais ailleurs que dans les décorations sur le col tailleur

Et que les victimes peuvent admirer de loin sans le toucher

Je suis chevalier de mes propres lettres que j’envoie à toutes les amours dont je n’ai pas compris la chute

Ne suis-je pas trop moi-seul même sans ce signal de bienséance pour être aidé des yeux des autres

J’attends depuis trop longtemps au vu de mon CV la pratique qui saura dire qu’il ne faut pas avoir peur

Le médecin aux insignes experts en publications spéculatives qui ne font de la faim un jour par an à mémoriser à remémorer

Je n’ai plus qu’à ouvrir un commerce de province acidulé

Et puis attendre que ça tombe du ciel

Ce bleu fraternel et irréel
J’ai été trop tôt affecté d’un lourd secret

J’en ai trop vu voyant comme Rimbaud lui qui disait je pour les autres parlait aussi en son nom

Et pas au nom du père

N’ayez pas peur

Y a-t-il quelqu’un qui a la peur au ventre dans le public ?

Dans cette fosse aux lions

Y a-t-il quelqu’un qui soit faible ? Phobique ?

N’ayez pas peur

N’ayez pas honte

La peur est votre pieuvre

Je suis celui qui part du rien de la feuille blanche pour vous donner du sens pour vous dire merci pour les intimes

Le bouc se devait d’être émissaire pour que le contrat soit validé

Sous le secret de la famille

Scellé

Un tampon préfectoral d’une cour d’assises dès 14 ans

Un dernier signe illuminé par un roi absent.

 

 

©Guillaume HOOGVELD #2019 pour le texte
©Guillaume HOOGVELD #1997 pour la photographie

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