Disparition

 

leCma6

 

Je ne suis que

DISPARITION(S)

Absences                                           Fragrances

 

Faisceaux sur le tableau

Ouverts sur une lueur

Inquisition avant l’heure

Sarment de vigne qui ne se transformera pas en Alcool

 

Nous n’attendrons plus l’ombre pour obtenir le désert

Il faut du temps pour courir l’expérience

Du temps pour boucler les hypothèses.

Mon état de choc commence avec le Réel

Dès le réveil où tout m’aveugle

Mon état de scission comme à tes cils murés    découverts dernière révélation

 

Mon état de veille finit à la charge d’un canon

 

Nous n’aurons plus besoin de prophètes pour saisir les situations

Quitter le Mythe pour embrasser l’Histoire

 

In fine,

Le temps qu’il fait en pleine fiction.

 

 

 

Guillaume HOOGVELD INEDIT@2014 Droits réservés©

Robert Desnos / Si tu savais

Si tu savais

Loin de moi et semblable aux étoiles et à tous les accessoires de la mythologie poétique,
Loin de moi et cependant présente à ton insu,
Loin de moi et plus silencieuse encore parce que je t’imagine sans cesse,
Loin de moi, mon joli mirage et mon rêve éternel, tu ne peux pas savoir.
Si tu savais.
Loin de moi et peut-être davantage encore de m’ignorer et m’ignorer encore.
Loin de moi parce que tu ne m’aimes pas sans doute ou, ce qui revient au même, que j’en doute.
Loin de moi parce que tu ignores sciemment mes désirs passionnés
Loin de moi parce que tu es cruelle.
Si tu savais.
Loin de moi, ô joyeuse comme la fleur qui danse dans la rivière au bout de sa tige aquatique, ô triste comme sept heures du soir dans les champignonnières.
Loin de moi silencieuse encore ainsi qu’en ma présence et joyeuse encore comme l’heure en forme de cigogne qui tombe de haut.
Loin de moi à l’instant où chantent les alambics, l’instant où la mer silencieuse et bruyante se replie sur les oreillers blancs.
Si tu savais.
Loin de moi, ô mon présent présent tourment, loin de moi au bruit magnifique des coquilles d’huîtres qui se brisent sous le pas du noctambule, au petit jour, quand il passe devant la porte des restaurants.
Si tu savais.
Loin de moi, volontaire et matériel mirage.
Loin de moi, c’est une île qui se détourne au passage des navires.
Loin de moi un calme troupeau de boeufs se trompe de chemin, s’arrête obstinément au bord d’un profond précipice, loin de moi, ô cruelle.
Loin de moi, une étoile filante choit dans la bouteille nocturne du poète. Il met vivement le bouchon et dès lors il guette l’étoile enclose dans le verre, il guette les constellations qui naissent sur les parois, loin de moi, tu es loin de moi.
Si tu savais.
Loin de moi une maison achève d’être construite.
Un maçon en blouse blanche au sommet de l’échafaudage chante une petite chanson très triste et, soudain, dans le récipient empli de mortier apparaît le futur de la maison : les baisers des amants et les suicides à deux et la nudité dans les chambres des belles inconnues et leurs rêves- à minuit, et les secrets voluptueux surpris par les lames de parquet.
Loin de moi,
Si tu savais.
Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas, comme je suis joyeux, comme je suis robuste et fier de sortir avec ton image en tête, de sortir de l’univers.
Comme je suis joyeux à en mourir.
Si tu savais comme le monde m’est soumis.
Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonnière.
Ô toi, loin de moi, à qui je suis soumis.
Si tu savais.

Robert Desnos

Joë Bousquet / L’ Une, l’Autre & l’Une ou l’Autre

L’UNE

Longtemps on l’aura prise pour une autre
Celle dont la parole sera pure invention étant la vie même
Elle entrera par son corps dans la douceur de contenir univers entier et sans que le temps s’éveille sans que l’espace frémisse
Une femme la folle de sa voix qui sera la lampe de tous les ruisseaux
Depuis longtemps ils auraient dû annoncer sa venue mais leur parole n’avait fait le tour que de leur voix de leurs yeux et la terre évoluait dans l’espace enveloppée l’un vent auquel le langage des hommes n’était pas intérieur
Je la regarde avec toute ma chair à chaque instant
Mes regards la chassaient de mon amour mes yeux de sel l’avaient ôtée de devant moi
Ombrine la reine et l’ennemie de la musique
Une belle en velours dont mes soupirs me séparent
Et la sœur de la mort qui me viendra de moi

L’AUTRE

Pur profil qui t’es glissé dans ce monde entre deux sourires toi le nom de ma douceur de ma violence
Dans ton regard le visage qui est le secret de ton visage
Quand je t’attends depuis toujours mon bel enfant aux yeux de femme
Qu’en toi j’espère avec tes mots et que toutes les paroles du monde sont contre nous
…Et d’autres lèvres comme une image du silence sous ces lèvres que tu as de la même chair que mon cœur de la même couleur que ce qu’on ne peut voir

Si je pouvais te faire mienne à force de te trouver belle et me livrer en toi à l’homme que je suis
Et me blesser en te frappant abolir quelque chose de moi que je ne peux tuer que dans l’enfant que j’aime
Un autre temps commencerait dans ces mots trop clairs pour être compris
Va demeure l’horreur du sommeil dans le songe cette peur de mes yeux de se fermer sur moi
J’apprends à te parler de tout ce qui me brise à te détruire au nom de tout ce qui me lie

L’UNE OU L’AUTRE

La lampe de la chambre à travers les vitres de la porte avait regardé tout le soir la triste lampe de tous les vents
Une voix voulait atteindre on ne sait quoi en elle-même et soudain hors de toutes paroles
Domine son amour comme s’il n’y avait autour d’elle qu’un ciel vivant où le moindre geste tirerait des larmes de tout
Mais où donc est l’espace qui lirait l’exil dans les larmes

Une eau chuchote La dernière parole raisonnable est pour dire qu’on a fait mourir la raison
S’ouvrant à travers toi un regard pénètre tes yeux déshabille ta chair de celui que tu es
Ta bouche dans la nuit blanche d’un sourire ta face tous les gages de ta pensée |
Visage descellé aux mains de tes secrets pluie d’argent où boire au silence

Un frère pâle à travers le bonheur regardait triste­ment la route du bonheur Ton cœur a pris toute sa peine ses yeux prendront toute sa vie
Qu’auras-tu fait toi qui voulus à ton innocence d’avant les jours ouvrir avec tes mains toute l’étendue du désir

In La Connaissance du Soir, NRF, Poésie/Gallimard, 1947.

Kandinsky / Le triangle

« Dans toutes les sections du triangle on peut trouver des artistes.
Celui d’entre eux qui est capable de voir par delà les limites de sa section est un prophète pour son entourage et aide au mouvement de chariot récalcitrant. »

V.Kandinsky « Du spirituel dans l’art »

Rêvalité

 

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Cliché original d’Eve Nottet. Droits réservés©

 

 

Le monde va passer de l’autre côté

le monde va se soustraire de la réalité

Pouvons-nous enfin l’entendre se débattre  crier

 

Avec ou sans Nous

le monde tel quel

tel qu’il est

ou tel qu’il a été

un temps mort pour la vie

 

Au temps où Vitesse et progrès étaient liés

le monde tel que nous le connaissions

De l’expérience à la science

reliquat de Vérité

Avec ou sans nous

avec ou sans eux

 

Ce monde va se pourvoir en cassation

pour essayer de se soustraire aux heurts d’un mauvais ami

d’un parfait ennemi

une mauvaise fréquentation

erreur de jeunesse d’un monde trop vieux pour cela

 

Le monde va passer de l’autre côté

l’exil va commencer

aspiré par le virtuel

Une diaspora inanimée                                  intérieure

en lieu et place de l’imaginaire

Où le réel va reculer  où l’imaginaire se muter

 

Le monde n’a plus besoin de ses ailes

le monde n’a pas besoin de nous

le monde n’a pas besoin d’être sauvé

 

A vitesse trop intense chute                      extrême atterrissage en crash-test

d’Algorithmes en nanosecondes

tout est allé trop vite

dans une lueur en fibre optique

un semblant de mécanique

Humain trop humain disait l’apôtre

Attaché au temps d’avant le temps

pour ici lâcher notre main

 

Le  virtuel est en route sans y être invité

il va venir à notre table sans qu’on sache où il est

dans les paroles dans les faits dans les gestes dans le toucher

ou est-il sinon toujours plus raffiné

toujours plus sophistiqué_

 

 

 

Guillaume HOOGVELD @2013 Droits réservés©

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